Entre arrivée du printemps et passage à l’heure d’été, il y a de quoi voir midi à quatorze heures. Surtout quand le renouveau annoncé dans les campagnes invite souvent à remonter le temps. Il est temps de remettre les pendules à l’heure.
« (…)..Les autres font peur, et la peur ne guérit pas l’égoïsme, elle l’augmente. » Alors que l’on fête cette année dans toute la France et particulièrement en Berry le 150e anniversaire de son décès, George Sand, dans La Mare au diable, ne manquait pas de lucidité dans son approche du genre humain. Le propos est d’actualité alors que le repli sur soi devient un mode de vie plébiscité dans les urnes, là où vont se confondre besoin de sécurité et rejet de ce qui ne nous ressemble pas, ou pas suffisamment à ce qui existait dans une époque magnifiée à l’excès.
Ainsi, dans ce même Berry, la commune de Vierzon, patrie du poète Mac-Nab, vient d’adouber une équipe aux idées peu progressistes portée par un engouement national identique à l’est du Loiret et favorable à des candidatures similaires à Montargis et Amilly. Une tranche de vie sociale et politique propre à faire se retourner dans sa tombe un certain François Béranger, natif de cette dernière ville, prompt à s’demander, « après tant et tant d’années, à quoi ça sert de vivre et tout, à quoi ça sert en bref d’être né ».
Toujours en Berry, ce n’est peut-être pas l’invitation faite par le château de Valençay de célébrer le Second Empire ces 28 et 29 mars avec faste et costume qui soit la plus apte à valoriser la modernité des idées de Georges Sand, adulée à cette même époque. Et d’aucuns y verraient même un étrange clin d’œil au passage au changement d’heure prévu deux heures après la fin du bal, sauf à rester émerveillés à l’issue des projections du jour faites par les lanternes magiques, ancêtres du cinéma. Amateurs de sémantique, certains y noteraient même un superbe pied de nez annonciateur d’un poisson d’avril intemporel mettant le monde à l’heure d’été tout juste une semaine après l’arrivée du printemps.
« Les déceptions ne tuent pas et les espérances font vivre », déclarait encore George Sand. Au vu du dernier scrutin municipal, qui a réduit le nombre de femmes à la tête des mairies, il faudra vraiment avoir de l’imagination pour envisager l’avenir. Et quant à attendre un nouveau souffle venant de la jeunesse, genre « Retour vers le futur », il faudra être très prudent. Car si on apprécie que les deux plus jeunes maires de France ont tout juste 19 ans, on surveillera avec attention les décisions du plus jeune des deux, Yann Traiteur, vainqueur de 5 voix à Nomexy (1 900 habitants) dans les Vosges, en portant les couleurs du Rassemblement national. Le second, Brian Pellerin, aux 20 ans prévus début mai, a été élu à Pré-Saint-Évroult (286 habitants), en Eure-et-Loir, département où est annoncé avant l’été dans la 3e circonscription une législative partielle fort prisée par le même Rassemblement national.
Espérons qu’à cette occasion les électeurs sauront se motiver pour remettre les pendules à l’heure, et offrir aux générations futures un avenir ouvert au monde, loin de tout égoïsme réducteur où chacun se contenterait de voir midi à sa porte.