Ambiance délétère à la mairie de La Riche, l’éternel recommencement ?

Voilà un peu plus de deux ans que Sébastien Clément a été élu maire de La Riche à la faveur d’une élection anticipée organisée après une série de démissions au sein de l’équipe alors aux manettes. Mais malgré une campagne menée à l’époque par Clément sur la question de « la bientraitance des agents municipaux » et du « refus du retour du management toxique » qui avait caractérisé le mandat de son prédécesseur Wilfried Schwartz, l’ambiance délétère qui s’était installée à la mairie depuis des années ne semble pas avoir véritablement disparue.

Par Joséphine

C’est en tout cas ce qui transparaît de certains témoignages et d’une plainte récente auxquels nous avons pu avoir accès. Et à l’approche des élections municipales de mars prochain qui vont voir s’affronter Sébastien Clément et… Wilfried Schwartz, le contexte n’est pas à l’apaisement.

Une plainte pour harcèlement moral

Par une plainte contre X déposée l’été dernier, la justice a donc été saisie pour des accusations de harcèlement moral qui se dérouleraient à la mairie de La Riche depuis deux ans.

« De manière récurrente, il serait demandé d’effectuer des tâches qui ne relèvent pas de la compétence d’agents, de travailler en dehors des heures contractuelles et légales, d’obéir à des ordres engageant la responsabilité d’agents, ou encore de répondre de difficultés dont ils ne sont pas à l’origine. A ces conditions de travail déjà éprouvantes s’ajoutent des propos véhéments, de la suspicion, et des sollicitations multiples et répétées dans un contexte de mépris des fonctions et personnes. Il convient d’ores et déjà de souligner que la présumée victime n’est pas la seule à subir (ou avoir subi) cette pression quotidienne. Un certain nombre d’agents ont ainsi souffert de la situation et se sont retrouvés dans des situations difficiles (arrêts maladie à répétition, départ de la mairie, épuisement psychique, crises d’angoisse, burn-out, etc.), avec les effets que l’on imagine sur leur vie de famille », peut-on lire dans la plainte circonstanciée d’une quinzaine de pages.

Des témoins et les faits pointés par la plainte décrivent ainsi une ambiance au travail devenue parfois lourde, avec « des entretiens répétés et stressants », parfois des « encouragements à démissionner » ou des « mises à l’écart ». Certains affirment « être confrontés à des accusations graves et infondées », avec des « remises en cause de leur expertise ». De simples pannes techniques à cause d’un matériel obsolète sont interprétées comme des actes malveillants ou des preuves d’incompétence, occasionnant parfois des propos vexatoires qui humilient et affectent les agents.

« C’est un cercle vicieux »

Autre indicateur d’une problématique qui dépasse peut-être le cadre d’un conflit au travail : la rotation du personnel. Car selon des sources, depuis l’arrivée de la nouvelle majorité de Sébastien Clément en septembre 2023, 90 agents au moins ont quitté la collectivité, soit en démissionnant, soit en ne poursuivant pas leur CDD, soit ne se voyant pas reconduire par la Mairie. « Avec une telle instabilité des effectifs, qu’elle qu’en soient les raisons d’ailleurs, la mairie se retrouve régulièrement avec des agents ou des contractuels qui ne connaissent pas les rouages des services. Résultat ? Quelques élus, la direction générale et le cabinet doivent s’occuper de tout, concentrent le pouvoir, sont débordés, changent tout le temps les priorités et finissent par imposer une ambiance tendue qui retombe sur les agents et certains partent, c’est un cercle vicieux » analyse un bon connaisseur de la vie politique larichoise.

Une agente partie d’un commun accord avec sa direction et qui assure n’en vouloir à personne témoigne : « l’arrivée d’une nouvelle équipe après des élections s’accompagne assez fréquemment d’un turnover sur les postes de direction et d’une restructuration progressive des service et des missions, toutefois, le contexte de l’arrivée de la nouvelle équipe est singulier puisqu’elle ne disposait que d’un demi mandat avant les prochaines élections et les élus ont souhaité rompre avec le Schwartisme, ses projets, etc… mais tout n’est pas aussi simple : on travaille sur le temps long et l’on peut rarement d’un claquement de doigts arrêter des processus qui sont engagés depuis plusieurs années, ce qui peut s’avérer parfois frustrant pour n’importe quel élu qui souhaite vite avoir des résultats. Pour ma part, je suis partie car les qualités et compétences que j’avais à offrir n’étaient plus celles souhaitées sur mon poste remanié et l’ambiance entre services s’était également dégradée en raison des contours imbriqués et parfois mal définis de nos missions et nos priorités. Je pense qu’ils voulaient privilégier les projets quand je voulais nettoyer les écuries d’Augias ».

« Ils sont devenus paranos »

Mais cela ne s’arrête pas là, car selon un agent, certains élus et cadres « sont carrément devenus parano ! » : suspicions « d’avoir participé à la dissimulation d’éléments au profit de l’ancienne équipe municipale » et « menaces d’enquêtes internes » seraient récurrentes. Il y aurait aussi des « cris, des propos déplacés, des incitations à ne plus parler à telle ou telle personne », des invitations à « se méfier » d’un agent, et parfois c’est tout un service qui serait ainsi placé sur la sellette pour ses liens supposés avec l’ex-majorité Schwartz. Tout cela dans un contexte de rumeurs autour d’agents « œils de Moscou » de l’opposition, de coups fourrés, de pièges, de destructions massives de documents par l’ancienne majorité dans les jours suivant sa défaite de septembre 2023.

Une certaine forme de paranoïa semble donc s’être installée dans la majorité Clément, faisant quelque part écho à la paranoïa précédente, celle d’une équipe Schwartz aux abois. Et dans ce type de dynamique, comme souvent, chaque agent finit par être identifié comme « avec nous ou contre nous », façon chasse aux sorcières.

Cela est d’autant plus rude pour les agents que la lueur d’espoir allumée par le changement d’équipe et la sérénité promise par Sébastien Clément s’est rapidement mise à vaciller. Dès la prise de fonction du nouveau Directeur Général des Services (DGS) – un ancien purgé par Schwartz quelques années auparavant –, ou du nouveau directeur de cabinet – un ennemi de Schwartz –, le temps de l’apaisement a vite pris des airs de revanche. Le ton a d’ailleurs été donné dès les premier discours aux agents: « les sanctions administratives, ça ne me fait pas peur ! » lancera ainsi le DGS en guise d’accueil à des agents médusés.

« Les agents de la Mairie, des objets politiques »

Dans ce contexte, certains parlent donc de dégradations progressives : toute absence de réponse à des messages parfois répétés de manière inappropriée en dehors des horaires de travail deviennent des preuves d’obstructions ou de déloyauté. On veut avoir le cœur net sur la fidélité d’untel ou unetelle ? Et bien certains élus ou cadres n’auraient pas hésité à demander l’accès à des échanges de mails d’agents sans les en avertir, quand ils ne chercheraient pas a carrément récupérer l’ensemble des données informatiques et mots de passe de la collectivité. Et depuis peu, même les réseaux sociaux de l’opposition municipale sont épluchés, histoire d’identifier d’éventuels agents qui apparaîtraient sur des photos lors de réunions publiques.

Un ancien agent très expérimenté confie : « il me semble qu’il y a plusieurs réalités : certains agents ont clairement été poussés vers la sortie, tandis que d’autres ont fait le choix de partir pour travailler dans de meilleures conditions, sans forcément avoir subi directement des situations problématiques et puis il y a les départs dus à la pression exercée par la « chasse aux sorcières ». Et quand je parle de « sorcières », attention, je ne parle pas forcément des quelques rares agents qui étaient politisés et en faveur de l’ancienne majorité. Des fuites d’infos d’agents, oui il y en a et il y en a toujours eu quelle que soit la majorité, mais c’est à la marge car quand on est agent public, on est avant tout neutre. Par « sorcières », il faut parfois simplement entendre des agents qui souhaitaient rester intègres et se conformer à leurs missions et contrats. Parfois, les « sorcières » étaient simplement des personnes qui saluaient, dans le cadre de leurs fonctions, les membres de l’opposition, par exemple avant le début d’un conseil municipal ou lorsque lorsqu’ils venaient en tant qu’administrés effectuer des formalités. De manière générale, j’aurais tendance à dire que les agents les plus sereins sont ceux qui n’ont pas de lien direct avec les élus. Ce qui, finalement, n’est pas très différent d’avant : les agents sont pris pour des objets politiques, leur neutralité semble inenvisageable dans cette mairie. Et c’est triste ».

Sollicités, des cadres administratifs et politiques de la mairie de La Riche n’ont pas souhaité répondre à mes questions ni réagir aux témoignages, sauf un responsable qui évoque « une vie politique contaminée par les fake news » et affirme ne pas être au courant de la plainte pour harcèlement moral, doutant de la pertinence d’un article qui mêlerait selon lui « des reprises du narratif de M. Schwartz et de ses amis sur les agents de la mairie — ils ont lancé leur terme de “chasse aux sorcières” dès le lendemain du résultat des élections de 2023–, des témoignages anonymes et des chiffres repris des tracts du même M. Schwartz », offrant « une tribune à ce narratif et politisant plus globalement le management municipal ».

Rien à signaler du côté du représentant syndical interrogé. Il n’est pas au courant des témoignages ni de l’ampleur du turn-over, tout en affirmant que de son « point de vue, l’ambiance au travail est bien meilleure que sous la majorité précédente ».

La première crise

En fait, cette ambiance que certains qualifient de délétère et clanique dure depuis des années et remonte clairement à la période Schwartz. Dès 2017, l’ambiance au travail s’était fortement dégradée à la mairie et les départs et démissions étaient devenus fréquents. C’est un article de la NR de septembre 2019 qui met le feu aux poudres, à la suite du dépôt d’une plainte pour harcèlement moral à l’encontre de la Mairie de La Riche, article évoquant un « management par la peur », des « intimidations », des « méthodes staliniennes », un « autoritarisme exacerbé », une « absence de concertation », un « manque de considération », des « mises à l’écart », des « violences verbales », du « mal-être », des « burn-out », une « dégradation des conditions de travail », des « méthodes de gestion répressives », du « dénigrement »… Mais à l’époque, le maire Wilfried Schwartz et son entourage allument des contre-feux, portent plainte en diffamation et commanditent en parallèle un audit sur les conditions de travail. Ils mènent aussi une bataille de communication avec une série d’interviews afin de mettre en doute les accusations, retournant le récit contre les agents : le problème n’est pas le management mais plutôt des agents encroûtés qui n’auraient pas voulu mouiller la chemise, d’où leurs départs en cascade.

En tout cas, une fois la tempête passée, Schwartz sera largement réélu maire en mars 2020 et arrivera même à prendre la tête de Tours Métropole quelques semaines plus tard. A 35 ans, Schwartz a réussi son coup et une jolie carrière s’offre à lui, l’homme se voit même un destin national et le fait savoir dans la presse.

Généalogie de la mandale

Mais en coulisses, certains ne goûtent pas vraiment ce succès et ses dommages collatéraux. C’est le cas notamment d’un baron PS du coin, l’ancien maire de La Riche de 1983 à 2014, Alain Michel, le mentor de Wilfried Schwartz, l’homme qui en a fait son héritier. Longtemps discret, Michel n’a, au fond, jamais vraiment pris sa retraite, gardant un œil sur « sa » mairie, de loin. Et une fois mis au courant des dérives managériales de son ex-poulain, Alain Michel décide courant 2020 qu’il faut arrêter les frais et débarquer Schwartz au plus vite.

Pour cela, il faut un remplaçant. Le choix d’Alain Michel se porte alors sur Sébastien Clément, un jeune élu de la majorité à La Riche depuis 2008, lui aussi issu du PS, par ailleurs ami proche de Schwartz. L’occasion d’en découdre se présente quelques mois plus tard, lors des élections départementales de juin 2021. A la surprise générale et alors qu’il est encore membre de la majorité Schwartz qu’il n’a pas avertie, Clément annonce dans la presse qu’il sera donc candidat sur le canton de La Riche-Ballan, avec l’étiquette LREM. Ni une ni deux, Schwartz déclare aussi sa candidature sur le canton, actant publiquement la rupture entre les deux hommes devenus désormais frères ennemis.

Schwartz sort vainqueur de cette première confrontation mais il est emporté par l’affaire dite de la gifle quelques jours plus tard, début juillet 2021. Après s’en être pris physiquement à son directeur de cabinet à la Métropole, directeur de cabinet qui porte plainte et rend l’événement public, Schwartz est poussé à la démission. La descente aux enfers se termine par la perte de tous ses autres mandats début 2023 à la suite de la confirmation de sa condamnation à une peine d’inéligibilité pour des violences sur un subordonné, la Cour d’Appel d’Orléans reconnaissant bien « un mode de management parfois brutal, empreint de sautes d’humeurs ou d’autoritarisme ».

Le match retour Schwartz-Clément

Le match retour ne se fera pas trop attendre : six mois plus tard, après une manœuvre de Schwartz qui obtient la démission de pas mal d’élus de La Riche qui lui sont restés fidèles, une nouvelle élection municipale est organisée en septembre 2023. D’un côté, Schwartz avec son clan – quelques socialistes et écologistes –, de l’autre côté, Sébastien Clément, soudainement redevenu de gauche et qui structure autour de lui une équipe composée essentiellement d’anciens élus PCF et EELV de l’ex-majorité Schwartz. A noter que tous ces élus étaient au courant de la situation managériale depuis 2017 mais sont restés mutiques jusqu’à l’affaire de la gifle, sa médiatisation ayant rendu le soutien à Schwartz intenable.

Et cette campagne 2023 ne fut pas un modèle d’apaisement. Schwartz y a fait l’objet de 11 signalements à la commission nationale des comptes de campagne pour des suspicions d’utilisation de salles, agents et prestataires municipaux, signalements que Schwartz attribue ses opposants. Une fois blanchi par la commission qui ne relève aucune irrégularité, Schwartz porte plainte contre X pour dénonciation calomnieuse, affirmant même qu’un agent de la Mairie a subi un chantage de la part de Sébastien Clément dans le cadre de la campagne, ce détail fuitant mystérieusement dans la presse… Cette plainte sera ensuite rapidement classée sans suites, faute de preuves.

Sébastien Clément, pour sa part, a également porté plainte en diffamation contre une colistière de Schwartz qui aurait déclaré en réunion que « Clément a fait de la prison », ce qui est faux. Et pour finir, encore plus baroque : quelques semaines avant l’élection, Alain Michel, devenu mandataire financier de la campagne de Sébastien Clément, aurait passé un coup de fil à la mairie de La Riche en se faisant passer pour le Préfet d’Indre-et-Loire. Le faux Préfet aurait alors accusé au téléphone des élus schwartzistes d’avoir procédé à des radiations injustifiées sur les listes électorales pour manipuler le scrutin, les sommant de revenir en arrière. La supercherie se terminera par une procédure judiciaire visant Alain Michel pour usurpation d’identité, la Préfecture n’ayant visiblement pas apprécié la plaisanterie.

Après la victoire de la liste de Sébastien Clément, s’en sont tout de même suivi des mois tendus en Conseil municipal, l’opposition de Schwartz mettant la pression de manière systématique, contestant toutes les décisions, médiatisant et judiciarisant les querelles politiques. De son côté, « Clément ne lassait pas l’opposition en placer une. Il y a eu plusieurs joutes verbales, Clément a même attaqué un élu sur sa petite taille, une autre fois il en a traité d’autres d’hypocrites » rapporte un spectateur régulier des Conseil municipaux.

L’inertie des contextes toxiques

Et deux ans et demi plus tard, on prend les mêmes et on recommence, donc. Un temps gérant de bar, réintégré dans son ancien poste à l’Université, Schwartz est devenu consultant dans un cabinet de… Ressources Humaines, se présentant lui-même comme « particulièrement en charge du recrutement et de l’accompagnement des hauts profils, (…) spécialisé en direction du monde des affaires publiques, de l’État, des collectivités territoriales, des Universités, des Agences, des Fondations et ONG », cabinet qui affirme du reste des valeurs de « confiance, d’éthique et de respect ». Ouf. Plus discret politiquement depuis l’été 2024, Wilfried Schwartz s’est finalement déclaré candidat il y a quelques semaines. Face à lui… de nouveau Sébastien Clément et pas mal de membres de son équipe qui ont décidé de rempiler, y compris le PCF, malgré les ambiguïtés d’un Clément bien difficile à classer politiquement, aimant tout autant se faire prendre en photo devant la presse avec des figures macronistes telles Gabriel Attal et Fabienne Colboc qu’avec des barons locaux socialistes ou écologistes.

Difficile, dans ces conditions, avec comme seule perspective le maintien de Clément ou le retour de Schwartz, d’imaginer une désescalade des tensions et un travail de fond pour bâtir une ambiance enfin sereine pour les agents.

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