Une piste en dur de 1,5 km vient d’être mise en service à l’aérodrome de Vimory-Montargis. Investissement utile ou équipement superflu ? Pour répondre aux interrogations, nous avons rencontré Paul-Émile Upravan, pilote de ligne chez Air France et président de l’aéroclub local.
Sous un ciel d’hiver, la nouvelle piste asphaltée de l’aérodrome de Vimory–Montargis s’étire sur 1,5 km au cœur de la plaine – photo Paul-Émile Upravan
À première vue, 1,5 km de bitume au milieu de la plaine gâtinaise, cela peut sembler disproportionné. Certains sur les réseaux sociaux en viennent à évoquer l’arrivée d’Airbus. En réalité, la piste est limitée à 5,7 tonnes. Pas d’A350 en vue, donc, même si le président de l’aéroclub en pilote au quotidien.
Trentenaire, pilote de ligne et président bénévole de l’aéroclub local, Paul-Émile Upravan nous a reçus entre deux vols long-courriers pour répondre à la question qui revient régulièrement dans le débat public : à quoi servent cet aérodrome et sa nouvelle piste en dur ?
Une porte d’entrée vers un secteur stratégique
« Aujourd’hui, cet aérodrome a pour principale fonction de faire du loisir, notamment à l’aéroclub, géré par des bénévoles. Mais notre cœur de métier, c’est la formation, » pose-t-il d’emblée. « Notre but est d’être une porte ouverte sur le monde de l’aéronautique, notamment pour les jeunes, afin de leur permettre d’accéder à des carrières dans l’aéronautique ». Derrière l’image du petit terrain local, il y a donc une logique de filière. Paul-Émile Upravan en est d’ailleurs l’illustration même puisqu’il a pris ses premières leçons de vol à Vimory, quand il était adolescent.
« Pour pouvoir toucher un maximum de jeunes, il faut un maillage territorial ». Orléans, Briare, Pithiviers, Montargis : ces plateformes de proximité constituent un réseau. Sans ce maillage, pas de vivier. Et sans vivier, les forces vives ont du mal à se renouveler.
Une carte à jouer avec l’Île-de-France
La piste en dur ouvre aussi une perspective plus large. Elle pourrait accueillir davantage de formations venues d’Île-de-France, notamment de terrains saturés et sensibles aux nuisances comme Toussus-le-Noble (autrement dit Paris-Saclay-Versailles), terrain très fréquenté et particulièrement sensible en matière de nuisances.
« En aviation générale, le but n’est pas de transporter des passagers. Le but, c’est de voler. Que vous partiez de A pour aller vers B ou vers C, ce qui compte, c’est le trajet. » Certaines écoles professionnelles pourraient ainsi effectuer des navigations d’entraînement à Vimory et contribuer à soulager ces plateformes.
Sur une éventuelle aviation d’affaires, il se garde de toute projection : « Ça, c’est une question pour l’Agglo. Nous, on reste sur notre mission de formation et d’ouverture vers le monde de l’aéronautique. »
Piste, tarmac, taxiway, un chantier très important pour l’Agglomération montargoise, épaulée par le Département du Loiret. À présent, prêt pour le décollage ! – photo Magcentre
S’adapter aux avions d’aujourd’hui
L’ancienne piste en herbe donnait à l’aérodrome un charme certain. Elle avait aussi ses limites. La terre argileuse, collante en hiver, compliquait l’exploitation : avions immobilisés, activité suspendue, impossibilité pour certains appareils – notamment à train rentrant – de se poser. « C’est très technique, mais en gros, la boue vient bloquer le fonctionnement des trains d’atterrissage, ce qui peut poser un problème de sécurité ».
La piste en dur permet désormais une exploitation plus régulière, sur l’année. Elle accompagne aussi l’évolution du parc aérien. « Aujourd’hui, la plupart des avions modernes – plus respectueux de l‘environnement – sont équipés de micro-connecteurs avec lesquels les vibrations des pistes en herbe ne font pas bon ménage. Cette piste en dur permet de se tourner vers des avions plus respectueux de l’environnement. »
Enfin, il y a l’argument des riverains. « À machine égale, sur une piste en dur, un avion décollera sur une distance plus courte. Pour les riverains qui habitent en bout de piste (en l’occurrence à Villemandeur), les avions passeront plus haut et feront donc moins de bruit. » La question n’a rien d’anecdotique.
Et dans cinq ans ?
Président de l’aéroclub depuis un an, Paul-Émile Upravan veut d’abord consolider l’activité après une année 2025 compliquée du point de vue de l’exploitation. L’objectif est de retrouver le niveau d’avant les années Covid. « En tant que président d’association, j’espère reprendre tous les contacts locaux afin de montrer aux gens que ce n’est pas une activité de “nantis”. D’autre part, j’espère accélérer et augmenter le volume de formation, ainsi que notre ouverture au monde. »
Quant à l’aérodrome, il imagine « le même, avec davantage d’activité ». Mais il fixe une limite : « Le terrain est aujourd’hui à taille humaine, et il faut qu’il le reste. Les petites entreprises et associations qui font la vie du maillage aéronautique français ont besoin d’interlocuteurs humains, pas de machines administratives. Il ne faudrait pas que cet aérodrome devienne un terrain trop complexe. On voit en région parisienne que, lorsque les structures deviennent trop lourdes, les petites associations et les clubs qui y sont implantés ne peuvent plus rendre le même service aux utilisateurs.»
Une trajectoire suspendue au verdict des urnes
Reste l’inconnue politique. D’ici quelques semaines, les élections municipales redessineront le paysage politique local et, avec lui, la gouvernance de l’Agglomération montargoise (AME), gestionnaire du site. Paul-Émile Upravan ne l’élude pas : « Tout dépendra de la politique que mettra en place la nouvelle équipe. J’espère qu’on aura une Agglo qui comprendra, comme c’est le cas jusqu’à aujourd’hui, l’intérêt de cet aérodrome ; et qui poursuivra son développement. »
A lire aussi: En Touraine, le Brevet d’Initiation à l’Aéronautique attire de plus en plus