« Urchin », un premier film qui manque de dimension sociale

Harris Dickinson signe un premier film ambitieux qui met en scène un jeune SDF en butte aux difficultés de la vie. Personnage sombre, malgré ses airs de bon garçon, il est dominé par la violence et la drogue. L’exposition du film est intéressante, mais tourne court. Cette lutte d’un jeune paumé contre lui-même ne mène nulle part. C’est dommage.

Mike (Frank Dillane) sait séduire. Photo Devisio Pictures.



Par Bernard Cassat.


Le cinéma social anglais a donné beaucoup de grandes réalisations. Urchin (Oursin) s’inscrit dans cette lignée. Le film installe son personnage, un jeune marginal SDF, dans une première partie réussie.

La caméra reste toujours à distance, dans des plans moyens qui ne choisissent pas de focaliser Michael, mais préfèrent le garder dans son environnement. Lorsqu’il fait (vaguement) la manche à un feu rouge, la caméra est loin mais le zoom rapproche l’image en écrasant la perspective. La séquence apparaît alors comme une sorte de danse incompréhensible, de vaine démarche du personnage qui semble demander des sous à personne. Il renonce d’ailleurs très vite. Personnage fuyant s’il en est, Mike ne sait absolument pas où il en est.

Un bon moment qui ne va pas durer. Photo Devisio Pictures.


Le jeune réalisateur Harris Dickinson, dont c’est le premier long métrage, suit son personnage mais lui laisse de l’espace. Séquences du monde de la rue, distribution de repas où toutes les nationalités se croisent, galère d’hébergement. On le voit disposer des cartons dans une ruine pour se faire un lit. Et on le voit se bagarrer avec son copain parce qu’il lui a piqué ses sous. Dans un lieu plutôt banal mais pas sordide, ils sont séparés par un jeune noir qui ensuite lui propose de lui payer quelque chose à manger. Mais Mike le tabasse et lui pique sa montre et son argent. L’image n’insiste pas. On y reviendra plus tard, dans un flashback violent.

Au karaoké avec ses collègues copines. Photo Devisio Pictures.


Arrêté pour cette agression, le film insère une séquence onirique étonnante. La caméra suit l’eau de la douche dans la bonde et parcourt les égouts, les abysses, le monde souterrain. La prison, en fait. Sept mois. Le mélange des genres est un peu gros. À part le sexe qui le taraude, on ne sait rien du mental de Michael. Juste une vision qui reviendra, une vieille violoniste de rue, la grande faucheuse. Cet onirisme, c’est plus celui du réalisateur que du personnage.

Dans la caravane de sa copine. Photo Devisio Pictures.


Après cela, le film devient d’un attendu ennuyeux. Après la prison, on s’occupe de Mike, on lui propose des choses, logement, travail. Il est entouré de personnes compréhensives et bienveillantes. Et bien sûr, sans surprise, il y a des avancées et de gros reculs. Il travaille dans un restaurant. Il rencontre une jeune copine qui vit en caravane, ils font la fête, mais un vieux voisin amène de la coke. Et c’est reparti. On s’y attendait. La chute va aller jusqu’au bout.

La fête qui lui sera fatale. Photo Devisio Pictures.


Harris Dickinson construit un personnage de la rue, paumé et sans avenir. L’époque a bien changé par rapport à la grande période du cinéma anglais, mais son regard aussi n’est pas à la même place. Dans tout le film, il n’y a aucune notion de collectif. Mike navigue dans les aides administratives et pratiques, mais il reste continuellement seul. Ses échanges avec les autres ne passent que par la violence ou la défonce. Même sa relation « amoureuse » reste superficielle, dictée par les nécessités pratiques. Le film n’a absolument aucune réflexion politique. L’aspect documentaire sur les SDF est précis, bien que tout soit une fiction, mais ne suffit pas à retrouver le souffle qu’avaient les films politiques et sociaux. Ici, la lutte n’est pas sociale mais contre soi-même, contre la drogue, contre le rouleau compresseur de la défonce. Et là, on perd toujours. C’est vu d’avance dans le film, et ça lui enlève toute dynamique qui aurait pu s’installer.

Un réalisme sans relief

Pourtant Frank Dillane, qui incarne Mike, est franchement crédible. Il passe par différents stades, différents moments qui sont aussi l’histoire du personnage. Et il est crédible à la fois dans le bon gars qui essaye, qui séduit, et dans le bad boy repoussant qui se perd jusqu’au bout. Pourtant ses qualités d’acteur ne sauvent pas la deuxième partie du film. Le réalisme sans relief des séquences avec son amie est convenu, la descente dans les abysses qui suit est insupportable. Et l’onirisme qui revient ne sauve pas la fin.


Plus d’infos autrement :

« The Mastermind », l’effondrement de l’Amérique triomphante

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    • matin 4°C
    • après midi 5°C
  • dimanche
    • matin 1°C
    • après midi 6°C
Copyright © MagCentre 2012-2026