« Soulèvements » : le documentaire engagé de Thomas Lacoste laisse un goût d’inachevé

Le cinéma Les Carmes diffusait dimanche 8 février en avant-première le documentaire « Soulèvements » de Thomas Lacoste en présence du réalisateur. Un film qui donne la parole à 16 militants du mouvement Les Soulèvements de la Terre, collectif écologiste radical fondé en janvier 2021, connu surtout pour sa lutte contre les mégabassines et son opposition à l’accaparement des terres et de l’eau.

Le réalisateur Thomas Lacoste devant l’affiche du film aux Carmes – Crédit photo Eric Botton


Par Éric Botton.


C’est devant une salle quasi complète du Cinéma des Carmes qu’était projeté, en avant-première, le film-documentaire « Soulèvements » de Thomas Lacoste, en référence au mouvement des Soulèvements de la Terre fondé au début de l’année 2021 à Notre-Dame-des-Landes par des membres de la ZAD (Zone à Défendre). Le mouvement compterait aujourd’hui plus de 110.000 militants, répartis sur l’ensemble du territoire national au travers de 170 comités. En région Centre-Val de Loire, il existe actuellement au moins quatre comités, à Orléans, Tours, Chinon et Châteauroux. « De leur conception jusqu’au dernier coup de truelle, nous sommes là pour mener la résistance à chaque projet mortifère » est la phrase qu’on peut lire en introduction du site officiel du mouvement.

Le mouvement résume ainsi son orientation politique : « Seul un basculement radical — un soulèvement — pourrait permettre d’enrayer le réchauffement climatique et la 6e extinction massive des espèces déjà en cours. Au fond, nous le savons, il ne nous reste aujourd’hui plus d’autre voie que de mettre toutes nos forces dans la bataille pour enrayer le désastre en cours, et abattre le système économique dévorant qui l’engendre ». Et son plan d’action est clairement affirmé : reprendre les terres, démanteler le complexe agro-capitaliste et les industries écocidaires, socialiser/mutualiser/communiser l’alimentation et le travail lié à la subsistance.

Un manque d’analyse

Dans ce contexte, le parti-pris du réalisateur est de donner successivement la parole, face caméra en plans fixes, à 16 militants·tes qui racontent leurs actions, leurs motivations et la répression sévère qu’ils ont subie. Évidemment, ces témoignages juxtaposés ne sont pas anodins, suscitant notre réflexion sur la valeur de l’engagement, la résistance à un système établi qui tente de s’imposer à nous par la violence. Ou encore les risques et les stigmates des luttes menées, les joies des victoire obtenues, et l’énergie tirée du collectif. Mais sans construction narrative du réalisateur, sans lien établi entre les différentes séquences, on se perd un peu dans l’ensemble de cette expression qui ne nous explique pas vraiment les tenants et aboutissants. Et on ne sait pas trop où le réalisateur veut en venir, en dehors de donner simplement la parole à des jeunes (et moins jeunes) témoignant de leur engagement. Mais pour quoi faire ?

Expliquer davantage et interpeller le spectateur

D’un film-documentaire sur un sujet aussi majeur, on aurait attendu qu’il nous explique davantage et nous amène à nous interroger sur notre propre positionnement. Les témoins sont attachants et leurs propos nous font partager leur engagement, mais que reste-t-il de tout cela au bout d’1h45 de projection et d’une bonne demi-heure d’échanges avec le réalisateur au discours pas assez structuré, desservant presque son travail ? Comme si celui-ci s’était finalement contenté de donner la parole (avec quelques longueurs malgré tout), sans aller beaucoup plus loin.

Évidemment, ces 16 témoignages ont un intérêt, mais on reste sur sa faim, avec une impression d’inachevé. L’échange avec le réalisateur à l’issue de la projection nous donnera juste une petite clé, lorsque ce dernier évoque le discours gouvernemental (Gérald Darmanin) sur l’existence d’un soi-disant « écoterrorisme » et la tentative de dissolution du mouvement, finalement annulée par le Conseil d’État en novembre 2023. Le film se voulant alors une sorte de « pare-feu » face à cette accusation. Bien entendu, les 16 témoins n’ont rien de dangereux terroristes, et la communication des pouvoirs publics à ce propos est clairement mensongère. Mais on comprend moins que ce puisse être la principale raison d’être du documentaire, et qu’on n’aille pas un peu plus loin. Un spectateur fera remarquer que les 16 protagonistes choisis sont blancs, plutôt instruits, s’exprimant aisément, et ne représentant pas vraiment la diversité qui doit exister au travers des 170 comités constitués.

Et puis il nous reste au final toujours un peu la même interrogation : se soulever contre l’accaparement des terres et de l’eau, se réjouir quand on parvient à sauver des espaces et à préserver des espèces menacées, oui bien entendu. Mais quand on participe à un mouvement qui s’intitule Soulèvements, n’y a-t-il pas d’autres points à aborder, et à propos desquels on devrait être beaucoup plus nombreux en définitive à se soulever, comme le droit fondamental à se loger et à se nourrir par exemple, dont on sait aujourd’hui qu’il est largement bafoué dans notre pays, avec aujourd’hui 5 à 10 millions de précaires selon la façon de compter ?

« Soulèvements » est projeté aux Carmes depuis le mercredi 11 février 2026.


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