Des acrobates virevoltent dans le grand désert blanc et glacé

Invité par la Scène nationale d’Orléans, Mathurin Bolze propose Immaqaa, ici peut-être. Un spectacle inclassable joué par des circassiens, surtout voltigeurs, acrobates et porteurs. Plein d’énergie, de rythme, de poésie et de réflexion, ils nous transportent pendant plus d’une heure dans un monde formidable qui se joue de la pesanteur et qui part sur les traces d’une expédition perdue.

Sur l’horizon brisé, la formidable acrobate. Photo Christophe Raynaud de Lage.



Par Bernard Cassat.


Comment saisir un tel spectacle, tant il rassemble des inspirations diverses et des pratiques circassiennes sorties de leur contexte habituel ? Ambiance grand nord, ça c’est sûr. Du blanc, de l’espace, un plan incliné qui glisse et se coupe parfois en morceaux, en glaçons, en icebergs. Un défilé de personnages dont certains évoquent les légendes du grand nord, mais pas tous. Et d’autres qui avancent en sauts périlleux, sautent sur le plan incliné, tentant d’en atteindre le haut. Le tout sur une musique à basse continue, qui craque parfois comme des pas dans la neige.

Dans ce grand nord de théâtre, la troupe MPTA va exercer son art, des acrobaties réglées au millimètre, des portés et des sauts vertigineux, et de l’humour. Une course à l’impossible s’organise pour atteindre le haut du plan incliné, ça glisse de tous les côtés, sans jamais se rencontrer l’un l’autre.

La banquise se casse. Photo Christophe Raynaud de Lage.


Parfois, il y a du texte, des extraits lus d’Un monde sans rivage d’Hélène Gaudy. Il est question d’horizon, cette ligne « qui n’existe pas ». Mais là, elle descend des cintres et elle est brisée. Une acrobate s’y accroche et nous sidère avec ses contorsions incroyables. Dans des enchaînements qui semblent aller de soi, cette séquence touche à une poésie profonde, envoûtante.

Des images sont parfois projetées, pour renforcer la présence de l’espace polaire. Et le décor bouge, manipulé par la troupe. Il y aura un moment grave et sérieux où des signes apparaissent, qui forment ensuite des mots, ceux qu’on entend et qui viennent du même texte. Ils nous parlent de perdition, de disparus dans cet espace infini et hostile.

La poésie de la mise en scène. Photo Christophe Raynaud de Lage.


Mais il y aura aussi des moments de joie. Un pêcheur qui a du mal à s’installer sur la banquise, qui nous entraîne ensuite dans une image poétique. Et une sorte de fête avec accordéon et mouvements incessants de la troupe à l’endroit, à l’envers, en sauts, en portés, en glissade. Un trampoline s’incruste dans le décor, et pendant un bon moment, deux ou trois acrobates virevoltent en l’air comme dans une danse démultipliée. Numéro impressionnant. Un couple en profite, tout en sautant, pour faire des acrobaties en même temps. C’est rapide, formidable à voir. Ce jeu avec la pesanteur correspond tout à fait à la difficulté de tenir debout sur la glace, de rester droit dans ces espaces fuyants.

Et puis la ligne brisée ressort, l’acrobate traverse la scène et la poésie se réinstalle. Pour finir, une structure gonflable s’interpose entre les acteurs et nous. Ils deviennent silhouettes déformées, marionnettes, dans un final en apothéose.

Le mur de glace. Photo Christophe Raynaud de Lage.


Mathurin Bolze orchestre la troupe Les mains, les pieds et la tête aussi (MPTA) avec une redoutable et nécessaire précision. Il a aussi trouvé tous les ressorts pour construire un spectacle complet et cohérent, poétique. Il place ses acrobates sur un sol glissant, dans des espaces mouvants, qui leur permettent de mettre en valeur toutes leurs qualités. Avec des numéros finalement connus, ils inventent des moments remarquables qui renvoient à cette peur fondamentale de se jeter dans les abysses, le défi des acrobates, celui de vaincre ces forces physiques qui nous entraînent vers le bas.

L’esthétique choisie par Bolze et ses collaborateurs, notamment les musiciens, installe bien le mystère nécessaire, et le spectacle, qui mélange parfaitement la voltige, l’éblouissement du grand désert blanc et le mystère métaphysique de l’infini, est une belle réussite.

Immaqaa, ici peut-être

Mathurin Bolze – Compagnie MPTA

  • Jeudi 19 février, 20h30
  • Vendredi 20 février, 19h

Salle Touchard. Durée 1h15

Billetterie ici


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