Il était une fois les municipales à Tours – Épisode 2 : Circuler à Tours, un avant-goût de l’enfer

Grâce aux archives papier de la Nouvelle République, voici un petit panorama des sujets, enjeux, figures, partis politiques et psychodrames qui ont marqué les élections municipales à Tours depuis 1965. Et force est de constater, après avoir consulté plus de 1 000 numéros parus dans les mois précédant chaque scrutin, que pas tellement de choses ont changé en 60 ans, au fond…



Par Joséphine.


On se souvient, en tout cas pour les plus courageux spectateurs des conseils municipaux ces dernières années, des systématiques et longuissimes interventions des quatre groupes d’opposition de droite au sujet du plan de circulation à Tours dit « plan d’apaisement ». « Ville interdite aux voitures », totalitarisme cyclo-porté, « trottinettes folles », vélo-rues qui rappellent les heures les plus sombres de notre histoire, pont-martyr, bouchons automobiles visibles depuis l’espace, hécatombe des places de parking, plots en béton et sens interdits qui pleuvent par milliers. Aucun superlatif n’aura été épargné. Oui mais…

Les conflits de circulation 

Dès la campagne 1965, la NR pointe les conflits de circulation en ville, proposant carrément un reportage autour des dangers de la… traversée de la rue Nationale. « 300 accidents par an dont les deux-tiers causés par les piétons » peut-on lire alors qu’une opération spéciale de police est déployée pour sensibiliser et réprimer, lointaine ancêtre de la chasse aux vélos et trottinettes organisée par l’équipe Emmanuel Denis rue Nationale depuis fin 2024 pour rassurer des piétons dépassés par la modernité.

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Mais c’est surtout lors de la campagne 1977 qu’apparaît pour la première fois la question politique des pollutions, de la « ville asphyxiée » et de la nécessité de réorganiser la circulation autour de la marche et du vélo, reportant la voiture en périphérie. La rue Nationale continue d’être un enjeu majeur, les tensions voitures-piéton explosent et un long article de la NR couvre le… déplacement d’un passage piéton rue Nationale, témoignages à l’appui.

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En 1989, autour de la matrice de plusieurs associations locales, émerge une première candidature écologiste aux municipales. Les verts seront alors les premiers à évoquer un projet fou : une ligne de tram. Dingue. Mais ils poseront aussi la question de l’organisation de la circulation et celle des parkings relais pour désengorger un centre de plus en plus pollué et saturé. Même la NR se saisit du problème, proposant des photos-reportages faisant état de l’emprise de la bagnole en ville, grignotant trottoirs et espace public, allant même jusqu’à réclamer une « plus forte pénalisation du stationnement interdit ». De l’histoire ancienne, si l’on compare à aujourd’hui et à la figure victimaire de l’automobiliste conspué, moqué, vulnérable vache à lait d’un complot bourgeois-bohème pour lui facturer son stationnement coupable à prix d’or. Les socialistes, peu intéressés par ces questions à l’époque, parlent par la voix de Jean Germain d’un « métro léger de surface de la Tranchée à Trousseau », alors que Royer qui « préfère les citoyens planteurs d’arbres aux citoyens écologistes » promet de construire 3 000 places de parking en sus, regrettant tout de même le bon vieux temps, celui où « il n’y avait pas des nuées d’écologistes qui vous tombent dessus comme des moustiques qui piquent ». Même le FN qui présente une liste pour la première fois parle « d’environnement ».

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En 1995, le sujet reste présent, la problématique des parkings sauvages est désignée par la NR comme pourrissant la qualité de vie des habitants alors que le Collectif Cycliste 37 organise des actions et interroge les candidats pour évaluer leurs propositions. Jean Germain est d’ailleurs jugé bien trop mou sur ces questions mais le PCF qui présente une liste autonome se saisit de la thématique, proposant un « plan vélo » et le développement de « l’étoile ferroviaire » afin d’améliorer les transports en commun et la connexion aux autres villes du département, projet baptisé 30 ans plus tard « RER métropolitain » par Emmanuel Denis.

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En 2001, c’est le « collectif des riverains de la rue George Sand » qui défraye la chronique en organisant des happenings devant les photographes de la NR, protestant contre le report du trafic auto dans leur rue et clamant « Non monsieur le maire, nous ne sommes pas la Nationale 10 ». Épisode d’autant plus savoureux que bien plus tard, à l’été 2024, l’opposition des droites boucheto-pierristes est rentrée en résistance contre le déploiement d’une vélorue mortifère… George Sand.

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Re-gauchisés après quelques hésitations liées à la période Lionel Jospin, les écologistes de 2008 continueront le combat pour le développement cyclable, notamment via le mouvement dit « Vélorution » qui médiatise ses combats avec des images choc – et qui rejoindra d’ailleurs la LCR pour les municipales. De son côté, dans la campagne 2008, Guillaume Peltier entend « réconcilier tous les moyens de transport, tout en cessant de culpabiliser l’automobiliste » alors que Renaud Donnedieu de Vabres, le candidat de la droite à la papa, veut « remettre à plat le tracé du tram, trop cher ». C’est beau comme du Christophe Bouchet sur Facebook quinze ans plus tard, tout ça.

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Réputés décroissants et passéistes, les écolos de 2014 jouent parfois avec des éclairs de futurisme, tel ce projet de téléphérique entre la gare de Saint-Pierre et celle de Tours proposé par le candidat novice… Emmanuel Denis, faisant écho à l’idée d’une télécabine pour traverser la Loire imaginée par Jean Germain. Les deux projets finiront du reste dans les cartons qui eux-mêmes finiront dans la poubelle jaune.

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À suivre Épisode 3 : La démocratie locale, le serpent de mer de Loire

Lire le premier épisode : Il était une fois les municipales à Tours – Épisode 1 : Commerce, la vallée des larmes

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