« Radio Daisy » : quand la radio devient voyage

Après Jazzbox, Cécile Léna revient sur la Scène nationale d’Orléans avec une nouvelle création immersive : Radio Daisy. Du 11 février au 31 mars, le public est invité à réserver un créneau pour vivre cette expérience singulière. Reprenant le principe de Jazzbox, Radio Daisy propose un parcours en sept séquences à l’esthétique cinématographique. Point d’orgue de l’expérience : un voyage au volant d’une véritable Panhard 17.

La Panhard 17 dans laquelle s’achève Radio Daisy. Crédit : CG.



Par Charlotte Guillois.


C’est en 2021 que naît Radio Daisy, dix ans après Jazzbox. Sa conception aura nécessité deux à trois années de fabrication, notamment au sein de la Maison de la Radio. L’installation, qui repose sur un dispositif intime, est composée de six cabines qui font office de boîtes à spectacle et d’une voiture. Chaque espace raconte une histoire autonome, mais toutes ont un fil conducteur commun : la radio.

À l’image des « chambres d’histoire » de Jazzbox, qui invitaient à une découverte fragmentée du jazz, Radio Daisy propose une exploration libre. Il n’y a ni ordre imposé ni narration linéaire : chaque séquence dure quatre à cinq minutes (sept pour la voiture), et le spectateur peut commencer où il le souhaite.

En collaboration avec Radio Campus Orléans, une autre « boîte » a vu le jour : la 88.3, un studio radio des années 2000 reconstitué par l’équipe de la station associative et étudiante. De quoi prolonger l’expérience.

La maquette comme inspiration

Scénographe de théâtre, Cécile Léna nourrit depuis longtemps un attachement particulier à la maquette. « À l’époque, on n’avait pas encore toute cette technologie, ces logiciels. La maquette en tant qu’objet était donc essentielle. J’aimais la fabriquer et la présenter. Il y avait une véritable alchimie autour de ce moment », confie-t-elle.

La maquette devient alors un terrain d’expérimentation. Affranchie des contraintes réalistes, elle permet de jouer avec les échelles et d’ouvrir un espace où l’imaginaire du spectateur peut se projeter librement. L’artiste cherche à recréer cette sensation particulière du rêve au réveil : quelque chose de précis et pourtant légèrement flou.

Chaque boîte est ainsi conçue pour accueillir un seul spectateur. Une exigence revendiquée : « Je m’offre un luxe incroyable : l’œil du prince. Le spectateur est installé à l’endroit parfait, au meilleur point de vue possible. » Seule la voiture peut recevoir deux personnes, assises à l’arrière comme dans un taxi, renforçant encore l’impression d’intimité.

Le drive-in et son paysage de désert du grand Ouest américain. Crédit : Lena Dazy.

La radio comme fil conducteur

Au cœur du projet se trouve la radio, médium cher à Cécile Léna. « J’ai grandi avec la radio. Mes parents aussi. C’est un médium que j’aime beaucoup, parce qu’il fonctionne même dans une pièce vide. » Les six boîtes déclinent ainsi différentes manières d’écouter et de regarder la radio. Le son devient moteur de fiction : il anime les décors miniatures et fait surgir les images dans l’esprit du spectateur.

Pour beaucoup, la radio est indissociable de l’automobile. Le choix d’intégrer une voiture s’impose donc naturellement. Et ce n’est pas un hasard si ce choix s’est porté sur une Panhard 17 : le grand-père paternel de Cécile Léna travaillait chez Panhard, et la Panhard 17 utilisée pour le spectacle appartient à une voisine de sa mère. Un clin d’œil familial que la créatrice a choisi d’exploiter.

Une trentaine de personnes ont participé à la réalisation de Radio Daisy. Cinq ans après sa création, le spectacle continue de tourner, preuve de son succès et de sa singularité. Les amateurs de Jazzbox reconnaîtront d’ailleurs certains échos, puisqu’on retrouve les personnages du boxeur et du trapéziste.

Le studio radio miniature. Crédit : Lena Dazy.

Une immersion entre réel et fiction

Installé dans une cabine, casque sur les oreilles, le spectateur se retrouve face à un décor miniature qui s’anime au rythme de la bande sonore : « Bienvenue sur Radio Daisy. »

Les lieux traversés oscillent entre quotidien et imaginaire : un hôtel bien réel (le Splendid, où séjourna Hemingway), un drive-in perdu dans un paysage désertique, ou encore une cuisine parisienne familière. À chaque fois, le son ouvre la porte d’un ailleurs.

Si les boîtes peuvent être découvertes dans n’importe quel ordre, la Panhard constitue le point culminant du parcours. À l’arrière du véhicule, confortablement installé sur les sièges moelleux, le spectateur devient le passager d’un chauffeur de taxi roulant sous la pluie. On entend le clapotis sur la carrosserie. La radio diffuse une émission. Le chauffeur nous adresse parfois quelques mots. Sur le pare-brise, la route défile. Le temps semble suspendu. Lorsque le voyage s’achève, on quitte la voiture avec un sentiment étrange, proche de la nostalgie, comme si l’on revenait d’un souvenir qui n’a jamais existé.

À travers Radio Daisy, Cécile Léna confirme son art du minuscule et de l’intime, transformant une simple écoute en véritable voyage intérieur.

Jusqu’au 31 mars au Théâtre d’Orléans, La Passerelle

Informations et billetterie ICI

 

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