Avec la fin du panachage, l’essentiel des conseils municipaux sera élu au premier tour. Seuls les Issoldunois, Castelroussins, Blancois et Argentonnais voteront deux fois, comme dans quatre petites communes. Mais ce n’est pas tout…
Gil Avérous part largement favori à Châteauroux mais s’est tout de même fendu d’un 32 pages pour présenter son programme. Photo PB
Par Pierre Belsoeur.
La loi du 21 mai 2025 restera en travers de la gorge des patrons de la presse quotidienne régionale… et des patrons de bistrots en zone rurale. Cette loi, qui supprime le panachage dans les communes de moins de 1 000 habitants (soit l’essentiel des communes de l’Indre), supprime du même coup le suspense et fusille les ventes du lundi matin (parfois même le mardi) de la PQR du deuxième tour. Les résultats des municipales correspondaient traditionnellement aux plus gros tirages.
Finis, donc, les dépouillements laborieux de bulletins élaborés parfois à la main, avec toute la fantaisie des électeurs. Finie aussi la toute-puissance masculine. Au fil des scrutins, les femmes ont fait leur entrée dans les conseils municipaux. Un certain nombre sont devenues maires de leur commune. Désormais autant de femmes que d’hommes siégeront. Enfin presque, puisque les conseils comptent un nombre impair de sièges à pourvoir. Si une femme conduit la liste, les conseillères seront majoritaires, et si c’est un homme, ce sera l’inverse. Et c’est quand même plus souvent l’inverse.
À Issoudun et au Blanc, suspense
Dans cent-soixante-quatre communes, les électeurs auront le choix entre le vote blanc ou la liste unique. Dans soixante-neuf cas, ils choisiront entre deux listes. Mais une majorité absolue se sera dégagée dès le soir du 15 mars. À condition toutefois que les suffrages recueillis par la liste correspondent au quart des inscrits !
Il ne devrait donc rester que huit conseils à élire le 22 mars. À Châteauroux Gil Avérous écrase, avec une campagne énergique, la concurrence, mais avec cinq listes sur la ligne de départ, une élection dès le premier tour relèverait du prodige, même si la gauche ne s’est toujours pas remise de sa défaite de 2014 et que l’extrême droite ne s’intéresse pas aux scrutins locaux.
À Argenton, l’irruption d’une liste d’extrême droite conduite par un polémiste de CNews, déjà candidat aux législatives dans le Cher, après avoir animé la lutte anti-CADA de triste mémoire à Bélâbre, risque de brouiller les cartes et de compliquer un peu plus la tâche du duo Jean-Baptiste Bouret-Alix Fruchon (députée LR de l’Indre) face au maire sortant.
Mais c’est au Blanc et à Issoudun que la situation est la plus incertaine. Gilles Lherpinière a profité en 2020 des divisions de la gauche blancoise qui n’avait pas surmonté la perte de son maire historique (en 2015), Alain Pasquer. Amélie Dumans-Réault va tenter de rassembler les forces de gauche face au maire sortant. Là encore un troisième luron, proche du député Jolivet (déjà candidat lors du précédent scrutin) privera Lherpinière de bulletins. Reste à savoir si la liste de gauche aura pris suffisamment d’avance au soir du premier tour pour enclencher une dynamique victorieuse.
Et puis il y a l’énigme Laignel à Issoudun. Le dernier baron de la Mitterrandie, en place depuis 1977, envisage de passer le cap des 50 ans de mandat sans avoir préparé sa succession. Son fidèle bras droit Dominique Roullet, vice-président du Conseil régional, s’est éloigné, d’autres compagnons de route sont carrément passés dans l’opposition derrière Julien Dubot qui a évidemment un déficit d’image, mais le directeur adjoint de l’hôpital de Châteauroux (et ancien directeur de celui d’Issoudun) a 39 ans… et tout l’avenir devant lui. Mais il sait qu’il s’attaque à un gros morceau « Les boules puantes ont commencé à voler. » S’il devance la liste Colson (LR) au premier tour, la réélection d’André Laignel sera problématique.
Les autres communes : Le Menoux, Palluau-sur-Indre, Villentrois-Faverolles, Saint-Benoît-du-Sault doivent la présence de trois listes (pas toutes complètes) à des dissensions locales.
Le Poinçonnet et Déols indécis
Le Poinçonnet, dernière survivante des communes de gauche de l’agglomération castelroussine est-elle en voie de « normalisation » ? Philippe Auger, directeur d’une grosse entreprise de sous-traitance automobile, a pris la relève du rédacteur en chef de L’Écho du Berry à la tête de la liste de droite. Il affronte Danielle Dupré-Ségot qui a géré notamment l’épisode de grêle catastrophique qui avait détruit le complexe sportif municipal et administré paisiblement une commune où l’humanisme n’est pas un gros mot.
À Déols, Delphine Geneste est à la recherche d’une légitimité. Installée dans le fauteuil de maire un an après que les Turquins y aient élu Marc Fleuret, elle changeait sérieusement la donne. La pilule est-elle digérée ? En tout cas le fait de placer Marc Fleuret dans l’équipe – ainsi que l’ancien maire Michel Blondeau – n’est pas de nature à rassurer les électeurs. L’ancien directeur adjoint de la NR, Bruno Mascle a lancé voici un an une campagne dynamique. Sa victoire pourrait être la grosse surprise de ces élections.
Pas de vote à Fléré-la-Rivière
La préfecture de l’Indre n’a pas reçu de liste complète pour la commune de Fléré-la-Rivière. Et pourtant dans les communes de moins de 100 électeurs, moins de 499 ou moins de 999, on tolère cinq noms au lieu de sept, neuf au lieu de onze, ou treize au lieu de quinze. Fléré sera gérée administrativement pendant six mois. On verra alors si on peut tenter d’y trouver une équipe intéressée par le jeu démocratique.
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