Dans le Loiret, la quantité de déchets abandonnés dans la nature repart à la hausse selon les chiffres du Département. Face aux dépôts sauvages et aux incivilités persistantes, la collectivité lance une campagne de sensibilisation durant tout le mois d’avril pour faire évoluer les comportements… faute de solutions réellement dissuasives.
La collectivité constate une augmentation des dépôts sauvages sur son territoire. ©CD45
Dans le Loiret, les déchets ne se contentent pas de finir dans les poubelles. Ils s’invitent sur les bas-côtés, colonisent les chemins, s’accumulent là où la nature n’avait rien demandé. Face à ce constat, loin d’être inédit, le Département a décidé de hausser le ton à travers une campagne de sensibilisation, preuve d’incivilités persistantes, coûteuses, et de plus en plus difficiles à contenir. Les chiffres ont le mérite d’être clairs. En 2018, les équipes départementales ramassaient près de 300 tonnes de déchets le long du réseau routier, un pic sur quinze ans. Si depuis la courbe s’était plutôt calmée, le citoyen moyen semble s’être un peu ramolli car depuis 2024, la tendance repart à la hausse. En 2025, ce sont encore 150 tonnes qui ont été collectées.
Une facture qui pique
Surtout, la facture reste salée avec près de 325 000 euros déboursés par le Département l’an dernier. Une somme certes divisée par deux grâce à l’internalisation du ramassage, histoire de rationaliser les coûts. Reste que payer plusieurs centaines de milliers d’euros pour ramasser ce que d’autres ont jeté a de quoi agacer. « Plus de 300 000 euros, ça fait cher les incivilités », souffle d’ailleurs le président du Loiret, Marc Gaudet. Sans compter qu’en période estivale, certains agents y consacrent jusqu’à une journée par semaine. Si certaines zones sont connues des services, les environnements les plus fragiles sont particulièrement surveillés. « On porte une attention toute particulière sur nos espaces naturels sensibles », insiste Marc Gaudet. Leur entretien représente déjà 26 000 euros par an, auxquels s’ajoutent 10 000 euros pour les véloroutes. Et notamment la dernière-née, le long du canal d’Orléans, ouverte en mai 2025. Pensée comme un atout touristique, elle devient un nouveau point noir du territoire, victime des déchets des promeneurs… auxquels s’ajoutent des dépôts plus ritualisés dans les zones isolées.
Sensibiliser… et espérer
Face à ce constat, le Département mise sur une campagne de sensibilisation tous azimuts : clip vidéo sur ses réseaux, affiches sur abribus, interventions dans les collèges, flyers en entreprise, relais dans les déchetteries. Une stratégie inspirée, sans trop le cacher, du voisin de la Seine-et-Marne, où elle aurait « porté ses fruits » selon Hervé Gaurat, vice-président du Département chargé de l’Aménagement du territoire. La collectivité espère faire passer le message et impliquer davantage les communes, en première ligne face aux dépôts sauvages, pour qu’elles deviennent des relais actifs. Mais jusqu’où une campagne de communication peut-elle infléchir des comportements qui relèvent parfois plus de l’habitude que de l’ignorance ?
Casse-tête selon les types de déchets
D’autant que le profil des déchets a évolué ces dernières années. « On retrouve par exemple de plus en plus de mobilier, de pneus et de bouteilles de gaz, observe Hervé Gaurat. Les gens viennent les décharger dans les zones reculées ». Le problème dépasse donc le simple civisme. Certaines filières de traitement, comme pour les pneus, sont coûteuses et contraignantes. En plus d’imposer des limites de volume, les déchetteries n’acceptent pas tous les déchets, ou seulement sous conditions. Alors, certains professionnels ou particuliers préfèrent aller au plus simple, au plus vite, rechignant parfois même à s’informer sur les points de collecte. Pour tenter de coordonner les réponses, le Département espère réunir les acteurs concernés. « Il faut entamer des discussions et monter un groupe de travail avec les différents acteurs. D’ici le mois de juillet, nous allons réunir autour de la table les syndicats des ordures ménagères du territoire et l’association des maires du Loiret pour trouver des solutions », annonce Marc Gaudet.
Mais au milieu des emballages et autres encombrants, un petit nouveau s’est fait une place : le protoxyde d’azote. En 2025, pas loin de 300 cartouches ont été ramassées sur les routes du Loiret, signe d’un usage en hausse, notamment chez les jeunes. Bien qu’un arrêté préfectoral ait été pris en décembre 2025 – renouvelé jusqu’en juin 2026 – sur l’interdiction de la consommation du protoxyde d’azote sous toutes ses formes dans l’espace public, le phénomène progresse.
Après le dialogue, la répression
Aux côtés des élus locaux, les forces de l’ordre se sont organisées. « Nous avons des référents pour les déchets sauvages dans chaque brigade », explique Vincent Damerval, colonel de gendarmerie. Des outils permettent ainsi aux élus de signaler rapidement les dépôts, tandis que le dispositif Protect’Envi accompagne les collectivités. « La lutte contre les dépôts sauvages constitue souvent la première préoccupation des élus en zone gendarmerie », souligne-t-il. Lorsqu’une commune constate un dépôt sauvage, elle peut mobiliser deux leviers : une procédure administrative si l’auteur est identifié (jusqu’à 15 000 euros d’amende) ou une procédure judiciaire avec dépôt de plainte afin d’engager une enquête.
Avec environ 340 millions de tonnes de déchets produits chaque année en France, le Loiret est loin d’être un cas isolé. Si la lutte contre les dépôts sauvages est devenue une priorité pour de nombreux élus locaux, difficile en revanche de mesurer l’efficacité de ces campagnes de sensibilisation sur les auteurs atteints d’incivilités chroniques.
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