À chaque élection municipale, les listes « sans étiquette » refont surface. Officiellement neutres, officieusement marquées, elles avancent sans bannière mais rarement sans idée.
Combien glisseront un vote pour une liste sans étiquette aux prochaines élections municipales ? Photo Magcentre
Dès le 15 mars au soir, à minima, les deux tiers des communes de France seront dotées d’un nouveau conseil municipal. Quelques jours avant la Saint-Patrick, patron de l’Irlande, des buveurs de Guinness, de Maureen O’Hara et de toutes les rousses qui font de leurs maris des hommes tranquilles. Pour fêter ça, ou pour ne pas voir la misère qui arrive, on prend un copain, ou une copine c’est selon, par la main pour s’en jeter une pinte derrière la cravate. Les déçus auront même le temps de déménager du côté de Kilkenny voir si la Smithwick’s est fraîche et l’Irish Stew encore chaud.
On aura les anciens, encore et toujours candidats, réélus. Les tout nouveaux candidats élus. Ils seront connus, au moins de leur famille. Ils sont parfois, en fond de liste, aussi inconnus que le soldat du même nom mais auront surfé sur la bonne vague. Certains auront affiché leurs idées tandis que d’autres se seront limités au questionnaire d’une élection de miss France… et puis on aura eu la palanquée des sans étiquette.
Avancer masqué
Pour certains c’est juste pour ne pas vexer le voisin. Pour d’autres, c’est une vision politique masquée, quand la fenêtre d’Overton ne s’est pas ouverte et que la dédiabolisation ne semble pas encore assez efficace. Ce pourrait être drôle si on pouvait en rire, mais si les extrêmes à gauche ne se cachent pas, ce n’est pas exactement le cas à l’autre bout du spectre électoral. Du néo-Argentonnais Pierre Gentillet au Salbrisien Alexandre Avril, en passant par le Vierzonnais Yannick Le Roux, et d’autres encore, la région Centre-Val de Loire ne manque pas d’exemples. Afin de capter un électorat pas toujours au fait des personnalités des uns et des autres, ils se parent d’une cape d’invisibilité politique. Pourtant… Le parachuté du Sud de l’Indre est un ancien candidat RN aux législatives dans le Cher. Le Solognot est vice-président du parti d’extrême droite d’Éric Ciotti, UDR. Quant au troisième, officiellement non-encarté, il réfute le terme d’extrême droite alors que toutes les cases sont bel et bien cochées.
La fameuse invisibilité idéologique
Une liste sans étiquette ce n’est pas obligatoirement se mentir à soi-même mais c’est assurément mentir, un peu, sciemment ou pas, aux électeurs. Surtout chacun de ces candidats potentiels possède, qu’il l’affiche ou non, une sensibilité politique. Quelle qu’elle soit, elle est. Sans étiquette ne veut pas dire sans opinion. D’autant que l’on ne peut se cacher indéfiniment derrière un sans étiquette de façade, facile, factice, pour une élection très locale. À l’image des élections sénatoriales, suffrage universel indirect, où les délégués de chaque conseil municipal sont les porte-voix de la population, le sans étiquette n’existe pas ou si peu. Par exemple, voilà quelques années encore, 6 sénateurs seulement, sur 348, n’étaient pas apparentés à un groupe politique quelconque !
Sans étiquette n’obère pas de voter au nom de l’ensemble de ses administrés dans un sens qui n’est pas forcément celui auquel ils pensaient. Sans étiquette pour une liste ne veut pas dire sans étiquette pour chacune des personnes qui la composent. Sinon, c’est comme écrire une lettre anonyme et ne pas l’endosser, ou un message sur les réseaux de plus en plus asociaux planqué derrière son écran. D’ailleurs, pour les préfectures le « Sans Étiquette » n’existe pas. Au pire ce sera divers. Des esprits malveillants pourraient craindre que les fonctionnaires soient obtus. Plus simplement, les services administratifs ont parfois une forme de logique qui les rapproche de tout à chacun.
Vote à l’aveugle, menu surprise
Alors, la politique est devenue comme une boîte de conserve qui aurait perdu la sienne d’étiquette. Au fond du placard, je pioche une boîte de conserve sans étiquette. Par chance c’est du cassoulet, et j’aime bien le cassoulet. Au fond du placard, je pioche une boîte de conserve sans étiquette. Par chance, ce sont des haricots verts, et j’aime… pas les haricots verts ! Les élections municipales, avec leurs lots de listes sans étiquette, sont comme des boîtes de conserve au fond de leur placard : une fois on peut aimer, une fois on n’aime pas. Sauf que, si on ne prend pas garde aux boîtes de conserve sans étiquette, on ne sait qu’une fois la boîte ouverte ce qu’on aura dans son assiette. Et c’est bien là le problème.
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