Le centre-ville de Tours, ce mercredi 11 février, a été le théâtre d’une tension particulièrement inquiétante. À l’occasion du meeting du candidat du Rassemblement National Aleksandar Nikolic, venu avec Jean-Philippe Tanguy, député à l’Assemblée nationale, la place Jean Jaurès face à la mairie a été le siège de plusieurs centaines de manifestants.
Manifestation place Jean Jaurès contre la tenue du meeting RN du candidat Aleksandar Nikolic. Photo A.B
Par Asmaa Bouamama.
Deux hordes se défiaient, à quelques mètres l’une de l’autre en cette soirée sombre et pluvieuse. D’un côté les Tourangeaux faisant la queue et bravant l’intempérie pour entendre leur candidat favori aux municipales, dans un enthousiasme presque champêtre. De l’autre, une masse plus bruyante et mobilisée, portée par des slogans antifascistes.
Deux salles, deux ambiances
Une troisième foule de CRS se tenait près du rassemblement pour parer d’éventuels débordements. Les nombreux admirateurs du jeune candidat RN ont dû se soumettre à un important protocole de sécurité digne des plus grandes salles de concert, avec un premier portique où des agents fouillent les sacs, palpent les corps, un dispositif de vestiaire où chacun est invité à laisser son parapluie, ses bouteilles d’eau et autres objets jugés suspects. Et enfin, un bracelet fluo est décerné au poignet de chacun en guise de précieux « laisser passer ». Un protocole de sécurité d’une rigidité rarement atteinte, même dans les meetings des personnalités politiques nationales.
À l’intérieur, rien de bien surprenant quant aux mesures annoncées par le candidat d’extrême droite. Si les projets culturels et de santé ne captivent guère la salle, les fameux thèmes de l’insécurité juxtaposée à l’immigration excitent davantage la foule et génèrent des applaudissements spontanés et francs à chaque mention de ce que le parti appelle « les étrangers ». Les sourires et les regards appuyés que les Tourangeaux s’échangent dans cette salle des mariages portent le goût d’une joie angoissante mêlée à une suspicion ambiante. Ces mêmes regards se dévisagent, se sourient poliment, ou se scrutent, cherchant à élucider la présence de ceux qui portent sur eux quelques traits « exotiques ». Une tension sociale silencieuse, voire grave, qui ne semble se décharger qu’à l’appel à la haine de l’étranger délinquant.
Le discours d’Aleksandar Nikolic avait pour bruit de fond les slogans des manifestants qui se tenaient en face de l’hôtel de ville. « À bas les fachos ! », « La jeunesse emmerde le Front national » s’écriait la foule sous la pluie. Le candidat n’a donc pas manqué de commencer son allocution en les remerciant de l’attention qu’ils lui portaient tout en citant Jean Ferrat : « Quand le temps de vos colères, quand vos contorsions ne seront plus qu’éphémères et vieilles illusions, fils de bourgeois ordinaires, ils voteront comme leurs pères. »
Quand l’obsession de la sécurité devient insécurisante
Le protocole sécuritaire et l’ambiance quasiment paranoïaque laissent entrevoir un extrait d’un nouveau langage social possible, fait de suspicions, de signes préférés aux mots, et de fouilles. Certaines personnes ayant quitté l’événement avant la fin se sont vues suivies par les organisateurs, parfois jusque dans les toilettes – y compris certains membres de la presse identifiés – puis fouillées et palpées de nouveau par des agents de sécurité obéissants au parti. Une méfiance teintée d’effroi comme norme qui structure les rapports sociaux, dont la possibilité de recourir au langage et à la discussion a disparu. Il est difficile de nier que cette surveillance et ces fouilles sont motivées par certains traits bruns, ou autre type ostentatoire exotique, accidentellement hérités. De quoi inquiéter quiconque a conscience du monde, de la loterie de la génétique, et de l’endroit où il a été posé dans l’existence. De quoi faire vaciller tout pacte social.
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