Municipales à Issoudun : le soir où « Dédé » a perdu « sa » mairie

Ambiance tendue dans le fief d’André Laignel. L’équipe de Julien Dubot a longuement attendu les résultats du dernier bureau, au dépouillement houleux, pour laisser éclater sa joie.
 

À Issoudun, la liste apolitique a eu raison de l’indéboulonnable André Laignel. Photo PB


Par Pierre Belsoeur.


« Dédé, Dédé, Dédé ! » Julien Dubot et ses colistiers savaient qu’ils ne seraient pas les bienvenus en se rendant à la mairie d’Issoudun pour la proclamation officielle des résultats d’une élection municipale historique. De fait, témoignant que cet espace était bien leur domaine réservé, les partisans d’André Laignel accueillirent avec des huées ceux qui venaient d’abattre leur hérault. La gendarmerie veillait à ce que les quelques excités mêlés aux supporters ne fassent pas déraper l’épisode démocratique final, aux abords de la salle Guilpin.

24 voix d’avance

C’est dans cette même salle, accueillant le bureau de vote numéro 1, qu’une trentaine de personnes se sont entassées autour des tables de dépouillement. Dominique Roullet, avec le calme et la distanciation qu’il convient à un maître de cérémonie, avait prévenu qu’il proclamerait les résultats du numéro 1 au terme du dépouillement, mais qu’il faudrait attendre 20h pour avoir les résultats officiels des autres bureaux.

Peu après 18h15, le temps de regrouper les enveloppes sorties des urnes par paquets de cent, le décompte commence. Sur les deux tables, on retrouve tout d’abord le déroulement à l’ancienne « André Laignel, André Laignel, André Laignel… » et puis, au bout d’une dizaine de bulletins, le premier « Julien Dubot » vient perturber un demi-siècle de tradition socialiste. Car ce bulletin n’est pas isolé et bientôt le tas bleu pâle rattrape puis dépasse les bulletins bleus France, la teinte des chemises qu’André Laignel aime porter.

En attendant Jean-Jaurès

De fait, trois quarts d’heure plus tard, lorsque Dominique Roullet annonce la répartition des 298 bulletins dépouillés, la liste Dubot compte 24 voix d’avance. « Pas vraiment significatif, nous confie un scrutateur habitué des opérations de vote, il s’agit d’un bureau de centre-ville votant plutôt à droite. »

Une indication tout de même avant de rejoindre le QG de la liste du challenger, discrètement installé dans les environs de la salle des fêtes. La fièvre a sérieusement grimpé au fur et à mesure que tombent les résultats. « Nous avons 350 voix d’avance et nous attendons les deux derniers bureaux, un qui nous est favorable et l’autre qui ira à la liste Laignel. » Concentré derrière son ordinateur, Julien Dubot ne veut pas crier victoire. L’avant-dernier bureau provoque une salve d’applaudissements, mais il manque toujours le bureau de l’école Jean-Jaurès d’où les représentants de la liste envoient les sons d’une ambiance de dépouillement chaotique. Au téléphone également, la sous-préfète rassure le futur vainqueur, les gendarmes contrôlent la situation, on ne lui volera pas sa victoire.

C’est alors que, près de quarante minutes après tous les autres, le bureau Jean-Jaurès libère l’équipe Dubot, la liste Laignel ne s’y impose que de trois voix !
 

Au QG de Julien Dubot, le résultat de Jean-Jaurès vient de tomber, synonyme de délivrance. Photo Pierre Belsoeur

Les adieux d’André Laignel

Avec la même voix posée, Dominique Roullet confirme la victoire de la liste Dubot en proclamant les résultats officiels. Il manque 376 voix à André Laignel pour filer vers ses cinquante ans de mandat de maire d’Issoudun. Julien Dubot a remercié salle Guilpin son équipe et regretté les dérapages de fin de campagne «… qui ne sont pas de notre fait. La campagne électorale est terminée, il reste un Issoudun et pour nous le plus dur commence. »

Dans la cour de l’hôtel de Ville, un pupitre est dressé et André Laignel prononce son dernier discours de maire. « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres, déclare l’orateur, paraphrasant Churchill, je respecte la démocratie et le résultat de ce vote… mais ». Et André Laignel de regretter les « manœuvres » de ses adversaires pour conquérir le pouvoir et empêcher le maire historique d’aller jusqu’au bout de son projet, souhaitant néanmoins en son absence : « Bonne chance, ma ville, car tu en auras bien besoin ».
 

Les adieux d’André Laignel à « sa » ville. Photo A Belsoeur

 
Une amertume évidente pour un homme qui n’avait jamais connu la défaite municipale. Une amertume probablement aussi de l’homme politique qui perd sa stature nationale. André Laignel a été ministre de François Mitterrand, député de l’Indre, il était encore numéro 2 de la puissante association des maires de France. Une fonction qu’il ne pourra plus exercer évidemment.

Pas de surprise au Blanc ni à Argenton

Gilles Lherpinière avait raté de peu l’élection au premier tour au Blanc. Au second tour, sa liste de droite et la liste de gauche se partagent les voix de la liste divers droite arrivée en troisième position et Lherpinière retrouve son fauteuil avec onze points d’avance.

À Argenton, la liste d’extrême droite avait causé la surprise en devançant nettement la liste de Jean-Baptiste Bourret derrière le socialiste Vincent Millan. Les deux adversaires ont puisé un nombre de voix équivalent dans la liste Bourret qui s’était maintenue si bien que l’écart est toujours de deux cents voix en faveur de la gauche à l’arrivée. Ce scrutin risque de confirmer que le candidat du RN pour les prochaines législatives pourrait bien être Pierre Gentillet qui n’a fait qu’une bouchée d’Alix Fruchon, l’actuelle députée de la 2e circonscription, placée en deuxième position sur la liste de droite.


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Commentaires

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  1. Pas très glorieuse, la situation d’Issoudun, de la part de personnes qui estimaient sans doute, à la façon du moyen-âge, que la mairie était leur fief.
    C’est dur la démocratie !!

  2. Je me souviens de cette déclaration de Dédé en 1981 à l’Assemblée nationale s’adressant à l’opposition : “Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire”. A rapprocher de cette autre de Paul Quilès surnommé Robespaul par le canard enchainé, au congrès de Valence : “il ne suffit pas d’annoncer que des têtes vont tomber, il faut dire lesquelles et le dire rapidement”. Bonne route Dédé…

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