Abstention massive, percée de l’extrême droite, débat public vérolé… ces municipales exposent les symptômes d’une démocratie malade. Avec au fond une question : à quel moment les boomers ont-ils fait dérailler le bazar ?
Les anciennes générations ne seraient-elles pas aussi sages qu’elles le proclament ? Illustration ©Pixabay
Par Fabrice Simoes.
Au soir du premier tour des municipales, le grand basculement, à défaut du grand remplacement cher à Renaud Camus, n’a pas été aussi flagrant que l’espérait Pierre-Édouard Stérin. À se demander si l’investissement dans Périclès en vaut la chandelle, voire la paire de cierges pascals de cette année. Certes, des maires sans étiquette mais d’extrême droite affirmés ont été facilement élus, comme à Salbris, baignés dans l’univers des propriétés de chasse solognotes des prolétaires du CAC 40. Certes, des listes comme à Vierzon, masquées sous le vocable « divers », à peine moins maquillées que des voitures volées, sont en capacité de faire le coup de balancier de Gauche vers le bout de la Droite. Certes, des candidats RN aux législatives devenus vierges d’étiquette aux municipales seront au deuxième tour, comme à Argenton-sur-Creuse. Certes, certes… on peut tout de même s’inquiéter des 31 maires d’extrême droite (RN, UDR, etc.) qui ont été élus dès dimanche dernier. Un bilan qui induit indéniablement un certain questionnement.
Quand la démocratie s’effrite dans l’indifférence
De prime abord, on peut dire ce que l’on veut, surtout en période de fermeture de la pêche, quand ça ne vote pas, ce n’est pas bon signe. En quelques points particuliers seulement de l’Hexagone, les abstentions sont en baisse. Petits arbustes qui ne masquent pas la forêt du désintérêt envers une « votation » populaire. Globalement cette élection, pourtant celle que les Français préfèrent, bordaille à peine les 50 % de votants. Là, ça craint pour la démocratie ! La fausse bonne idée de la simplification du scrutin du premier tour, tout comme la suppression du panachage et l’arrivée des listes bloquées dans les plus petites communes, n’ont pas vraiment fait avancer les choses dans le bon sens.
Décédé au début de l’année, Bob Weir, le dernier dinosaure du Grateful Dead, expliquait à Rolling Stone que « ma génération a presque laissé la démocratie disparaître dans ce pays en ne votant pas et en devenant paresseuse… » Il faisait partiellement référence aux années 1980, à Reagan et autres, mais aussi à Donald Trump, et à tous les remugles puants de sa politique. Le presque est cependant important car il laisse encore le champ libre, une fois sorti de la fumette et des paradis artificiels, à la possibilité d’un ou plusieurs autres choix, d’une ou de plusieurs autres voies.
Les boomers, ou l’autoroute du discours réac’
Cela dit, à quel moment, les boomers, soit environ deux générations dont celle de Weir, ont-ils planté le bazar ? À quel moment, plus laxistes que les défenseurs de la peine de mort ou que des anti-avortement, moi, toi, nous, vous, ils ont laissé s’installer une vision explosée de la vie politique. Celle où l’antisystème est devenu un argument de vente comme pour une voiture ou une machine à laver. Ce discours pauvre en démonstration critiquant les institutions politiques existantes permet d’en envisager d’autres plus rances d’où la démocratie est exclue puisque définitivement pervertie. Quelle est belle ma dictature. Qu’il est beau mon empire. Dieu est mon credo… Et mon pognon, tu l’as vu mon pognon ? Les premiers boomers envisageaient le bien commun. Moi, toi, nous, vous, ils voulaient créer un monde où Toubisou, Ticotin et Toucurieu seraient rois. En lieu et place, moi, toi, nous, vous, ils ont créé un Nessie, hydre à plusieurs têtes, beaucoup moins sympa que celui du Loch Ness !
Les bistrots sont en voie de disparition. Les brèves de comptoir au coin du zinc aussi. Les anciens piliers du café du commerce, de la gare, du Nord et du Sud réunis, épanchent désormais leurs derniers neurones à la mauvaise bière devant CNEWS et les copains de Pascal Praud. Ils se lâchent sur la toile. Pourtant, tout n’est peut-être pas perdu malgré une inversion des valeurs parfois problématique chez les cadres de la gauche molle et la base de la droite dure. La fécondité est en baisse. Statistiquement, il peut y avoir un effet positif.
Et puis, ce n’est pas parce que le Grateful Dead a été mauvais à Woodstock qu’il faut jeter tous leurs concerts à la poubelle. Ils se sont bien rattrapés après. Alors, Bob Weir avait certainement raison. De fait, le presque redevient essentiel, non ?
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