Ferrières-Dordives : l’après-EHPAD, entre fronde locale et fracture politique

La fermeture de l’EHPAD public des Hirondelles continue de susciter la fronde des maires locaux, tandis que le Conseil départemental du Loiret mise sur un accompagnement renforcé à domicile avec l’EPNAK. Le débat dépasse la simple question de l’équipement : il interroge le modèle même de la prise en charge du grand âge et de la dépendance.

Session du Conseil départemental du Loiret, le 30 janvier 2026 : le débat sur l’avenir de l’EHPAD de Dordives a cristallisé les tensions.

 

Dans la Communauté de communes des Quatre Vallées (CC4V), intercommunalité rurale de vingt communes, la disparition de l’établissement a provoqué une levée de boucliers des maires. À leurs yeux, l’absence d’EHPAD permanent constitue une rupture d’équilibre territorial.

Claquage de porte et vote isolé

Fin novembre, la plupart des maires de la CC4V ont quitté une réunion avec l’Agence régionale de santé et le Département, dénonçant une « gifle de l’administration ». Au cœur du désaccord : le choix du Département de ne pas reconstruire d’EHPAD et de miser sur le dispositif innovant porté par l’EPNAK (voir encadré).

Le 30 janvier, le Conseil départemental du Loiret présentait une délibération prévoyant la création de places de repli temporaires au sein de trois MARPA du territoire (Ervauville, Nesploy et Corbeilles-en-Gâtinais). Le texte a été adopté à l’unanimité, à l’exception d’une abstention : celle du conseiller départemental Frédéric Néraud.

La question de l’équité territoriale

Lors de cette session du 30 janvier (voir la vidéo de 1:44 :56 à 2:05:32), Frédéric Néraud s’est abstenu. De l’offre de l’EPNAK, il dit qu’elle est « intéressante ». Il précise : « Personne ne l’a jamais récusée. » Mais il a sa ligne rouge : « Ce n’est pas la vérité de dire que cela peut remplacer un EHPAD. » À ses yeux, certaines situations – « des personnes avec des pathologies lourdes, des personnes seules » – relèvent d’un hébergement permanent.

Il affirme que des habitants sont contraints de partir ailleurs pour trouver une place. Et il interroge la cohérence départementale. Pourquoi reconstruire des établissements publics à Neuville-aux-Bois ou à Fleury-les-Aubrais, tout en expliquant aux élus de la CC4V que « le modèle des EHPAD est dépassé » ? Il dénonce « une distorsion de traitement » qu’il continuera à « relever aussi longtemps qu’il le faudra », tout en « encourageant l’EPNAK à poursuivre son travail ». Son abstention, répète-t-il, « n’est pas une opposition ».

La dimension politique du dossier

La singularité de ce dossier tient également à la position politique de l’élu. Car au-delà du débat sur l’équité territoriale, c’est aussi sa place dans le paysage politique local qui se dessine. Frédéric Néraud est en rupture avec une partie de sa famille politique d’origine. Anciennement ancré à droite, il a été suppléant du député LR Jean‑Pierre Door de 2012 à 2022, avant de rejoindre Horizons pour sa candidature aux élections sénatoriales de 2023. Aujourd’hui, il se rapproche de l’UDR (Union des droites pour la République, parti fondé par Éric Ciotti) et entretient des convergences avec le député RN du secteur, notamment sur la question de la fermeture de l’EHPAD public de Dordives.

Ce repositionnement nourrit, chez certains observateurs, l’idée que cette bataille autour de l’EHPAD dépasse la seule question médico-sociale.

Maintenir le cap et structurer l’offre

Les maires de la CC4V sont vent debout. Au Département, en revanche, l’isolement de l’élu est manifeste : majorité et opposition ont voté la délibération. Le président Marc Gaudet assume un choix stratégique, invoquant l’anticipation du vieillissement et la nécessité de diversifier les réponses.

Car l’EPNAK ne se limite pas à une aide à domicile classique. Dix aides-soignantes ont été recrutées, ainsi qu’une assistante de soins en gérontologie. Un accompagnement éducatif et social est déjà en place, et des postes d’assistant social et de psychologue sont en cours de recrutement. Pour l’instant, les sollicitations pour trouver un médecin n’ont pas abouti. « Des partenariats ont été pris avec le centre hospitalier de l’Agglomération montargoise », précisait Christian Braux, président de la commission Bien vieillir, Handicap, Inclusion, Logement et Sport.

Rester chez soi, entouré de ses repères et de ses proches : l’aspiration majoritaire des personnes âgées, au cœur du débat sur l’avenir de la prise en charge du grand âge et de la dépendance – photo Izabel Tognarelli

Sur le terrain, les premiers pas

Depuis le début de l’année, quatorze personnes classées de GIR 3 à GIR 1 (la plus grande dépendance) sont accompagnées, et une vingtaine d’autres suivront en février et mars. En complément, un accueil de jour itinérant sera mis en place dans cinq villages, notamment Chevry-sous-le-Bignon, Ferrières-en-Gâtinais et Corbeilles-en-Gâtinais. Un projet d’habitat inclusif complète le dispositif, et des places temporaires en MARPA (à Ervauville, Corbeilles et Nesploy) visent à répondre aux besoins de répit des aidants, avec un reste à charge d’environ 20 € par nuitée. L’objectif est de reconstituer, hors les murs d’un établissement, l’équivalent d’un accompagnement continu.

Du côté des habitants, après les premières inquiétudes exprimées, les retours évoqués en séance sont rassurants. Deux témoignages ont été lus publiquement. De son côté, Marc Gaudet assure n’avoir été saisi d’aucune demande de famille en difficulté pour un proche.

Un modèle en question

La question dépasse le cas local. Qui souhaite réellement finir sa vie en EHPAD ? Qui se réjouit à l’idée d’y inscrire un proche ? Les enquêtes nationales montrent qu’une très large majorité des Français aspirent à rester à leur domicile le plus longtemps possible. Les révélations de Victor Castanet sur les pratiques de certains groupes privés ont durablement entamé la confiance du public. Même si l’établissement public de Dordives ne relevait d’aucun scandale comparable, le modèle traverse une crise d’image et de fonctionnement.

L’équation financière

Reconstruire un établissement public représente une quinzaine de millions d’euros. La subvention apportée par le Département et l’ARS représente en général 10 à 20%. Le reste serait à la charge de la commune ou de l’établissement lui-même et supposerait des emprunts. Et il faut penser à l’impact de ce financement sur le prix à la journée pour les résidents afin qu’il soit à l’équilibre. À Fleury-les-Aubrais et à Neuville-aux-Bois, les projets de reconstruction ont été engagés il y a plusieurs années. À Neuville, l’opération est par ailleurs portée par le Centre hospitalier Pierre-Lebrun.

La fermeture des Hirondelles peut être vécue comme une perte. Elle peut aussi marquer un tournant.
À Dordives et Ferrières, la réponse ne sera pas seulement technique : elle est politique. Entre attachement à un équipement de proximité et choix d’un nouveau dispositif, le débat local reflète une interrogation plus large sur la prise en charge du grand âge. Reste à savoir si l’absence d’EHPAD sera retenue comme un recul, ou bien comme le début d’un autre modèle.

L’EPNAK, c’est quoi ?

L’EPNAK (Établissement public national Antoine Koenigswarter) est un établissement public médico-social placé sous la tutelle de l’État. Historiquement spécialisé dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap, il a développé ces dernières années des dispositifs innovants autour du maintien à domicile et de l’habitat inclusif.

Sur le territoire de Ferrières-Dordives, l’EPNAK ne gère pas un établissement fermé, mais coordonne une offre d’accompagnement renforcé au domicile. Des recrutements sont en cours pour compléter le dispositif.

L’objectif affiché est de proposer une alternative à l’entrée en EHPAD lorsque le maintien à domicile est souhaité et possible ; en combinant soins, coordination, logements intermédiaires, répit pour les aidants et solutions temporaires d’hébergement. Le coût de la prise en charge est par ailleurs bien moindre qu’en établissement. L’EPNAK intervient auprès des personnes dépendantes à partir de 60 ans, et dès 50 ans pour les personnes en situation de handicap.


Plus d’infos autrement :

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Commentaires

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  1. Le triste feuilleton de la fermeture de l’EHPAD de Dordives continue. Il dure depuis plus de dix ans sans que l’ARS et le département ne soient intervenus sauf à débloquer des crédits alors qu’un administrateur provisoire pouvait être nommé pour 6 mois renouvelables pour remettre l’EHPAD sur de bons rails, l’ARS a préféré fermer l’établissement autoritairement sans consulter personne, résidents, personnel, familles. Il est évident que les élus métropolitains n’en sont pas informés, sinon comment expliquer l’unanimité de leurs votes? Tous les maires de la CC4V réclament un nouvel EHPAD à juste titre car le maintien à domicile de certaines personnes âgées très dépendantes est inenvisageable voire impossible pour leur propre sécurité sinon pourquoi existe-t-il des établissements médicalisés pour les accueillir? L’EPNAK ne propose rien de neuf que ne pouvaient proposer les SAAD et les SSIAD ou les MARPA. ” L’expérimentation”, puisque c’est ainsi que l’ARS et le département présentent le projet, patine. On se demande d’ailleurs pourquoi l’EPNAK s’est porté candidat, il ne s’occupe pas des personnes âgées mais de l’insertion des enfants, adolescents et adultes dans la vie sociale et professionnelle, rien à voir avec les personnes âgées, il suffit de consulter leur site pour s’en rendre compte. Il n’y avait que deux candidats qui ont répondu à l’AMI, dont un du Loiret qui intervient auprès des personnes âgées dans le Loiret, sans l’EPNAK il aurait été choisi, ce dernier n’avait aucun intérêt ni rien à gagner à se positionner, il fait du bon travail ailleurs. Il y a de quoi s’interroger sur le choix de l’EPNAK. Oui il faut essayer de maintenir à domicile les personnes âgées dépendantes qui le souhaitent, mais ce doit être un choix, pas par défaut parce qu’il n’existe pas de structures médicalisées pour les accueillir, sinon il s’agit d’une contrainte, avec isolement social, nuits seules en attendant le passage des aides à domicile ou personnel infirmier. Quant aux aidants, c’est à dire essentiellement la famille, ils sont souvent loin, partis faire leur vie ailleurs, vieillissants aussi, pas forcément disponibles, cela est aussi une réalité de terrain. Enfin, que les pouvoirs publics donnent aux EHPAD les moyens de fonctionner correctement avec du personnel formé en nombre suffisant et correctement rémunéré, malheureusement une fois de plus le budget de la sécurité sociale voté à l’Assemblé Nationale n’en prend pas le chemin, au contraire. Les personnes âgées dépendantes peuvent bien attendre, l’EPNAK arrive…

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