« La Maison des femmes » : un premier film lumineux sur la sororité et la reconstruction

Mélisa Godet livre un premier long métrage à la fois émouvant et nécessaire. Inspiré de la Maison des femmes ouverte en 2016 à Saint-Denis par la gynécologue-obstétricienne Ghada Hatem-Gantzer, le film adopte la forme d’un récit choral qui donne toute sa place à la parole des patientes comme à celle des soignant·es.

Les soignantes se mobilisent pour les droits des femmes. Crédit : Marie Rouge.

 

Par Charlotte Guillois.

 

Dans une interview accordée au Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), la réalisatrice revient sur le travail de préparation mené avec l’équipe : « Nous sommes allées à la Maison de Saint-Denis avec les chefs de poste pour qu’ils en ressentent l’atmosphère. Ce n’est pas un hôpital. C’est véritablement une maison – et il fallait que nous ayons tous cela en tête. »

Cette volonté de restituer l’atmosphère d’un foyer traverse tout le film. À la Maison des femmes, les patientes ne sont pas seulement accueillies, écoutées et soignées. À travers des groupes de paroles et diverses activités (karaté, shooting photos, confections de bijoux), elles apprennent aussi à reprendre confiance en elles, à sourire de nouveau, à tisser des liens.

C’est là toute la force du film : parvenir à trouver un équilibre entre émotion et humour, entre tension et respiration.

L’équipe soignante incarnée, de gauche à droite, par Lætitia Dosch, Oulaya Amamra, Karin Viard, Jean-Charles Clichet, Eye Haïdara, Pierre Deladonchamps et Alexandra Roth. Crédit : Marie Rouge.

Un chouette casting au service d’une histoire collective

Pour porter ce récit, Mélisa Godet s’appuie sur une distribution particulièrement riche. À l’écran se côtoient des acteur·ices reconnu·es comme Karin ViardLætitia Dosch, Oulaya Amamra ou encore Jean-Charles Clichet.

Pour la réalisatrice, le casting représentait un enjeu majeur, non seulement pour des raisons de production, mais aussi pour donner corps à la dimension collective du film. « J’ai travaillé avec un directeur de casting, David Bertrand, très engagé sur la diversité à l’image. Ensemble, nous nous sommes dit qu’avec près de cinquante rôles, dont 98 % de femmes, il y avait là un défi magnifique : composer une véritable photo de famille qui raconte quelque chose de la diversité des femmes et des actrices. »

Ensemble, iels incarnent soignant·es et patientes, et soulignent le rôle essentiel que joue la Maison des femmes pour celles qui ont subi des violences et qui y trouvent un lieu d’accueil, mais aussi un espace de reconstruction.

Une équipe sous pression : la métaphore de l’eau

Le film est marqué par une métaphore récurrente : celle de l’eau. Le personnage interprété par Lætitia Dosch se rend régulièrement à la piscine pour nager quelques longueurs. La fluidité, ou au contraire la difficulté de ses mouvements, reflète les tensions et les épreuves traversées par les personnages.

L’expression « vider la mer à la petite cuillère » prend alors tout son sens. La directrice de l’établissement, incarnée par Karin Viard, lutte sans relâche pour obtenir des financements et une reconnaissance institutionnelle minimale, tandis que le nombre de patientes ne cesse d’augmenter et les demandes d’affluer.

Dans le bassin comme dans la Maison des femmes, les corps se débattent, cherchent à garder la tête hors de l’eau, tentent de reprendre leur souffle. L’équipe soignante se retrouve ainsi constamment sous pression, craignant la fermeture d’un lieu pourtant vital pour les femmes victimes de violences.

L’équipe soignante en pleine réunion. Crédit : Marie Rouge.

La Maison des femmes : un lieu nécessaire

Au-delà de l’accompagnement médical et psychologique, le film montre combien les activités proposées au sein de la Maison des femmes participent au processus de reconstruction. Le karaté permet d’évacuer la colère et de réinvestir son corps, le shooting photo aide à se réapproprier son image et à se redécouvrir belle. Autant d’étapes sur le chemin de la guérison.

L’irruption de la pandémie de COVID-19 constitue également un moment charnière du film. Le confinement met brutalement en lumière l’ampleur des violences conjugales : enfermées avec leur agresseur, de nombreuses femmes se retrouvent piégées dans leur propre foyer.

Face à cette situation, les soignant·es s’adaptent. Par téléphone ou en visioconférence, iels tentent de maintenir un lien avec les patientes. Car si le pays semble à l’arrêt, les violences domestiques, elles, ne cessent pas, bien au contraire…

Une mise en scène au service de la parole

Pour donner toute sa force à la parole des victimes, Mélisa Godet fait le choix d’une mise en scène épurée : « Nous avons décidé de monter le moins possible ces scènes et d’assumer le plan-séquence. Ce sont d’ailleurs les seuls moments filmés avec des mouvements de caméra à l’épaule. Nous avons également choisi l’absence totale de musique, afin que l’écoute soit pleine et entière. »

Dans ces moments de confession, l’émotion passe avant tout par les mots et par le visage des actrices. L’image tremble légèrement, la caméra se rapproche, et le silence laisse toute sa place au récit. La musique n’intervient que ponctuellement, pour souligner les instants de tension ou, au contraire, les moments de libération, comme lorsque les soignant·es se laissent aller sur la piste de danse.

Grâce à cet équilibre subtil entre gravité et légèreté, le film parvient à aborder des sujets douloureux sans jamais sombrer dans le désespoir. La Maison des femmes est ainsi un film lumineux, porté par la sororité.

 

Plus d’infos autrement : 

Angelina Jolie en Parisienne d’adoption mélancolique dans « Coutures »

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    • matin 10°C
    • après midi 18°C
  • dimanche
    • matin 9°C
    • après midi 18°C
Copyright © MagCentre 2012-2026