Au théâtre Clin d’œil, à Saint-Jean-de-Braye, Aurélie Audax propose une adaptation du roman Aux Marges du palais de Marcus Malte, publié aux éditions Zulma. La pièce sera présentée les 26, 28 et 29 mars. En amont de ces représentations, la metteuse en scène nous ouvre les coulisses de ce projet ambitieux et évoque les enjeux d’un tel passage du roman à la scène.

Aurélie Audax et Marcus Malte, posant avec le roman Aux marges du palais. Crédit : Bertrand Runtz.
Par Charlotte Guillois.
Comédienne, metteuse en scène et directrice du théâtre Clin d’œil, Aurélie Audax a grandi dans cet univers. Fondé en 1986 par son père, Gérard Audax, le théâtre constitue pour elle bien plus qu’un simple lieu de travail.
Elle le décrit comme « un grand frère et une deuxième maison ». Un espace vivant, exigeant, qu’il faut sans cesse entretenir, protéger et faire grandir. Dès l’enfance, elle y passe ses week-ends, développant un lien intime avec ce lieu chargé d’histoire familiale et artistique. Cet ancrage explique en partie son engagement total dans chacun de ses projets.
Endosser plusieurs rôles : un équilibre délicat
Dans Aux Marges du palais, Aurélie Audax ne se contente pas de mettre en scène : elle est également comédienne. Cette double posture, à la fois sur scène et en coulisses, suppose une forme de dédoublement parfois « troublante ».
Pour maintenir la justesse de son jeu, elle a choisi de se faire diriger par Jacques Hadjaje, metteur en scène et pédagogue. Son regard extérieur lui permet de conserver la distance nécessaire : elle souligne d’ailleurs « la grande bonté » et la précision de son accompagnement.
La pièce est également marquée par une collaboration familiale, puisque Gérard Audax fait partie des six comédiens. Habituée à travailler avec lui, Aurélie distingue clairement les rôles : « le papa et le papa avec qui on travaille ». Cette séparation n’empêche pas une complicité évidente, nourrie par des années de création commune.
Du roman au théâtre
Adapter un roman de plus de cinq cents pages en une pièce d’une heure trente constitue un défi de taille. Pourtant, le projet a été mené en un temps relativement court : un an seulement, contre deux habituellement. « L’année dernière, on a eu un spectacle qui n’a pas pu être joué, à cause de certains problèmes juridiques. Il fallait se relever vite. C’est là qu’on est tombé sur l’œuvre de Marcus, avec qui on avait déjà travaillé grâce à Tu connais la Nouvelle » explique Aurélie.
L’auteur leur accorde une grande liberté d’adaptation. Aurélie Audax fait ainsi le choix de structurer la pièce autour des parcours des personnages, en introduisant des narrateurs pour relayer ce qui ne peut être directement représenté sur scène. L’absence de quatrième mur favorise une relation directe avec le public, et donne au récit un mouvement continu, à la fois intime et collectif.
Ce qui a également plu à Aurélie, c’est la langue de Marcus Malte : « c’est drôle, il y a un côté burlesque, des frasques politiques, des jeux de mots. Le thème du pouvoir et contre-pouvoir est subtil et intelligemment mené, ce ne sont pas juste les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. »
Les personnages, loin d’être manichéens, évoluent dans une zone grise : une baronne violente mais capable de transformer le pouvoir, un boxeur brisé, une nourrice poussée à commettre l’irréparable. Tous interrogent, à leur manière, les limites entre victime et bourreau.
La pièce met ainsi en lumière une double dimension du pouvoir : politique, bien sûr, mais aussi profondément intime.
Entre satire politique et énergie collective
Dans une interview, Marcus Malte résume son roman en disant que « c’est la révolution en se marrant ». Roman d’aventure, farce et pamphlet politique prenant place dans un pays imaginaire, Aux Marges du palais a été écrit en réaction à ce qui s’est passé depuis la crise des gilets jaunes en France. Le texte foisonne également d’instants poétiques qui suspendent le rythme du récit.
Pour adapter un texte aussi long, il faut forcément faire des choix. Pour préserver le rythme et la lisibilité de l’intrigue, certaines dimensions, notamment poétiques, ont dû être réduites. Le travail d’adaptation a nécessité de nombreuses réécritures, notamment pour ramener une première version de plus de deux heures à une durée plus resserrée.
Au-delà de l’adaptation, Aurélie Audax insiste sur la dimension profondément collective du théâtre. Pour elle, une pièce ne prend véritablement sens qu’au contact du public : elle se joue « les yeux dans les yeux ».
Son ambition est donc double : transmettre le plaisir du jeu et susciter l’envie de découvrir l’œuvre originale. Mais aussi inviter à une réflexion plus large sur le pouvoir : chacun en détient une part, et doit en assumer l’usage.
Infos pratiques
Rencontre avec Marcus Malte vendredi 27 mars à 19h à la librairie Volte Pages (Olivet)
Marcus Malte animera un atelier d’écriture les 28 et 29 mars avec Tu Connais la Nouvelle?
Les Cafés d’Eric accompagneront la représentation du dimanche 29 mars
Dates et horaires des représentations :
- Jeudi 26 mars à 19h
- Samedi 28 mars à 20h30
- Dimanche 29 mars à 16h
Billetterie ICI.
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