Le nouveau film d’Alice Winocour en salle depuis le 18 février met en scène une Angelina Jolie comme on ne l’avait encore jamais vu. Les destins de trois femmes, dont celui de l’icône américaine, s’entrelacent et se croisent sans jamais vraiment se rencontrer, dans un Paris aussi glamour et hautain que mélancolique et secret.
Maxine Walker (Angelina Jolie), réalisatrice américaine, découvre les coulisses de la haute couture parisienne. Copyright Carole Bethuel
L’histoire se présente au départ comme celle d’une réalisatrice américaine venue à Paris pour tourner son film. Mais finalement, le grand écran surprend le spectateur en mettant en lumière deux femmes qui partagent la tristesse du personnage d’Angelina Jolie. Une mannequin sud-soudanaise, choisie pour jouer dans le film, qui débarque dans une capitale de la mode dédaigneuse et brutale. Et une maquilleuse, qui tente de toucher du bout des doigts son rêve d’écrire. Les trois femmes sont filmées de façon très intimiste, bien que leurs textes soient brefs, leurs visages parlent pour elles. C’est le ton du film d’Alice Winocour, le silence, la pudeur, la gravité, derrière les paillettes, la démesure et la frénésie d’un petit cosmos parisien qui s’agace autour d’un tour de hanches ou d’une couleur de robe.
Ella Rumpf et Anyier Anei – Copyright Carole Bethuel
Ce sont trois femmes dont on pressent qu’elles ne sont pas tout à fait à leur place, ni comprises dans ce qu’elles ont à dire. Le personnage joué par Angelina Jolie est poursuivi par une mauvaise nouvelle dès les premières minutes du film, l’annonce d’une maladie, un cancer du sein qui va bouleverser son voyage et ses projets de tournages. L’actrice s’est confiée sur la réalité personnelle de cette maladie contre laquelle sa mère s’est battue pendant plusieurs années avant d’en mourir. Angelina Jolie avait, elle-même, décidé de subir une double mastectomie préventive, étant porteuse d’un gène de la maladie. Durant tout le film, dans lequel elle ne s’exprime quasiment que dans un français tout à fait impressionnant, elle porte la mélancolie silencieuse et forte d’une femme qui fuit les coups de téléphone de son médecin qui se montre grave et alarmant. Vincent Lindon incarne le médecin français qui ne la réveillera d’un déni qu’à un stade avancé du film, avant qu’elle se console dans les bras d’un amant français incarné par Louis Garrel.
La réalisatrice toujours proche de son chef op (Louis Garrel) – Copyright Carole Bethuel
L’actrice s’est confié auprès du Los Angeles Times : « Le cancer est bien sûr quelque chose de très personnel pour moi. Je crois que pour beaucoup de gens frappés par la maladie, il y a bien sûr ce sentiment de fin de vie. Dans beaucoup de films, le sujet du cancer tourne autour de la mort, mais pour moi ce qui était si important de raconter dans cette histoire, c’était de montrer que ce sont des moments de vie dans lesquels nous nous sentons les plus vivants, et qui sont des occasions de tomber amoureux de la vie de nouveau. »
Même si le spectateur ne peut s’empêcher de jubiler de voir ces acteurs français qui nous sont si familiers, donner la réplique à l’icône américaine, il est frappant de voir que l’actrice oscarisée s’est totalement imprégnée des stigmates du cinéma d’auteur à la française, dont elle a revêtu tout le mystère et la mélancolie, sans aller dans la névrose facile. Elle dit d’ailleurs qu’elle a été agréablement surprise de participer à une réalisation qui se penche sur la psychologie des personnages plus que dans les productions américaines.
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