Grâce aux archives papier de la Nouvelle République, voici un petit panorama des sujets, enjeux, figures, partis politiques et psychodrames qui ont marqué les élections municipales à Tours depuis 1965. Et force est de constater, après avoir consulté plus de 1 000 numéros parus dans les mois précédant chaque scrutin, que pas tellement de choses ont changé en 60 ans, au fond…

Conseil municipal Tours – ©37
À Tours, les municipales depuis 60 ans, et encore celles de 2026, sont chasse gardée de l’amicale des hommes blancs à fort pouvoir d’achat de plus de 50 ans. Et même si les droites tentent de faire croire que de dire cela est déjà du sexisme racialiste digne des pires saillies mélenchonistes, une petite piqûre historique n’est pas inutile.
Le sujet de la féminisation du personnel politique
En 1965, la liste Royer comptait 2 femmes, la liste PS/PSU une seule, celle du PCF le nombre astronomique de 7 et le plus souvent, les candidates sont d’abord définies par le métier ou la position sociale de leurs délicieux époux. En 1971, le sujet de la féminisation du personnel politique semble désormais préoccuper la NR qui mène l’enquête : en Indre-et-Loire à cette époque, « 1,6% des élus sont des femmes », mais que l’on se rassure, les politiques sont à la pointe du combat, et le journal affirme « impensable de présenter une liste sans femme, sans laquelle il n’y a pas de bonne gestion possible ». Bah oui, d’autant plus que Moulinex avait déjà « libéré la femme » à cette époque, autant en profiter. Royer en alignera 4 cette fois, la gauche 8.
En 1977, chaque liste compte une dizaine de femmes, soit 20% des effectifs. Et en 1983, patatras, pour la première fois, une femme mène carrément une liste, il s’agit de « Mlle Chantal Sornin » de Lutte Ouvrière, attention « ce n’est pas une Pasionaria et même si elle dit des choses très dures elle les dit doucement, souvent avec le sourire (…) et on a envie de discuter avec elle… même si elle est têtue » note la NR. Sur les autres listes, en moyenne une quinzaine de femmes cette fois.

En 1989, nouveau pas de géant, les écologistes présentent la première liste paritaire de l’histoire des municipales à Tours, avec pour la première fois aussi des candidats issus de l’immigration maghrébine – « un beur ou en tout cas un représentant d’une minorité ethnique à définir » précise la NR – alors que jusque-là, seuls quelques citoyens originaires d’Italie, du Portugal ou de Pologne avaient eu l’immense honneur de figurer dans les dernières places des listes. Mais les écolos de 89 sont pas les seuls ! Jacques Pouillault aussi « a des gens de couleur sur sa liste, ce dont il n’est pas peu fier : français d’origine camerounaise mais aussi trois compatriotes martiniquais, réunionnais, guadeloupéens » rapporte la NR.

En 1995, la situation se diversifie, certaines listes dont celle des écologistes et celle « apolitique » de l’inénarrable José Balula – un purgé de l’équipe Royer – sont paritaires, alors que celles de Royer et Germain en comptent entre 8 et 15. Ce sera d’ailleurs la dernière fois que cela est possible, loi Jospin sur la parité oblige. Pour autant, les femmes tête de liste restent très rares jusqu’à aujourd’hui, aucune n’ayant été jamais qualifiée pour le second tour. Et une fois élues et aux responsabilités, c’est dans le domaine du social et de la solidarité qu’on leur laisse une petite place. Quant aux candidat·e·s d’origine immigrée, leur nombre est marginal tout au long de la période et les responsabilités attribuées, encore plus faibles.
Fin
Lire l’épisode 3 : Il était une fois les municipales à Tours – Épisode 3 : La démocratie locale, le serpent de mer de Loire