Alliances de circonstance, retraits amers et espoir d’un sursaut des abstentionnistes… Dans plusieurs communes de la métropole d’Orléans, le second tour des municipales vient balayer l’élan démocratique au profit d’un règlement de comptes à la calculette.
Cinq municipalités de la métropole d’Orléans connaîtront un second tour lors de ces municipales 2026. Photo ACC
Par Mael Petit.
Dans la métropole orléanaise, le second tour des municipales ressemble moins à une grande clarification démocratique qu’à une partie d’échecs. Entre alliances tardives, retraits contraints, ego mal rangés et abstention massive, l’entre-deux-tours a surtout révélé des stratégies défensives et souvent une difficulté chronique à faire collectif autrement que sous la menace de la défaite.
Partout le même décor ou presque : participation mollassonne, négos laborieuses, et parfois cette vieille promesse de « rassemblement » qui revient à chaque scrutin comme un accessoire de campagne. Le 22 mars, ce sont cinq communes de la métropole qui joueront leur deuxième acte. Mais dans bien des cas, ce sont bien l’usure locale ou le réveil – grandement hypothétique – des abstentionnistes qui feront la décision.
Orléans, l’union de la gauche ou l’addition sans miracle
Orléans l’illustre d’ailleurs à la perfection. L’accord conclu entre les listes de gauche de Baptiste Chapuis (UDG) et Jean-Philippe Grand (DVG) était attendu puisqu’acté il y a des semaines. Il a fini par tomber lundi au petit matin, comme se clôturent les négociations de façade dont l’issue semblait écrite par avance.
Sur le papier, l’addition existe : 16,23 % pour Chapuis, 13,03 % pour Grand, soit 29,26 %. Dans les faits, l’écart avec le maire sortant Serge Grouard (DVD) arrivé largement en tête avec 40,56 %, reste abyssal. Et l’opération souffre d’une anomalie congénitale : elle paraît aussi prévisible qu’artificielle, tant les deux candidats ont passé une partie de la campagne à s’envoyer des scuds peu compatibles avec l’image d’un bloc soudé.
Mais la gauche veut croire qu’un réservoir sommeille dans l’abstention, montée à plus de 50 %. C’est l’argument numéro 1… presque le seul. Car il n’existe ni fusion complémentaire possible, ni réserve massive évidente. Le score de Valentin Pelé (LFI, 8,23 %) alimente à peine les espoirs, mais rien ne garantit un report de cet électorat, tant le parti mélenchoniste a été diabolisé ces derniers mois au niveau national. Tandis qu’au niveau local, une fois la division actée, il n’a plus jamais été considéré, ni par Grand ni par Chapuis. Alors, un scénario surprise reste possible ? À droite en tout cas, il se murmure que certains ont prévu de sortir en charentaises pour aller voter.
Fleury-les-Aubrais, dialogue de sourds avant une quinquangulaire
À Fleury-les-Aubrais, l’entre-deux-tours a viré au feuilleton, mais pas vraiment ambiance Sous le soleil. Aucune fusion, aucun retrait décisif, donc la commune se dirige vers une quinquangulaire, configuration rare. En tête avec près de 32 %, la maire sortante Carole Canette (UDG) part favorite, refusant tout début de discussion avec Bastien Fauconnier (LFI, 11%). Mais la dispersion entretient l’incertitude.
Derrière elle, Maxime Viteur (DVC, 20,1 %) a tenté d’imposer un jeu de dominos, demandant aux autres de s’effacer sans offrir de véritable coalition selon ses adversaires. Guillaume Boutard (extr. dr. 19,4 %) et Stéphane Kuzbyt (DVC, 14,79 %) ont dénoncé une méthode brutale et une absence de respect. Quand tout le monde appelle au rassemblement mais refuse de se rassembler, on obtient ce genre de tableau : cinq candidatures, cinq lignes… et des électeurs dans la confusion ?
Saint-Jean-de-Braye, barrage sans front commun
À Saint-Jean-de-Braye, le retrait de Jean-Emmanuel Renelier (DVD), quatrième avec un peu plus de 10 % des suffrages, a resserré quelque peu le jeu. Son appel à faire barrage à la gauche et à la maire sortante Vanessa Slimani (UDG, 31,71 %) appuie la thèse d’un basculement de la commune à droite. Ils étaient quatre sur la ligne de départ, reste donc une triangulaire désormais.
Avec 42,15 %, Cédric Gourin (DVD) avance en favori. Vanessa Slimani joue sa survie la peur au ventre avec peu de réserves de voix identifiées, sinon les abstentionnistes (près de 50 %). Le troisième et dernier larron, Johann Lauthier (Divers, 15,9 %), veut rester dans l’arène, défendant une ligne plus modérée avec l’ambition de peser dans une future opposition.
La droite en difficulté à Saint-Denis-en-Val et Chécy
Sans fusion envisageable au regard des équilibres et des sensibilités en présence, un statu quo semble se dessiner pour ce dimanche à Saint-Denis-en-Val. Yann Portuguès (Divers, 40,21 %) apparaît en position favorable face à Jérôme Richard (DVD, 36,72 %) et Gaby Oulama (extr. dr. 23,08 %) dans une triangulaire qui profite pour l’instant à l’opposant sortant.
Pour Jérôme Richard, premier adjoint de la commune et candidat à la succession de la députée Marie-Philippe Lubet – élue en janvier 2026 lors de la législative partielle aux côtés de Stéphanie Rist – l’issue pourrait prendre la forme d’un sérieux revers. La maire sortante avait en effet annoncé raccrocher il y a plusieurs mois. Un possible échec à venir pour la droite locale donc, d’autant que la liste compte en deuxième position Laurence Bellais, troisième vice-présidente du Département du Loiret. Reste une inconnue de taille : la mobilisation des abstentionnistes au second tour, alors que la participation s’élevait à 58 % lors du premier.
À Chécy, la majorité sortante bien que divisée tient encore les rênes. Avec 39,66 %, l’adjointe aux finances Isabelle Glomeron (DVG) s’avance en favorite, bénéficiant d’une avance réelle et du retrait de… l’adjointe à la vie culturelle Virginie Baulinet (DVG, 27,08 %) – soutenue par le maire sortant, Jean-Vincent Valliès – et vexée du manque d’ouverture aux négociations de son ex-collègue. Un entre-deux-tours qui clarifie mécaniquement le paysage électoral. Mais ce retrait, sans fusion ni consigne, ressemble moins à un ralliement qu’à une désertion organisée. En embuscade à 33,26 %, Frédéric Lefèvre (DVD) cultive une posture de recours, misant sur les frustrations des électeurs et l’absence d’accord à gauche.
Au bout du compte, entre la perte de La Chapelle-Saint-Mesmin par la gauche dès le premier tour et le basculement probable de Saint-Jean-de-Braye au profit de la droite, cette séquence des municipales confirme, s’il y en avait besoin, un rapport de forces toujours largement favorable à cette dernière dans la métropole orléanaise. Malgré l’hypothèse d’un revers à Saint-Denis-en-Val, la droite conserve donc une assise solide dans l’agglomération.
Plus d’infos autrement :
À Montargis, l’élection municipale se jouera sur les reports de voix