Autisme : la Haute Autorité de Santé rejette la psychanalyse

Quatorze ans après sa dernière feuille de route, la Haute Autorité de Santé actualise ses recommandations sur les troubles du spectre de l’autisme chez le nourrisson, l’enfant et l’adolescent. En classant la psychanalyse parmi les méthodes « sans preuves », l’institution marque une rupture historique avec une certaine tradition psychiatrique française.
 

La HAS insiste sur une prise en charge immédiate, dès l’apparition des premiers signes d’alerte. (cliché Pixabay)


Par Jean-Paul Briand.


TSA : Une nouvelle recommandation pour une prise en charge globale

La Haute Autorité de Santé (HAS) vient de franchir une étape décisive en publiant son nouveau cadre de référence concernant les Troubles du Spectre de l’Autisme (TSA) chez l’enfant et l’adolescent. Le terme TSA remplace désormais officiellement celui de « trouble envahissant du développement » (TED), utilisé en 2012 dans la précédente recommandation de la HAS. Ce changement sémantique reflète une meilleure compréhension de la diversité des profils, mais c’est surtout le volet thérapeutique qui suscite le débat.

La fin de l’exception française : la psychanalyse jugée inefficace

Le changement majeur réside dans la fermeté de la HAS vis-à-vis des approches psychanalytiques. En 2012, l’institution qualifiait pudiquement ces pratiques de « non consensuelles ». Aujourd’hui, le ton change : la psychanalyse est explicitement classée parmi les « méthodes sans preuves, aux preuves insuffisantes ou inefficaces », d’autant que ce risque de trouble du neurodéveloppement serait d’origine génétique dans de très nombreux cas.

Cette clarification marque une rupture nette. Alors que la culture médico-sociale française reste imprégnée de psychanalyse, la médecine moderne s’appuie désormais sur l’Evidence-Based Medicine (EBM), ou médecine fondée sur les faits. Pour la HAS, l’évaluation de la qualité de vie et de l’adaptation sociale des enfants souffrant de TSA doit répondre à des critères rigoureux, incompatibles avec une pratique où la guérison n’est souvent perçue que comme un bénéfice « par surcroît ».

Vers une « opposabilité » des soins ? Un débat politique intense

La pression monte également sur le terrain législatif. Lors du dernier projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), des sénateurs ont tenté de supprimer le remboursement des soins se réclamant de la psychanalyse. Si l’amendement a été retiré face au tollé des professionnels dénonçant une mesure « liberticide », le président de la HAS s’est dit favorable à rendre ces recommandations « opposables » (obligatoires) aux praticiens par voie législative. Une telle décision constituerait une remise en cause de la liberté de prescription médicale inscrite dans la loi.

Priorité au diagnostic précoce : agir dès les premiers signes

Au-delà de la polémique, l’essentiel du texte se concentre sur l’urgence de l’action. La HAS insiste sur une prise en charge immédiate, dès l’apparition des premiers signes d’alerte, y compris chez le nourrisson.

Les nouvelles directives préconisent :

  • Des interventions globales : communication, langage, habiletés sociales et autonomie.
  • Un soutien sensoriel et moteur : travail sur la proprioception et la perception sensorielle (vue, ouïe, toucher, etc.).
  • Un projet personnalisé : une approche multidimensionnelle partagée entre parents et professionnels.

École et inclusion : le défi du « saut quantitatif »

Les recommandations du 12 février dernier soulignent que la prise en charge doit inclure la scolarité, la culture et les loisirs. Cela implique la présence, au sein des établissements scolaires, de personnels spécifiquement formés pour adapter l’accompagnement des élèves autistes. Pour respecter ce droit à l’éducation, à l’heure des restrictions budgétaires drastiques, la France devra opérer un bond quantitatif majeur dans ses structures d’accueil et de formation, afin de passer des principes à la réalité du terrain.


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