Avec 36 offres déposées pour la reprise de Brandt, le spectre d’un démantèlement se précise. Un scénario inenvisageable pour les collectivités locales qui annoncent appuyer financièrement l’une des offres de reprise industrielle globale.
Une offre de reprise industrielle pour Brandt séduira-t-elle la justice ? Photo Magcentre
Par Mael Petit.
Ce mercredi 18 février, dans la salle d’audience du tribunal des activités économiques de Nanterre, le sort de Brandt s’est joué sans effet de manche. Trente-six offres ont été examinées, trente-six prétendants pour les restes encore chauds d’un fleuron industriel, et autant si ce n’est plus de scénarios possibles. Le constat est brutal. En liquidation judiciaire, l’entreprise n’est plus qu’un ensemble d’actifs à valoriser. Marques historiques – Brandt, Sauter, De Dietrich, Vedette –, stocks, matériel industriel, immobilier, service après-vente : tout est sur la table.
Face aux juges, la logique dominante reste celle du remboursement des créanciers et les offres déposées traduisent cette réalité. Entre Fnac Darty qui propose de reprendre les marques et des stocks, Cafom qui met sur la table une trentaine de millions d’euros pour les marques et certains actifs immobiliers, Semavo, soutenue notamment par la région Île-de-France, qui vise le site de Saint-Ouen-l’Aumône, ou encore le breton EverEver, qui s’intéresse au site de Vendôme avec une proposition beaucoup plus modeste… Dans ce paysage éclaté, la Région Centre-Val de Loire et la métropole d’Orléans ont choisi leur camp : celui d’une reprise industrielle globale. Quitte à monter au front.
Éviter la vente à la découpe
« Seul un projet global a du sens. Si un morceau part, c’est tout l’édifice qui s’effondre. » Le président de la Région Centre-Val de Loire, François Bonneau, n’y va pas par quatre chemins. Avec 36 offres déposées, le risque de voir Brandt vendue à la découpe est réel. Marques d’un côté, stocks de l’autre, immobilier ailleurs. Fin de l’activité industrielle régionale, fin du « made in France » revendiqué, fin d’une histoire ouvrière à Saint-Jean-de-la-Ruelle et à Vendôme. Les équipes de la Région et de la Métropole ont passé au crible les dossiers. En conclusion, deux offres répondraient réellement à l’objectif de relance industrielle globale selon eux dont l’une a leurs faveurs : celle du groupe Gladius.
Le maire d’Orléans et président de la Métropole, Serge Grouard, rappelle toutefois la dure réalité juridique. « Le tribunal ne cherche pas une solution industrielle, il cherche la meilleure solution pour rembourser les créanciers. » Lucides mais surtout inquiets de ne plus avoir les cartes en mains, ils savent que le projet le plus cohérent industriellement n’est pas forcément celui qui l’emportera.
Gladius, la carte industrielle
Face aux offres opportunistes centrées sur les marques ou les stocks, Gladius défend une reprise globale de tous les actifs de Brandt. Un accord a été conclu avec les collectivités, fixant engagements réciproques, trajectoire d’implantation et perspectives de production. Gladius n’est pas un acteur inconnu. Groupe français, il produit et distribue de l’électroménager sous les marques Westpoint, Ocean et San Giorgio, commercialisées dans plusieurs dizaines de pays. Rien qu’aux Émirats arabes unis, ses produits sont présents dans plus de 200 points de vente, se vante le groupe auprès de La Tribune. L’ambition se situe donc là : relancer Brandt sous pavillon français et s’appuyer sur ces débouchés internationaux, notamment au Moyen-Orient, pour écouler une production relocalisée.
Le scénario présenté est progressif même si les détails restent encore flous, comme l’illustre le site de Vendôme dont le foncier industriel serait sécurisé mais l’activité restant à définir. Contrairement à l’usine de Saint-Jean-de-la-Ruelle qui serait assurée de la production d’électroménager destinée au marché international. « On parle d’écrire un nouveau récit », insiste François Bonneau. Relancer les volumes, restaurer la crédibilité commerciale en rassurant les fournisseurs et reconstruire une capacité productive. Mais pas à court terme puisque de lourds travaux sont évoqués et aucune reprise immédiate n’est promise.
L’argent public en soutien
Reste que pour l’heure les collectivités ne souhaitent communiquer aucun montant. Mais elles confirment une mobilisation financière via leurs sociétés d’économie mixte pour consolider l’offre, notamment sur la partie foncière. Si la Métropole « abonde » l’offre Gladius, la Région parle d’un choix « exigeant financièrement ». Alors que L’État, en revanche, a refusé d’accompagner une quelconque offre selon les élus locaux. « Nous sommes en capacité de porter quelque chose au tribunal qui a de la gueule, qui tient la route. On amène du lourd », tente de rassurer François Bonneau.
Pour Serge Grouard, l’implication publique doit peser dans la balance dans une logique d’intérêt général. « L’enjeu, c’est d’avoir une solution industrielle, mais ce n’est pas joué du tout », tempère-t-il. L’élu rappelle qu’une autre offre industrielle existe, celle de Metavisio longtemps défendue par le président de la métropole et jugée « conséquente » par ce dernier. Pourtant, Serge Grouard semble mettre de côté son coup de cœur initial dont nombre d’observateurs ont pointé les zones d’ombre. « Ils ont réuni des fonds complémentaires. On est désormais à la marge sur ce dossier, précise-t-il. Mais mieux vaut avoir deux fers au feu qu’un seul ».
Les juges du tribunal des activités économiques de Nanterre trancheront le 13 mars. Ils devront arbitrer entre des offres partielles potentiellement plus rémunératrices à court terme et des projets globaux portés au nom de la réindustrialisation et de la souveraineté économique.
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