Et si, en réalité, Jordan s’appelait Philippe ?

Un prénom, ça n’est jamais qu’un détail. Et en politique, il peut parfois en dire bien plus long qu’un programme.



Par Fabrice Simoes.


Parmi les candidats pour les prochaines municipales, les anciens sont toujours là, André à Issoudun, Jeanny à Romorantin, Serge à Orléans. À eux trois ce sont plus de 20 campagnes locales menées à bien. Des campagnes classiques pour des prénoms classiques aussi, quoique Jeanny… C’est que, le prénom, ça facilite bougrement la vie. Pour faire genre, pour faire autrement que les parents d’à côté, les papas, les mamans de maintenant hésitent désormais à choisir entre les noms de saints du calendrier, ceux des marques automobiles, ceux des arbres et des fleurs, ceux des protagonistes de Game of Thrones, de Hunger Games ou de La petite maison dans la prairie. Parfois ils créent et débordent d’imagination. Parfois non… et on s’aperçoit que l’intransigeance des secrétaires de mairie du siècle dernier, excessive souvent, avait parfois du bon pour l’avenir de leurs progénitures ! Mais, pour préserver l’avenir politique du petit, c’est clair, il vaut mieux rester classique et même voir grand comme un Macédonien.

Tout un symbole

Les plus savants appellent donc leur petit dernier Adolphe et se réclament de Thiers – celui de la commune de Paris – tandis que les autres tendent plutôt vers le Benito mais ne savent plus exactement pourquoi. Benito c’est plutôt sympa comme prénom. Comme Ben, ou Benoît, mais en plus arrondi dans les angles. La définition qui correspond le mieux à ce joli prénom à consonance transalpine – de cheval pourrait-on ajouter si ce n’était pas si grossier et vulgaire – prouve ô combien le Benito est de bon aloi : chemise noire, botte astiquée des Alpes à la Sicile, verbe haut et menton relevé. Et le Benito sait se faire plein d’amis qui sont comme lui… Mais non, les parents Meloni, instruits par l’histoire, ne l’avaient pas à l’esprit et ont pensé que Giorgia – quasiment celle de Ray Charles mais en moins On my mind – c’était mieux pour une fille.

À chaque continent son prénom préféré. L’Amérique du Sud a longtemps estimé qu’Augusto, c’était parfait. Essentiellement ceux qui ne passaient pas leur temps à gueuler, aux oreilles de Pinochet, dans les sous-sols de l’Estadio Nacional de Santiago du Chili. Ville où, comme chacun le sait ou devrait le savoir, la pharmacie Lopez est définitivement ouverte les dimanches et jours fériés depuis le décès du pharmacien Gomez. Chez les voisins Argentins, le pays avait longtemps opté pour Jorge Rafael, mais désormais, c’est Javier qui a la cote du côté de Buenos Aires. Il est tout autant capable de jouer de la tronçonneuse pour trancher dans le vif des lois en vigueur, et des ministères inutiles comme la santé et l’éducation, que de couper le cordon ombilical des bébés issus d’une gestation non-désirée. Adieu, avortement, médecins, vacances et loisirs…

Du berceau au régime autoritaire

En Europe, outre Adolphe et Benito, nous avons aussi celui du potentiel homme fort des Pays-Bas, Geert. Pour le nom de famille, Wilders, ça passe, mais Geert ce n’est pas facile à prononcer pour un Latin. Là-bas, dans le pays où, pour le moment, les seules digues pour empêcher de rentrer sont disposées à l’Ouest, ça fonctionne bien. On a aussi Viktor un peu plus à l’Est !

Dans l’hexagone, chez les Le Pen, on a opté pour les prénoms féminins en M. Quelle que soit l’année de naissance. C’est un peu l’inverse des M&M’s family avec Marion et Marine. Le mélange des saveurs c’est pas leur truc. C’est comme dans les sachets de ces petits bonbons, on a ceux qu’on aime et ceux qu’on n’aime pas : les jaunes, les marrons, et surtout les rouges ! Ou alors à croquer directement sans regarder où l’on met les dents. Pour les jaunes, on fait comme si. Pour les verts, on fait comme ça. Le seul véritable problème, c’est que ça manque quand même de blancs dans le paquet. Comme prénom qui pourrait aussi aller, on a bien Eric mais, en ce moment, c’est à l’image de la 2CV de Bourvil « ça marche beaucoup moins bien » et puis, depuis les Vikings découvreurs d’Amérique, c’est décidément pas la bonne couleur. On a aussi Jordan. Lui c’est presque un enfant adopté alors, pour le prénom, dans l’intimité du manoir de Montretout, peut-être que, souvenirs, souvenirs, on l’appelle Philippe comme le Maréchal ?
Et dans tout ça pas une seule Mona ou même Meriem… on se demande bien pourquoi !


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