10 ans après sa mise sur le marché, la brique de lait solidaire, C’est Qui Le Patron?!, bat des records de ventes. Soutenue dès la première heure par la Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel (Loiret) qui collecte le lait auprès de 96 exploitations du Centre-Val de Loire, la marque des consommateurs doit permettre aux producteurs de vivre de leur travail et d’investir. Pari gagné ?
Éleveur à Fay-aux-Loges, Bruno Cordier a adhéré à la démarche C’est Qui Le Patron dès le départ en 2017. Photo Estelle Boutheloup
Aucune pub ni spot TV, aucun salon, pas de commerciaux, et pourtant 70 millions de litres de lait vendus en 2025 ! C’est plus que le célèbre pot de Nutella selon le récent classement des « 50 produits les plus vendus de France » de l’institut Nielsen ! La pub ? Ce sont les producteurs et les consommateurs « sociétaires » eux-mêmes qui la font en se mobilisant en magasin. « Une contrepartie qui nous a fait découvrir une facette de notre métier avec deux vertus : faire connaître la démarche C’est Qui Le Patron?! et faire remonter aux producteurs le ressenti des consommateurs », témoigne Bruno Cordier, éleveur et céréalier à Fay-aux-Loges (Loiret) et l’un des premiers à intégrer l’aventure de Nicolas Chabanne en 2017. Ce qui lui a plu ? « L’attention qui doit être apportée aux animaux avec une obligation de pâturage entre 3 et 6 mois de l’année et la rémunération garantie : 390 € pour 1 000 litres de lait alors que le marché était à environ 300 €. » Car c’est bien là d’où tout est parti.
Flashback. 2016, une année difficile… Une cinquantaine de producteurs de la Bresse aux abois, en pleine crise du lait avec un litre acheté à 0,22 € et des éleveurs qui perdent de l’argent. Comment sauver la filière ? « Nicolas Chabanne est même interpellé à l’époque par Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture », se souvient Emmanuel Vasseneix, partenaire de la première heure avec la Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel (LSDH) basée dans le Loiret pour assurer la collecte et l’emballage de la brique de lait. Pour cela, il faut réconcilier consommateurs et agriculteurs et faire en sorte que les consommateurs se réapproprient leur consommation.
Les éleveurs adhérents à CQLP s’engage à bannir huile palme et OGM de l’alimentation de leurs vaches. Photo LSDH
4 000 € par mois en plus
Comment ? Par un questionnaire où, d’un côté le producteur va estimer le juste prix du litre à partir d’un prix plancher de 0,69 €, de l’autre, le consommateur qui va créer son lait sain et équitable, avec pour chaque critère, l’incidence économique que cela va induire, et ainsi orienter un cahier des charges strict. « Résultat : 10 millions de litres vendus en 3 mois ! », souligne le P-DG de LSDH, 279 exploitations adhérentes à la démarche CQLP en 10 ans (96 exploitations en région Centre) dont 11 en bio, 17 départements collectés par la laiterie, un litre de lait accepté à 1,27 €, « et 500 000 € de plus versés à un producteur LSDH et CQLP pour plus de 1 million de litres de lait. Soit 4 000 € par mois en plus. Ce qui permet aux producteurs de vivre correctement de leur métier et d’investir dans différentes transitions (énergétiques, environnementales…) pour préparer l’avenir. » Comme Bruno Cordier…
Éleveur de 90 vaches Prim’Holstein, il produit 100% de son lait pour LSDH dont 30% sont commercialisés pour C’est Qui Le Patron?!. Et pour lui, les effets directs sont loin d’être neutres : « le surplus de rémunération permet de solidifier le prix du lait et d’investir avec une rentabilité plus longue et d’amortir le surcoût du robot de traite de 250 000 €. » Mais pas seulement. « Cela a permis aussi de garantir l’installation de mon jeune associé. C’est pour cela qu’il faut continuer ! Respecter le coût de production, c’est permettre aux exploitations d’embaucher des jeunes et de se renouveler. Mais si on veut développer les volumes, il faudra ouvrir la démarche et tendre vers 50% de lait produit dans les exploitations pour C’est Qui Le Patron?! contre 30% aujourd’hui. »
Dans l’aventure CQLP depuis la première heure, la Laiterie de Saint-Denis de-L’Hôtel collecte le lait de 96 exploitations du Centre-Val de Loire et l’emballe sur ses lignes à Varennes (Indre) et Chollet (Maine-et-Loire). Photo LSDH.
Beurre, crème, yaourts… et des jus de pomme CQLP
Une démarche où tout le monde joue le jeu : des 15 millions de consommateurs (dont plus de 16 000 sociétaires) qui paient un lait à son juste prix, votent et vérifient les cahiers des charges, portent une marque qu’ils ont créée et une gamme de produits aujourd’hui étoffée (lait, beurre, crème, yaourts, emmental râpé, œufs, farine, pommes de terre…), aux producteurs qui font l’effort d’une alimentation des troupeaux sans OGM ni huile de palme, d’un approvisionnement en fourrages locaux et d’une ouverture de leurs exploitations aux consommateurs et enseignes. « C’est Qui Le Patron?! a changé beaucoup de choses », souligne Emmanuel Vasseneix. « Une logique globale où chacun vit correctement de son métier et où tout le monde est acteur du résultat. »
Sur 500 millions de litres de lait produits par la Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel, 70 millions sont ainsi dédiés à la marque C’est Qui Le Patron (+ 10% en volume de production en 2024) dont 1,5 million produits en bio : soit +1,5% sur la partie laitière CQLP en 2025 et +25% en bio par an. Mais le P-DG ne compte pas en rester là. « Outre redonner de la valeur et de la reconnaissance à nos métiers et renforcer nos convictions, C’est Qui Le Patron?! a permis d’essaimer les conditions de la démarche et de la durabilité désormais sur les jus de pommes français avec une entrée chez Burger King », poursuit Emmanuel Vasseneix. « Et nous allons encore renforcer notre rôle notamment autour des laits infantiles où il y a une exigence des consommateurs auxquels il faut répondre. »
Une aventure en mouvement donc, qui doit encore gagner des parts de marché auprès des consommateurs mais qui a d’ores et déjà jeté les bases d’un autre destin alimentaire comme l’assure Emmanuel Vasseneix : « C’est Qui Le Patron?! n’a pas réglé le problème du lait en France mais il a initié d’autres voies et la force du collectif : la carte bancaire a plus de force que la carte d’électeur. »
Rubrique parrainée par CODIFRANCE