Alors, c’est qui les Patron ?

Frère et sœur, originaires de Montargis, Emmanuel et Armelle Patron sont venus présenter Chers parents, leur premier long métrage, adapté de leur pièce jouée plus de 800 fois en quatre ans au Théâtre de Paris. Avec un humour mordant, leur comédie familiale ausculte l’amour, l’argent et le désir d’émancipation.

Armelle Patron, scénariste, a beaucoup écrit pour le théâtre et la télévision. Emmanuel Patron est un visage familier, notamment grâce à la pièce Les Palmes de M. Schutz, dans laquelle il incarnait Pierre Curie – photo Christophe Lebedinsky.


Revenir à Montargis pour dévoiler leur film avait valeur de symbole. « On a rêvé du métier de scénariste, de réalisateur et d’acteur ici, sur les bancs de l’école, » sourit Emmanuel, réalisateur et coscénariste. « C’est ici qu’on a commencé à avoir des rêves de cinéma et d’écriture, » ajoute Armelle. Quelques décennies plus tard, la boucle est bouclée.

Retour aux sources

Chers parents n’est pas une œuvre autobiographique, mais les racines montargoises de ses auteurs affleurent en filigrane. Dans la pièce de théâtre, les références à Montargis étaient nombreuses. Certains noms, certains clins d’œil avaient traversé l’écriture. Le film en a conservé des traces, mais pour l’adaptation cinématographique, le décor a été élargi.

Dans le film, la maison se dresse sous la lumière du Sud, à Saint-Rémy-de-Provence. « Mais en écrivant, on pensait à notre maison, à notre ferme familiale, » précise Armelle. Cette maison de famille qu’ils ont réussi à conserver et dans laquelle toute la fratrie – ils sont quatre – se réunit toujours : « C’est un lieu névralgique : quand on y retourne, on se retrouve presque enfants. »

Parents, mais pas seulement

Le film raconte l’explosion d’une famille aimante après avoir gagné au loto. L’argent agit comme un révélateur des failles et des frustrations. En creux, une question se dessine : que doivent des parents à leurs enfants devenus adultes ?

 « On vous aime, mais on n’est pas mariés avec vous », lancent les parents dans le film. Armelle observe l’émergence de grands-parents qui refusent d’endosser systématiquement le rôle de baby-sitters : plus dynamique, en meilleure forme, ils aspirent à voyager, à profiter de leur temps libre, à se recentrer sur leur couple. Emmanuel nuance, mais défend l’idée d’un couple parental qui revendique le droit de se recentrer sur lui-même : « Des parents, c’est avant tout un homme et une femme qui s’aiment, qui ont une vie. Cela ne les empêche pas d’aimer leurs enfants. Mais être parents, ça ne veut pas forcément dire être voué à l’esclavage ! » (Phrase qui se termine dans un éclat de rire du frère et de la sœur).

Cette réflexion rejoint une revendication plus large, notamment féministe : ne pas se réduire à son rôle familial, mais affirmer son identité propre. Le film interroge ainsi l’évolution des équilibres familiaux : aimer sans s’effacer, transmettre sans se sacrifier.

La famille du film Chers Parents au complet : Pauline Clément, André Dussolier, Thomas Solivérès, Miou-Miou et Arnaud Ducret – photo SND films

Écrire à deux

Au-delà du propos, il y a leur méthode. Emmanuel et Armelle travaillent toujours à deux sans hiérarchie affichée. La dynamique fraternelle repose sur la confiance. Aucun ne tranche autoritairement : les désaccords mûrissent jusqu’à devenir des évidences. L’un s’emporte, l’autre temporise. Ils avancent, coupent, réécrivent. Certaines scènes, jugées indispensables au départ, disparaissent en cours de route. Mais ces détours sont nécessaires : ils permettent à l’histoire de trouver sa forme juste. Ce lien fait de friction et de loyauté irrigue le film de bout en bout.

Du théâtre au cinéma

« Au théâtre, on écrit pour l’oreille ; au cinéma, pour l’œil, » énonce Emmanuel. L‘adaptation fut un exercice rude. Il a fallu couper des dialogues trop littéraires, renoncer à des scènes qui faisaient mouche sur scène mais ne fonctionnaient plus à l’image.

Pendant un an, les versions se sont succédé. Certaines réunions avec les producteurs furent animées. « On ressortait parfois un peu énervés, en se disant : qu’est-ce qu’ils en savent ? » reconnaît Armelle en souriant. Avec le recul, ils saluent pourtant des conseils précieux. Faire le deuil d’une pièce qui marchait très bien n’était pas simple.

« Il sait quand ça sonne faux »

Le fait d’être comédien et d’arpenter les plateaux depuis trente ans a aidé Emmanuel dans sa direction d’acteurs : « J’ai l’habitude qu’on me dirige. Je sais comment parler aux acteurs, leur donner confiance, leur donner les bonnes indications. » Cela l’a rendu également plus exigeant.  Armelle est catégorique : « Il sait quand c’est fabriqué, quand ce n’est pas sincère, quand c’est un peu joué : dans ses tripes, il le sent. Aucun acteur ne peut l’avoir là-dessus. » Son exigence est nourrie par la pratique, puisqu’il a joué la pièce pendant 450 représentations : « Je sais ce qui marche et ce qui ne marche pas. »

Le casting réunit André Dussollier et Miou-Miou dans les rôles des parents. « Je ne voulais pas d’acteurs de comédie, je voulais que la comédie vienne d’ailleurs que des personnalités, » insiste le réalisateur. D’où sa volonté de voir de grands interprètes capables de fragilité et d’ambivalence : lui, terrien et charismatique, laissant affleurer des lâchetés tellement humaines ; elle, tout en douceur apparente et, en une volte-face, capable d’une autorité tranchante. Ensemble, ils composent un couple toujours crédible, complice, jamais caricatural.

Une tendre amoralité

Dans Chers parents, les personnages peuvent déraper, lâcher des répliques appelées à devenir culte : « C’est quand même pas de notre faute si on n’est pas nés en Afghanistan ! ». Ils peuvent devenir mesquins, calculateurs, quasi monstrueux : Armelle et Emmanuel Patron ne jugent jamais ceux qu’ils mettent en scène. C’est peut-être cela, au fond, qui donne à Chers parents son ton particulier : une ironie mordante, oui, mais qui ne vire jamais au mépris. « Nos personnages, on les aime tous », ajoutent-ils, en chœur.

Présenter ce film à Montargis ne fut donc pas une simple étape de promotion parmi d’autres. Dans la salle, il n’y avait pas « des spectateurs », mais des copains d’école, d’anciens professeurs, des amis de leurs parents. Revenir là où tout a commencé avec un premier long métrage avait la saveur d’un cap franchi. Devant le public, dimanche, on les sentait émus, conscients du chemin parcouru, celui de leurs rêves d’enfants, qui ont trouvé leur écran.


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