Il était une fois les municipales à Tours #5 : alliances, têtes connues et psychodrames

Grâce aux archives papier de la Nouvelle République, voici un petit panorama des sujets, enjeux, figures, partis politiques et psychodrames qui ont marqué les élections municipales à Tours depuis 1965. Et force est de constater, après avoir consulté plus de 1 000 numéros parus dans les mois précédant chaque scrutin, que pas tellement de choses ont changé en 60 ans, au fond…

Par Joséphine

A gauche, 60 ans d’amour

Encore cette semaine, la presse locale et les notables de la droite se gaussaient de l’alliance entre EELV et LFI, jouant la surprise outrée de ce rapprochement présenté comme inédit et contre-nature. Pourtant, ce genre de mariage de raison à gauche fait partie de l’histoire de cette famille politique, y compris localement. Panorama.

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En 1965, le PCF et le PS n’avaient pas réussi à s’entendre, les socialistes trouvant les communistes trop gourmands, en appelant à « la société civile » pour les soutenir dans le rapport de force. Situation banale cette année-là, seules 10 villes avaient en fait réussi à constituer des alliances dites déjà « Front Populaire ». Ce n’était pas le cas à Tours, les gauches se prenant dans la foulée une veste mémorable. En 1971, des accords PS/PCF sont signés à Paris et des négociations département par département sont engagées avec a minima un principe de désistement pour le second tour. A Tours, une liste unique de la gauche réussit à se mettre sur pied mais ce sera une nouvelle veste face à Royer. En 1977, rebelote pour une union au premier tour, cette fois avec un poids plus important du PS, ce qui participe à fomenter la dépôt pour la première fois aux municipales d’une liste plus à gauche, constituée autour d’une alliance LRC/LO. Cette fois, la gauche arrive à presque 40%. Royer est tout de même élu au premier tour.

Encore plus de socialistes

 

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En 1983, on retrouve à peu près la même configuration, avec encore plus de socialistes dans la liste d’union de la gauche. Résultat ? Veste avec une gauche à 33%… En 1989, pour la première fois, on assiste à une atomisation des listes. La gauche est de nouveau dispersée, de nouveau sous hégémonie socialiste, mais avec pour la première fois la présence d’une liste écologiste. Finalement, le total gauche avoisinera les 33%, sans avancée majeure depuis 20 ans en réalité.

En 1995, année de la fin de la mitterrandie et d’une reconfiguration en profondeur à l’échelle nationale, la gauche part éclatée à Tours avec des listes, PC, PCF, verte et LO au premier tour. Mais à la faveur d’une triangulaire surprise et de fusions bien gérées par Jean Germain et ses lieutenants – les d’ailleurs toujours présents 30 ans plus tard Jean-Patrick Gille et Alain Dayan –, la gauche ravit enfin la mairie après des décennies d’attente. Scènes de liesse place Jean Jaurès, happening de la… Compagnie Off et razzia de Vouvray au 7J avenue Grammont, comme le rapporte la NR qui couvre cette soirée de déconfitures et de surprises.

Une large alliance à gauche


En 2001, Germain réussit une large alliance de gauche autour de lui, y compris en débauchant des écologistes, fâchés avec leur parti, par exemple Monique Chevet. Les Verts de leur côté restent droits dans leurs bottes et désignent David Martin comme tête de liste, avec à ses côtés François Lafourcade, Evelyne Sérinet, Georges Drumont et David Chollet, tous encore présents dans la vie politique locale, la deuxième figurant même sur la liste d’Emmanuel Denis en 2026. Sauf que cet embourgeoisement des écologistes ne plaît pas à tout le monde et des écolos dissidents forment la liste Alternative Citoyenne, écologique et solidaire avec à leurs côtés le jeune… Charles Fournier, depuis passé par la région et la députation, présent lui aussi sur la liste Emmanuel Denis 2026. Les extrêmes gauches se divisent également, avec la LCR, LO et le PT.

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En 2008, Germain droitise sa liste et songe à l’ouvrir au Modem dont certains partent bouder et forment une liste dissidente où l’on retrouvera d’ailleurs Frédéric Miniou, l’actuel directeur de campagne d’Emmanuel Denis 2026 et Pierre Commandeur, un temps macroniste, soutien actuel de Christophe Bouchet. On compte à côté de Germain, Claude Bourdin, Mickaël Cortot, Philippe Chalumeau et Nicolas Gautreau, tous encore aujourd’hui plus ou moins dans la place, mais plus au PS. David Martin, la tête de liste écolo de 2001, très absentéiste, est parti entre temps au Modem. Les Verts, eux, continuent de faire liste à part mais ont réglé les soucis de dissidence. On voit aux avants-postes de leur liste les Lafourcade, Sérinet, Deforge, Chollet, Rossi, Geiger, Fournier, Faucheux, Couppé, aux destins disons…hétérogènes mais pour la plupart encore liés à Emmanuel Denis.

A l’extrême-gauche, la liste LCR est portée par Fanny Puel, avec Christine Blet et Antonin Béranger aux avants-postes, tous trois passés ensuite par LFI, avant que Puel et Béranger rejoignent l’Après en 2024. Tous trois sont réunis aujourd’hui autour d’Emmanuel Denis.

Sur fond de scandale des mariages chinois

En 2014, la droitisation de Germain continue, sur fond de scandale des mariages chinois qui jouit d’une couverture nationale. D’anciens membres de la liste Donnedieu sont associés aux socialistes, dont la plupart, quelques années plus tard partiront, chez Macron (Gautreau, Chalumeau, Colboc…). Cependant, d’autres ont quitté le bateau pour aller plus à gauche et proposer une liste, c’est le cas de Claude Bourdin, secondé par les ex-LCR devenus NPA Puel, Béranger et Lecomte, très critiques au sujet du naufrage des socialistes à l’époque. On retrouve du reste ces quatre figures sur la liste d’Emmanuel Denis 2026 avec à leur côté… Gille, Gagnaire et Ba, membres de la liste Germain en 2014. D’ailleurs, 2014, c’est aussi la première candidature d’Emmanuel Denis, petit jeune issu du monde associatif et sorti du chapeau par des écologistes qui désormais ont choisi de se positionner clairement à gauche après les années de dissidence et d’interrogations sur la ligne politique, exit donc les Chollet, Deforge et Rossi, passablement droitisés.


Y’a pas à dire, que de résilience dans ces parcours, non ?


A droite, entre unanimisme et guerre fratricides. Jusqu’en 1977, la droite s’est systématiquement rangée derrière le grand timonier Jean Royer. Et hormis l’épisode de la candidature « apolitique et citoyenne » du Groupement d’Études Municipales (GEM) vite absorbé dans le royérisme, aucune tête ne dépasse, la figure tutélaire de monsieur le député-maire dit Père-la-Pudeur dissipe toute concurrence, y compris en intégrant des petits jeunes qui montent, tels… Serge Babary dès 1983, lui qui deviendra maire 30 ans plus tard après avoir changé trois ou quatre fois de parti…

Le départ à la retraite de Jean Royer

C’est à partir de 1989 et des premières rumeurs de départ à la retraite de Royer que les appétits s’aiguisent. Il y a cette année-là la candidature du jeune et fringant quinqua Roland Weyant ainsi que du lepéniste Jean Verdon et du giscardien Jacques Pouillaut, tous trois n’empêchant pas Royer de passer au premier tour.
Mais c’est 1995 que la droite va se morceler profondément, le dauphin historique de Jean Royer, Michel Trochu, déclarant sa candidature avec quelques félons, fatigués d’attendre que le Vieux passe la main, lui qui avait déjà promis en 1989 de ne faire qu’un demi-mandat. La campagne sera particulièrement violente, d’autres royéristes historiques déclarant leur candidature, le RPR et l’UDF étant obligés de clarifier leurs positions vu que leurs membres sont éclatés sur deux ou trois listes. Royer va même jusqu’à remobiliser la mémoire gaullienne en faisant paraître un « Appel du 18 juin », date qui par le plus grand des hasards est celle de l’élection municipale. Seulement voilà, Trochu se maintient pour déclencher une « triangulaire de la muerte » qui aboutira à la défaite du Vieux. Un ténor socialiste parlera alors à la NR de Royer et de sa « pelle du 18 juin ». Très spirituel.

Sauf que, loin d’être un épiphénomène, la division de la droite sera un élément structurant des municipales à Tours depuis 95. Sauf en 2001, année où débarque à Tours le Corse, ministre et bientôt repris de justice balladurien Renaud Donnedieu de Vabres qui réussira à garantir l’union autour de lui, après la mise à la retraite de Trochu. Sans succès.

La fine fleur des droites

En 2008, deuxième chance pour Donnedieu. Cette fois, il s’entoure de la fine fleur des droites : Babary bien sûr, Amiot et de Jorna – partis depuis à l’extrême-droite –, Auconie puis le gang des cathos, les époux Coulon et Brice Droineau. Seulement voilà, 2008, c’est aussi le retour de la tentation de la division et de la droitisation à outrance, Sarkozy étant passé par là. Ainsi débarque le jeune Guillaume Peltier, ovni réactionnaire parachuté par l’extrême-droite et…reparti à Reconquête ensuite. A l’issue d’une campagne assez loupée pour la droite, Germain est à deux doigts de passer au premier tour.
En 2014, les droites sont encore perdues et acceptent le principe de l’union de circonstance, convaincues de la veste à venir. Ainsi, c’est l’expérimenté Serge Babary qui, selon la confidence d’un témoin de 2013, tire la courte paille qui fait de lui le candidat unique de la droite, le préposé à la défaite, d’où d’ailleurs le deal de compensation négocié d’emblée pour lui assurer une retraite dorée au Sénat dès 2017. Sauf que, patatras, voilà notre Serge qui gagne. La tuile. Cela n’empêchera pas celui qui sera vite appelé « l’éphé-maire » de partir au Sénat à mi-mandat, laissant le droite se déchirer de nouveau, notamment autour de figures qui encore aujourd’hui se tirent la bourre en coulisses : Nicolay, Lebreton, Coulon, Dateu et… l’inénarrable Céline Ballesteros, partie avec d’autres camarades de l’époque auprès du RN en 2026…
Il faut que tout change pour que rien ne change.

Lire l’épisode précédent: Il était une fois les municipales à Tours – Épisode 4 : Mon amie, la diversité

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