Réunies le 24 mars à la Caisse d’Épargne de Saint-Jean-de-la-Ruelle, des actrices de l’économie sociale et solidaire (ESS) ont dressé un état des lieux des inégalités persistantes et esquissé des pistes pour mieux valoriser la place des femmes dans le secteur.

Le public était au rendez-vous pour assister à la conférence, dont une majorité de femmes. Crédit : CG.
Organisée par la Chambre régionale de l’Économie sociale et solidaire, la conférence a d’abord rappelé le poids de l’ESS dans la région. « L’ESS représente 14 % des emplois privés. Ce n’est pas un petit chiffre », souligne Caroline Dumas, directrice de la CRESS Centre-Val de Loire.
Dans ce secteur, les femmes occupent une place majoritaire : « 66,8 % des salarié·es sont des femmes ». Un constat qui pourrait laisser penser à une forme d’équilibre, mais qui masque en réalité des inégalités persistantes. Certains domaines, comme la santé, l’action sociale ou l’enseignement, restent fortement féminisés, sans que cette présence se traduise pleinement dans les fonctions de direction.
Un besoin de structuration et de mise en réseau
Au-delà du diagnostic, la rencontre a permis de faire émerger une volonté commune : créer un réseau de femmes de l’ESS à l’échelle du Centre-Val de Loire. Sylvie Loire-Fabre, membre du Directoire de la Caisse d’Épargne Loire-Centre, insiste ainsi sur l’importance des parcours et des rencontres dans l’accès aux responsabilités : « J’ai eu la chance de rencontrer des femmes qui m’ont permis de devenir dirigeante ». Elle évoque également l’objectif de cette initiative : « L’idée est de fonder un réseau de femmes de l’ESS dans la région, et de voir si cette dynamique peut prendre ».
Pour Caroline Dumas, ce besoin répond à une réalité partagée : « Nous avons ressenti le besoin de créer un espace pour échanger, débriefer et prendre toute notre place ». Ces espaces sont pensés comme des lieux de réflexion sur la gouvernance, mais aussi comme des leviers pour renforcer la prise de parole des femmes dans le secteur.

Il était possible de se procurer sur place l’ouvrage Matrimoine : ce que nous ont transmis les pionnières de l’ESS (1830-1999) de Scarlett Wilson-Courvoisier. Crédit : CG.
Le « matrimoine » : une histoire à réécrire
L’intervention de Scarlett Wilson-Courvoisier, autrice du livre Matrimoine : ce que nous ont transmis les pionnières de l’ESS (1830-1999), a apporté une dimension historique et critique à la conférence. À travers la notion de « matrimoine », elle interroge l’absence des femmes dans les récits de l’ESS. « Comment un tel écosystème peut-il revendiquer des valeurs d’égalité tout en ayant longtemps maintenu un silence sur la question des femmes ? »
Elle dénonce un phénomène d’invisibilisation durable : « Les femmes ont été considérées comme un non-sujet ». Son travail vise ainsi à « mettre en avant leur contribution à l’émergence de l’ESS » et à redonner une place à ces figures oubliées. En rassemblant de nombreuses trajectoires féminines, elle entend proposer de nouveaux modèles et nourrir une mémoire collective.
Témoignages : transmission, engagement et obstacles
La table ronde a permis de croiser les expériences de plusieurs intervenantes, invitées à évoquer les femmes qui ont marqué leur parcours.
Certaines ont rendu hommage à des bénévoles engagées depuis plus de quarante ans, d’autres à des figures pionnières ayant ouvert les portes dans leurs structures. Ces récits ont mis en avant des valeurs de transmission, d’engagement et de persévérance.
Dans le même temps, les échanges ont fait émerger des difficultés persistantes. La question du plafond de verre, mais aussi celle de la répartition des responsabilités, reste centrale.
Poursuivre la dynamique collective
La conférence a donc ouvert des perspectives concrètes. La création d’un réseau régional apparaît comme un premier levier pour structurer les initiatives et accompagner les parcours féminins. Plus largement, les participantes ont insisté sur la nécessité de poursuivre un travail de sensibilisation et de reconnaissance, en s’appuyant sur des actions concrètes et un engagement collectif.
« On a le pouvoir d’agir en continuant à réseauter, à conscientiser et à porter ces engagements », a ainsi été affirmé lors des échanges. Entre reconnaissance du passé, affirmation du présent et projection vers l’avenir, cette rencontre marque une étape dans la structuration d’une dynamique régionale autour des femmes de l’ESS.
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