Quelques jours avant le 8 mars, l’Union européenne annonçait que certains fonds européens pourraient soutenir l’accès à l’avortement, y compris pour les femmes contraintes de se rendre dans un autre pays. Une mesure saluée par les organisations de défense des droits des femmes, mais qui montre aussi les limites de l’action européenne face aux inégalités et aux restrictions nationales.
Manifestation pour le droit à l’avortement à Orléans. Photo d’archives Magcentre
Par Mael Petit.
Le 1er septembre 2025, l’initiative citoyenne européenne « My Voice, My Choice » avait dépassé le million de signatures et était présentée à la Commission. Son objectif était que l’UE facilite l’accès à un avortement sûr et légal, même lorsque les lois nationales l’encadrent strictement. La Commission a annoncé fin février 2026 que certains fonds existants – comme le Fonds social européen+ – pourront être utilisés pour financer les soins et déplacements transfrontaliers pour l’IVG. Une décision qui, de prime abord, révèle que l’UE peut intervenir, mais souligne tout autant ses limites. Car si Bruxelles peut soutenir, coordonner ou compléter les actions des États membres, elle ne peut en revanche pas modifier ou contourner leurs lois nationales, y compris sur les politiques de santé.
Pas un nouveau dispositif
La Commission européenne s’est donc abstenue de créer un nouveau mécanisme de financement, pourtant demandé par le Parlement européen dans une résolution non contraignante adoptée en décembre. Les plus critiques soulignent donc qu’en se contentant d’un fonds existant, l’UE rejette la proposition initiale et limite son action réelle. Pour autant, les organisations de défense des droits des femmes rappellent que cette décision montre que l’UE dispose d’une compétence en matière de santé sexuelle et reproductive, et qu’il est possible de mobiliser ses ressources pour rendre l’avortement plus accessible, dans un patchwork européen en la matière toujours aussi préoccupant.
Car les écarts entre les pays restent importants. À Malte, l’avortement est quasiment interdit. En Pologne, il n’est autorisé que dans des cas très restreints : viol, inceste ou danger pour la vie de la mère. Même dans des pays où elle est légale – comme l’Italie, la Hongrie ou la Slovaquie – l’IVG relève souvent d’un parcours du combattant avec de longs délais d’attente, un manque de structures ou encore des femmes confrontées aux refus de médecins invoquant la clause de conscience. Pour nombre d’entre elles, avorter implique encore de franchir les frontières. Un voyage forcé qui reste coûteux, contraignant et socialement discriminant.
Une vigilance nécessaire face à la montée du conservatisme
En France, l’IVG est inscrite dans la Constitution depuis 2024, mais ce droit reste fragile. À un an des élections présidentielles de 2027, même protégé constitutionnellement, il peut se heurter à des restrictions pratiques. Avec l’hypothèse d’une arrivée du Rassemblement national au pouvoir, le droit à l’avortement pourrait se retrouver menacé, ou du moins soumis à des contraintes.
Dans plusieurs pays européens, la montée des gouvernements conservateurs et d’extrême droite alimente déjà un climat hostile aux droits d’accès à l’IVG. La mobilisation citoyenne et les annonces de l’UE montrent que des actions sont possibles pour garantir l’avortement partout en Europe. Mais elles sont loin d’empêcher que ce droit ne soit inégalement distribué selon les frontières.
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