Une étude inédite publiée dans The Lancet par des chercheurs de l’Inrae révèle l’ampleur du désastre sanitaire lié au plastique. Pour protéger la santé mondiale, le recyclage ne suffira pas : il faut réduire la production à la source.
La menace ne réside pas seulement dans les décharges à ciel ouvert (cliché Pixabay)
Par Jean-Paul Briand.
Le constat est sans appel. Pour la première fois, une équipe de chercheurs de l’Inrae Occitanie-Toulouse a évalué l’impact du plastique sur la santé humaine, de l’extraction du pétrole à l’élimination des déchets. Le verdict, publié dans la prestigieuse revue The Lancet, donne le vertige : si nos modes de production n’évoluent pas, le plastique sera responsable de la perte de 83 millions d’années de vie en bonne santé à l’échelle mondiale d’ici 2040. Les chercheurs ont utilisé l’indicateur DALY* (Disability-Adjusted Life Years) pour leur étude.
Un poison présent à chaque étape
L’étude démontre que la menace ne réside pas seulement dans les décharges à ciel ouvert ou les océans pollués. Le danger est systémique et jalonne tout le cycle de vie du matériau :
- Le choc climatique : les émissions massives de gaz à effet de serre lors de la fabrication.
- L’air vicié : la libération de particules fines (PM2.5**) durant la polymérisation et l’incinération.
- Le péril chimique : l’exposition directe à des substances cancérigènes omniprésentes.
La phase la plus critique reste la naissance même du matériau : la production de plastique vierge. C’est ici, entre l’extraction des matières premières et la transformation chimique, que les dommages sanitaires sont les plus lourds.
Le mirage du « tout-recyclage »
Face à ce péril, l’étude douche les espoirs fondés sur la seule gestion des déchets. Le recyclage et la collecte, bien que nécessaires, ont un impact trop limité pour inverser la courbe.
Pour les chercheurs, la solution ne peut être que radicale. La protection de la santé publique impose une réduction profonde de la production de plastique primaire et un abandon du brûlage des déchets à l’air libre. Plus qu’une simple substitution de matériaux, c’est une transition globale vers des systèmes de réutilisation qui est préconisée.
Alors que les négociations internationales sur les traités plastiques se multiplient, ce rapport scientifique rappelle une priorité vitale : pour sauver des vies, il faut fermer le robinet à la source.
* : 1 DALY correspond à 1 année de vie en bonne santé perdue par rapport à une espérance de vie théorique.
** : Les particules fines (PM2,5) sont des entités solides de très petite taille, nocives pour la santé respiratoire et cardiovasculaire. Ces particules sont un mélange de différents composés chimiques et ont des diamètres inférieurs à 2,5 µm.
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