Grâce aux archives papier de la Nouvelle République, voici un petit panorama des sujets, enjeux, figures, partis politiques et psychodrames qui ont marqué les élections municipales à Tours depuis 1965. Et force est de constater, après avoir consulté plus de 1 000 numéros parus dans les mois précédant chaque scrutin, que pas tellement de choses ont changé en 60 ans, au fond…
Par Joséphine.
Le commerce, 60 ans de vallée de larmes
Le mandat d’Emmanuel Denis a été marqué par des attaques incessantes de l’opposition au sujet du prétendu effondrement commercial causé par la politique « escrologiste » de la « suppression de la voiture en ville ». Résultat ? L’apocalypse des « faillites de commerces par centaines » si l’on en croit les fables du « monsieur économie » de la droite locale Thibault Coulon, un « centre-ville déserté », une cité « morte », un ennuyeux « dortoir », une citadelle inaccessible. Mais était-ce tellement mieux autrefois, au temps béni du pape du petit commerce Jean Royer ?
« Un commerce en plein marasme »
En fait, dès la campagne 1971, la gauche pointe « le problème du chômage dans un commerce en plein marasme » et ce, avant même le choc pétrolier. Aux municipales 1977, c’est au tour du Groupe d’Études Municipales (GEM), une sorte de club « apolitique » qui fera 6% aux élections, de se saisir de la question et de lancer une enquête sur… « le commerce comme seul animateur du centre-ville ». Aux élections de 1989, le candidat socialiste Jean Germain en fera des tartines sur « l’enlisement de Tours, son engourdissement, son économie déprimée » et la « nécessité de changer l’image de marque de Tours », surfant sur un bouquin paru l’année précédente « Touraine réveille-toi, une ambition pour la Touraine», édité par… la NR. Ses auteurs ? Roland Weyant, patron de la Chambre de Commerce et d’Industrie et Claude Chéron, économiste dans l’auguste assemblée consulaire. Ce même Weyant, présenté comme un « gagnant » par la presse locale qui aimerait y voir une sorte de Bernard Tapie ligérien, costume cintré, sourire Colgate et coupe gominée de rigueur, finira par déclarer sa candidature pour les municipales, affirmant vouloir enfin faire bouger les choses car « Poitiers et Angers font mieux » et qu’il faut donc « rattraper le temps perdu et régler le problème d’absence de parkings cause d’un centre-ville commercialement sinistré ». On dirait que c’est tout droit sorti d’un tract d‘Henri Alfandari de 2026, troublant non ? Toujours en 1989, un autre commerçant giscardien canal historique – Jacques Pouaillault – entend prendre la mairie, avec une liste très largement constituée de collègues déçus par 20 ans de royérisme, et ce alors que la galerie de l’orangerie à Jean Jaurès et celle de la Fnac étaient en cours de finalisation, ouvrant les portes de la ville à des mastodontes de la grande distribution hyper concurrentiels et capables de payer des loyers stratosphériques.
Le flop du Forum Grammont
En 1995, devinez ce qui anime la campagne ? Les problèmes de commerce bien sûr ! Le flop du forum Grammont, les commerçants du quartier Plumereau qui se plaignent de la « multiplication des bistrots et terrasses », le « manque de dynamisme commercial du quartier des Fontaines »… De nouveau candidat – cette fois victorieux –, Jean Germain devient soudainement le porte-étendard du « petit commerce de quartier » et multipliera lors de son premier mandat les constructions de parkings – relais en périphérie et souterrains dans le centre –, s’appuyant sur son sémillant adjoint au commerce Alain Dayan, d’ailleurs candidat en 2026 sur la liste de centre-droite de Benoist Pierre. Oui, les carrières sont longues en Touraine.

La politique de commerce et de rayonnement des socialistes provoquera pas mal de remous chez les alliés écologistes qui finiront par se fracturer lors des municipales 2001, notamment sur la question de l’aéroport et de ses subventions, question restée à l’ordre du jour des conseil métropolitains depuis… 25 ans et qui a encore agité la dernière mandature.

En 2008, le trublion d’extrême-droite auto-parachuté pour l’occasion, Guillaume Peltier, fera campagne sur le thème du « réveil de cette ville endormie », pendant qu’un collectif de bistrotiers du vieux Tours tentera de peser sur les élections en interpellant les candidats au sujet du manque d’animations et de la répression des fêtards bruyants. « On est délaissés, on a l’impression que vous voulez nous voir mourir !» disent alors ces patrons de bar à la NR, préfigurant le discours du collectif « Sauvons notre centre ville de Tours », émanation benoist-pierriste du printemps 2025.

Enfin, en 2014, la droite de nouveau représentée par un président de la Chambre de Commerce – Serge Babary cette fois –, jouera sur les tensions accumulées chez pas mal de commerçants par le chantier de la construction de la première ligne de tramway inaugurée l’année précédente. De son côté, l’organisation des cafetiers du quartier Plumereau continuera sa quête d’influence avec en ligne de mire la « Guinguette », dont ils considèrent l’activité estivale comme une concurrence déloyale. Création de l’équipe Germain, la fameuse « Guinguette » de la discorde sera pourtant conservée par Babary et son adjointe au commerce Céline Ballesteros – désormais candidate sur la liste RN 2026 –, à la grande déception des patrons de bar qui n’auront droit qu’à de vagues animations une fois par semaine.

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