La fermeture imminente, prévue pour juin 2026, du club omnisports, héritier du patronage catholique, suscite de vives réactions à Blois. 800 licenciés et 1 400 élèves d’établissements privés sous contrat avec l’État, qui utilisent les installations sportives, devront impérativement trouver une nouvelle structure d’accueil à la rentrée.
Jean-Michel Aubault, président de l’ADA Omnisports, tire la sonnette d’alarme. Liquidé en juin prochain, ce sera la fin d’un club qui à l’image d’Agathe Girard, championne de France au tir à 10 mètres, possède plusieurs champions de France. Crédit photo Jean-Luc Vezon.
Placée en liquidation judiciaire le 29 janvier dernier par le tribunal judiciaire de Blois, l’ADA Omnisports, propriétaire du palais des sports et de plusieurs installations sportives annexes en centre-ville, pourrait disparaître d’ici juin 2026. Le club, présidé par Jean-Michel Aubault depuis 2017, ne parvient plus à honorer ses dettes, en raison du lourd emprunt contracté en 2015 pour l’acquisition du palais des sports, des gymnases et des terrains adjacents.
Jean-Luc Ferré, l’ancien président, avait acquis ce site, sur lequel évoluait notamment l’ADA Blois Basket 41, auprès de la fondation Victor Dillard, mais l’échéance bancaire de 80 000 euros par an s’est révélée trop pesante pour ce club, qui compte onze sections sportives et de loisirs. (1) Ses infrastructures accueillent également une vingtaine d’autres activités sportives (aïkido, karaté, MMA, danse, etc.) et culturelles, au bénéfice de clubs, d’associations (comme France Parkinson, Blois Accueil) et d’entreprises telles que la clinique Théraé.
Un enjeu politique local
En pleine campagne électorale, cette situation qui enflamme les réseaux sociaux (notamment sur Facebook et la page Tu es de Blois si) ravive les tensions entre les partisans d’une laïcité stricte et ceux en faveur d’une équité dans l’accès aux infrastructures sportives. Bien que la ville de Blois verse déjà une subvention de 100 000 euros, elle semble peu pressée d’intervenir pour sauver une association privée. Le maire, Marc Gricourt, a toutefois assuré que la question serait traitée en priorité par la prochaine équipe municipale.
Il est crucial de trouver une solution durable. Si la structure peut continuer à dispenser des cours aux licenciés et à verser les salaires de ses six employés jusqu’en juin prochain, la rentrée s’annonce incertaine, avec la possibilité d’une liquidation complète, d’un rachat du foncier par la mairie, voire par un promoteur intéressé par une offre foncière rare en centre-ville.
Bien que certains évoquent une reprise par la ville, semblable à l’acquisition des infrastructures de l’AAJB Tennis en Vienne, rien n’est encore certain. En 2016, la ville de Blois avait sauvé Jacques Chauvin, alors président du club et “meilleur opposant” au maire, en acquérant le site flambant neuf pour 1,34 million d’euros, permettant ainsi au club de 500 licenciés de poursuivre ses activités en tant que locataire.
Interrogé par Magcentre, Jean-Michel Aubault, président du club, plaide en faveur de la qualité de l’offre sportive et de la viabilité de l’ADA Omnisports, qui gère ses comptes avec rigueur : « Notre exploitation est viable. Seul le remboursement de la dette pour l’achat du palais des sports nous pénalise. » Cependant, à l’heure de la rigueur budgétaire, le projet d’un rachat d’un site évalué par les Domaines à 1,2 million d’euros pourrait ne pas faire consensus. Bien que certains candidats, comme Malik Benakcha et Mathilde Desjonquères de la liste « Unis pour Blois » ou Gildas Vieira de « Osons Blois autrement », affichent clairement leur volonté de sauver l’ADA Omnisports, il est bien connu que les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient.
Le sport scolaire en péril
La liquidation aurait également une conséquence majeure : l’arrêt du sport scolaire pour 1 400 élèves des établissements privés catholiques, La Providence, Saint-Charles et Notre-Dame des Aydes, qui bénéficient des installations du Palais des Sports depuis sa création en 1907. Une professeure d’EPS exprime sa vive inquiétude : « La liquidation nous priverait d’infrastructures sportives de très bonne qualité en intérieur. Cela serait préjudiciable aux élèves. Bien que des activités extérieures puissent être envisagées ponctuellement, elles dépendent des conditions météorologiques et ne répondent pas aux exigences institutionnelles ».
Une alternative pourrait-elle émerger ? Cela semble peu probable, compte tenu de la saturation des infrastructures sportives locales. Entre établissements scolaires, clubs et associations, les équipements municipaux sont déjà utilisés à pleine capacité. Cette situation est également dénoncée par certains candidats, qui soulignent les difficultés de plusieurs clubs (tels que Blois Foot 41 et RCB) manquant cruellement de terrains et se voyant contraints de refuser des jeunes.
« L’enjeu dépasse la simple organisation interne des établissements et des associations. Il s’agit de garantir l’égalité d’accès à l’enseignement sportif, de préserver la santé des jeunes et moins jeunes, et de respecter les obligations scolaires. Il y a un devoir d’équité », conclut la professeure d’EPS, qui appelle à un dialogue rapide pour trouver une solution permettant d’assurer la continuité des cours d’EPS et le maintien des activités sportives associatives, dont bénéficient au total plus de 2 000 personnes. (2)
(1) Tennis de table, badminton, baby gym, modélisme, gym douce, Pilates, culture et loisirs, gymnastique, fitness, tir sportif, tir à l’arc, multisports collectif (6 à 12 ans).
(2) Ce chiffre inclut les licenciés ADA Omnisports, les adhérents des associations qui louent les gymnases et salles et les scolaires.
1 400 scolaires bénéficient des infrastructures de l’ADA Omnisports dont le Palais des sports où a longtemps évolué l’ADA Blois Basket 41, club professionnel actuellement en Elite 2. Crédit photo Jean-Luc Vezon.
Lettre ouverte
« Sauver l’ADA Omnisports, c’est défendre l’éducation et le sport à Blois »
En tant que professeure d’EPS dans un établissement scolaire au cœur de Blois, la liquidation judiciaire de l’ADA Omnisports m’inquiète profondément.
Aujourd’hui, près de 80 % de mes cours se déroulent dans les installations de l’ADA. Les infrastructures municipales ne représentent que 20 % de mon volume d’enseignement, et elles sont déjà saturées. Si l’ADA et son mythique Palais des Sports venaient à fermer définitivement leurs portes, il me serait tout simplement impossible d’assurer mes cours dans des conditions adaptées et sécurisées.
Sans ces équipements, il ne me restera plus qu’à faire cours dans les Jardins de l’Évêché — ironie mise à part, la situation serait dramatique.
Au-delà des infrastructures, c’est un partenaire essentiel de la vie éducative et sportive locale que nous risquons de perdre. L’ADA Omnisports n’est pas seulement un gestionnaire d’équipements : c’est un acteur historique, un moteur de dynamisme, un repère pour des générations d’élèves et de sportifs.
Je me permets également de rappeler à nos responsables politiques — du Département, de la Région Centre-Val de Loire, d’Agglopolys et de la Municipalité — que la montée en Pro A de notre belle équipe de l’ADA Blois Basket 41 s’est faite dans l’emblématique Palais des Sports. Nous y étions. Eux aussi.
Il est temps aujourd’hui de se mobiliser à la hauteur de l’enjeu.
Derrière ces murs, il y a des élèves, des enseignants, des éducateurs, des associations, des familles. Il y a une ambition pour la jeunesse blésoise. Il y a un patrimoine sportif et éducatif que nous ne pouvons pas laisser disparaître.
Sauver l’ADA Omnisports, ce n’est pas seulement préserver un équipement : c’est défendre l’éducation, la cohésion sociale et l’identité sportive de notre ville.
Véronike Carré, professeure d’EPS
Plus d’infos autrement :
Centre de performance de l’ADA Blois Basket 41 Nouvelle vitrine du club