Entre barons locaux balayés sans ménagement et poussée de l’extrême droite, ces municipales en Centre-Val de Loire dessinent un paysage politique en pleine recomposition.
Les abstentionnistes du premier tour ne se sont pas rués dans les bureaux de vote lors du deuxième tour ce dimanche 22 mars. ©Magcentre
La Rédaction.
Les maires sortants des préfectures du Centre-Val de Loire auront, dans l’ensemble, réussi à préserver leurs mairies… à l’exception notable de Chartres. Ce scrutin municipal confirme une fois encore son ancrage local. Malgré une participation toujours faible, les électeurs continuent de privilégier des considérations de proximité, relativement imperméables aux logiques partisanes nationales. Dans ce paysage, l’extrême droite poursuit pour sa part sa progression en s’emparant de plusieurs villes de la région, tandis que la gauche conserve les villes de Blois, Tours et Bourges. À Orléans, Serge Grouard bénéficie toujours d’une image solide. Mais la véritable surprise est venue de Chartres, où Jean-Pierre Gorges, en place depuis 2001, a été renversé… par un ancien colistier. Un épisode qui illustre une tendance plus large : dans plusieurs villes moyennes, un vent de dégagisme a soufflé sur des maires installés de longue date, souvent accusés d’avoir trop longtemps usé du pouvoir. Issoudun ou encore Romorantin en sont des exemples marquants.
Gifle pour Jean-Pierre Gorges à Chartres
Le verdict est sans appel à Chartres. Ladislas Vergne (DVD) s’impose largement avec 51,08 % des voix, reléguant le maire sortant Jean-Pierre Gorges (DVD) à 29,89 %, loin derrière après vingt-cinq ans passés à la tête de la ville. Une défaite nette qui traduit une volonté claire de tourner la page, sans pour autant changer de cap politique, puisque la droite reste aux commandes. La dynamique du premier tour s’est confirmée sans accroc, tandis que Jean-François Bridet (UDG, 19,02 %) n’a jamais réussi à incarner une alternative crédible, restant en marge du duel.
À Dreux, le scénario est également celui d’un basculement. Abdel-Kader Guerza (DVC, 41,27 %) l’emporte face au sortant Pierre-Frédéric Billet (DVD, 36,49 %). À Nogent-le-Rotrou, en revanche, pas de surprise : le député Harold Huwart (DVG) confirme son avance avec 47 %, devant Dorian Marchand (DVG, 38,2 %) et le RN à 14,8 %. Une victoire dans la continuité du premier tour, sans véritable suspense.
Emmanuel Denis conserve la mairie de Tours
À Tours, Emmanuel Denis resigne pour un nouveau mandat en bord de Loire. Sa liste d’union de la gauche arrive en tête avec 47,2 % des voix, devant Christophe Bouchet (43,86 %), tandis que le Rassemblement national fait grise mine avec 8,94 %. Une victoire solide pour le maire sortant écologiste, qui témoigne d’un crédit toujours intact auprès des électeurs tourangeaux.
Dans l’agglomération, à Saint-Pierre-des-Corps, Olivier Conte (DVD, 54,21%) conserve sa mairie. Après avoir fait basculer la ville en 2020, mettant fin à un siècle de gestion communiste, la droite confirme son implantation, même face à une union tardive de la gauche au second tour.
À Amboise, le scénario est plus serré mais similaire : Brice Ravier (DVG) est reconduit avec 46,51 %, face à Maxime Maintier (DVD, 43,46 %). Le RN, autour de 10 %, s’installe durablement dans le paysage local, sans toutefois peser sur l’issue du scrutin.
Le Montargois, laboratoire du RN
À Montargis, le second tour a confirmé une dynamique déjà bien installée pour l’extrême droite. Dans une triangulaire particulièrement serrée, Côme Dunis (RN), ancien visage local des gilets jaunes, l’emporte avec 34,64 % des suffrages, devant Bruno Nottin (33,1 %, UDG) et le maire sortant Benoît Digeon (32,3 %, DVD). Une victoire arrachée, mais lourde de sens. Porté notamment par l’implantation du député Thomas Ménagé, le Montargois s’affirme comme un véritable laboratoire du Rassemblement national. La gauche avait pourtant tenté de se rassembler derrière Nottin entre les deux tours, sans parvenir donc à inverser la tendance. Sans doute aurait-il fallu un front républicain complet, incluant le maire sortant, pour contenir la poussée… Ville autrefois communiste, puis ancrée à droite depuis plus de vingt ans, la ville bascule donc, presque symboliquement, dans le giron du RN.
Et le phénomène dépasse largement Montargis. À Amilly, la même mécanique est à l’œuvre : Tom Collen-Renaux (RN) s’impose avec 48,2 %, devant Christophe Bouquet (divers, 45,8 %) et Catherine Michel (DVC, 5,99 %). L’agglomération prend ainsi une teinte politique de plus en plus brune. Seule Châlette-sur-Loing fait encore figure de poche de résistance à gauche.
Serge Grouard sans trembler à Orléans
À Orléans, en revanche, pas de miracle pour la gauche. Malgré une union de circonstance entre les deux tours, elle n’a pas réussi à créer la surprise. Serge Grouard (DVD) s’impose nettement avec 57,8 % des voix, contre 42,2 % pour le socialiste Baptiste Chapuis. Le maire sortant entame ainsi un cinquième mandat, qu’il annonce d’ailleurs comme le dernier. « Il ne faut jamais faire le mandat de trop. Il sera temps pour moi de souffler un peu », a-t-il précisé après l’annonce des résultats. Mais le maire d’Orléans conserve tout de même de l’appétit pour la présidence de la métropole. « Je proposerai ma candidature. Il faut une même gouvernance pour la ville et la métropole car les choses sont enchevêtrées. Il faut cette unicité de direction », justifie-t-il.
Le maire d’Orléans Serge Grouard a remporté pour la cinquième fois l’élection municipale. ©PV
Serge Grouard pourra s’appuyer sur plusieurs basculements à droite dans la métropole. À Saint-Jean-de-Braye, Cédric Gourin (DVD) l’emporte nettement avec 56,02 % face à la sortante Vanessa Slimani (UDG, 32,35 %). Les rares satisfactions pour la gauche viennent de Chécy, où Isabelle Glomeron (DVG) est élue (60,29 %), et de Fleury-les-Aubrais, où Carole Canette (36,47 %) conserve son siège au terme d’une quinquangulaire éclatée qui a finalement joué en sa faveur. Enfin, changement de cap à Saint-Denis-en-Val : le conseiller d’opposition Yann Portuguès (divers, 44,9 %) s’impose face à Jérôme Richard (DVD, 39,07 %), marquant la fin de l’équipe en place, dans une triangulaire où l’extrême droite (16,03 %) complète le tableau.
Issoudun, la fin d’un règne
C’est une page d’histoire locale qui se tourne à Issoudun : après 49 ans de règne municipal, le socialiste André Laignel est battu (46,24 %) par Julien Dubot (divers, 53,76 %). Une défaite annoncée pour l’ancien maire, qui paie sans doute sa longévité autant que l’usure du pouvoir.
À Argenton-sur-Creuse, la gauche se maintient avec Vincent Millan (UDG, 47,5 %), repoussant l’extrême droite et son parachuté Pierre Gentillet, tandis que Le Blanc reste dans les mains de Gilles Lherpinière (DVC, 51,12 %).
Un Gricourt puissance 4, Lorgeoux désavoué
À Blois, il n’y aura pas eu de suspense. L’alliance du centre et de la droite n’a pas pris tant au premier qu’au second tour. Avec la fusion de la liste du maire sortant Marc Gricourt et de l’écologiste Nicolas Orgelet, Malik Benakcha faisait face à une équation quasi impossible. Le socialiste (51,74 %) rempile pour six ans devançant Benakcha à 36,14 % (DVD) et Marine Bardet à 12,13 % (RN).
Marc Gricourt réalise la passe de quatre à la tête de Blois. ©JLV
Mais l’attraction de la soirée en Loir-et-Cher, c’était la fin attendue du Lion de Sologne à la tête de Romorantin. Tout comme Laignel, Jeanny Lorgeoux 38,84 % (divers) est écarté de la mairie assez largement et laisse la place à Louis de Redon (DVC, 61,16 %).
Vierzon aux mains de l’extrême droite
Coup de tonnerre à Vierzon : bastion communiste, la ville tombe dans l’escarcelle de l’extrême droite. Yannick Le Roux (47,87 %, union d’extrême droite) devance nettement la candidate de gauche Maryvonne Roux (UDG, 38,92 %). Un basculement d’autant plus marquant qu’un front républicain, un temps évoqué, aurait pu changer la donne. Les 13,21 % d’Ahmed Taoussi (DVC) laissaient entrevoir une autre issue possible.
Ailleurs dans le département, le paysage est plus stable. À Bourges, Yann Galut (53,4 %, UDG) est reconduit sans difficulté face à Mercier (34,25 %, DVD) et un RN cantonné à 12,35 %. Même continuité à Saint-Amand-Montrond, où Emmanuel Riotte (DVD) est réélu avec 42,7 %, devant Antoine Le Vilain (31,6 %, DVG) et Thierry Vinçon (25,7 %, DVD), au terme d’une triangulaire sans véritable suspense.
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