Métropole d’Orléans : Grouard sans rival, vraiment ?

Réélu sans difficulté lors des élections municipales à la tête d’Orléans, Serge Grouard semble en position de force pour conserver la présidence de la Métropole. À moins que de nouvelles dynamiques politiques ne rebattent les cartes.
 

Qui pour contester à Serge Grouard le fauteuil de président de la métropole d’Orléans ? Capture Conseil métropolitain


Par Philippe Voisin.


On a l’habitude de parler de troisième tour depuis que le législateur a ajouté une nouvelle couche au millefeuille administratif de la gestion de nos villes. Sitôt les urnes vidées-comptées, on se projette vers les communautés d’agglomérations pour mesurer les rapports de forces. Dans la capitale régionale, sur les vingt-deux communes qui composent la métropole, huit ont changé de maires. Pourtant, le sentiment qui se dégage est la stabilité. Mais, en regardant à la loupe, cette nouvelle assemblée ne sera ni tout à fait la même, ni tout à fait différente.

La nette victoire de Serge Grouard, membre des Républicains jusqu’en 2023 et positionné dans une droite très conservatrice, est la principale raison de cette apparente stabilité. Les colistiers du maire d’Orléans, candidat à sa réélection, seront 27 dans l’hémicycle de l’agglomération, sur les 89 sièges possibles. Cependant, on l’a déjà vu dans la précédente mandature, la personnalité clivante de Serge Grouard, capable de décisions surprenantes et hégémoniques, peut perturber le jeu politique qui lui semble favorable. Après un décompte rapide, on constate en effet que la majorité des autres communes ont des sensibilités plutôt de droite ou du centre.

Un Parisien en embuscade ?

Mais c’est peut-être dans le subtil renouveau des petites communes et leur alliance incertaine qu’un challenger pourrait apparaître nécessaire. On pense bien sûr à Matthieu Schlesinger, maire d’Olivet confortablement réélu au premier tour. Le conseiller d’État, représentant d’Édouard Philippe dans le Loiret, poussé par le sénateur Hugues Saury, avance masqué et refuse de se dévoiler. On l’a déjà vu prendre le costume de frondeur, notamment sur le dossier contesté de l’aménagement du mail. Avec les 6 voix olivetaines, il lui suffit de convaincre 25 élus pour devenir majoritaire. Cette option peut séduire des maires qui se sentent isolés ou oubliés et certains ne s’en cachent pas. Il a le profil, le poids politique, mais en a-t-il l’envie ?

Même s’il reste discret sur son emploi du temps, force est de constater que ce Parisien est difficile à joindre, même dans sa mairie d’Olivet. Cette bataille incertaine face à un poids lourd de la politique représenterait pour lui un test sur sa capacité à rassembler. Cette perspective a l’avantage d’épicer la marmite qui mijote doucement et de reléguer la seule nouveauté de ce scrutin : l’entrée du Rassemblement national qui a qualifié deux élus à Saran et Fleury-les-Aubrais. Insuffisant pour jouer les arbitres, le groupe d’extrême droite profite d’une dynamique nationale pour s’introduire à bas bruit dans nos institutions locales.

Avec un total d’élus équivalent au groupe de Serge Grouard, le poids de la gauche unie a fondu. Elle est minoritaire. Il lui sera difficile de jouer un rôle déterminant. L’historique ceinture rose-rouge au nord de la Loire perd de son influence. Les pertes de Saint-Jean-de-Braye (6 sièges) et de La Chapelle-Saint-Mesmin (3 sièges) sont des revers indiscutables.

« Au travail ! »

Il est remarquable de constater à quel point les politiques communautaires ont été absentes des programmes pour les municipales. Il n’est pas rare d’entendre dans la bouche des élus de communes trop petites ou trop éloignées du cœur de ville que leurs actions sont souvent limitées par le champ des compétences métropolitaines. Exemples : la voirie, les transports et l’eau. Ce n’est pas l’avis de Quentin Jahier, le nouveau maire de La Chapelle-Saint-Mesmin. « Nous voulons profiter au maximum des avantages qu’offre la communauté de communes. Nous voulons une vice-présidence qui pèse ». Passée de gauche à droite, la petite ville de la banlieue ouest qui s’est réveillée le lendemain du 24 mars avec l’un des plus jeunes maires de l’histoire du département (23 ans), affiche fraîcheur et dynamisme. Ce qui se passe dans cette commune en expansion est révélateur d’un besoin de changement pacifique, un signal fort en faveur d’un renouveau des pratiques surannées.

Les premiers mots de l’édile sont brefs et clairs : « au travail ! ». Ouvrir les dossiers des battus, prendre ses marques et se répartir les fonctions… Dans la ville-berceau de l’usine Duralex, l’expérience coopérative pilote menée sur l’ancien site Saint-Gobain est suivie de près par la Métropole. Le nouveau maire en devient donc le nouvel interlocuteur et affirme prendre son rôle avec beaucoup d’attention. Voilà qui peut lui donner une exposition médiatique que seul Serge Grouard avait captée jusqu’alors.

Le tram, gouffre budgétaire

Avec le changement de majorité inattendu en faveur de la droite à Saint-Jean-de-Braye, un rapprochement sur l’axe Est-Ouest pourrait alors se dessiner, notamment autour du SIRCO. Le service intercommunal de restauration collective qui intéresse également la Chapelle-Saint-Mesmin et la nouvelle municipalité de Semoy semble cristalliser les reproches des trois collectivités renouvelées. Elles ont prévu de se concerter.

La séance d’installation de l’assemblée communautaire se tiendra le jeudi 9 avril. L’élection du président à l’ordre du jour doit éclairer le chemin de la nouvelle mandature. Les grands dossiers ne manquent pas : le logement, la gestion des déchets, les mobilités, l’enseignement supérieur et surtout la rénovation du réseau tram à bout de souffle qui va engloutir une grosse partie du budget communautaire. Contre le candidat naturel qui représente la ville-capitale macro-céphalique, la présence d’un concurrent crédible est attendue, voire espérée. Alors, le décompte des voix sera riche d’enseignements.


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