Les Temps Sont En Train De Changer*

De 1965 à 2026, les élections municipales racontent une France qui bascule d’un monde à l’autre. Mémoire qui s’efface, glissements idéologiques et colère déversée sur les réseaux… le pays a fini, lentement mais sûrement, par se transformer.
 

Les municipales 2026 faisaient office de répétition générale pour le Rassemblement national en vue de la présidentielle de 2027. Image d’archives ©Magcentre


Par Fabrice Simoes.


2026. C’est un dimanche de mars et d’élection municipale. Il fait beau ce jour-là. Devant l’apéro du soir et une chaîne d’info régionale, on scrute les moindres résultats. C’est que l’idée même de l’arrivée au premier plan des idées rances fait peine. Le futur nouveau maire de Vierzon est leader d’une liste cataloguée « Union des extrêmes droites ». Une labellisation établie par la préfecture du Cher. Généralement, elle se mouille beaucoup moins que ça. Sur l’écran, il exprime sa satisfaction d’avoir bouté hors de la mairie le communisme et ses vassaux. Intérieurement, il exulte. Il vient de faire virer Vierzon la rouge en Vierzon la brune. À Montargis, « explosion de joie du camp de Côme Dunis » selon la Rep’ du Centre. Si on additionne, avec le succès de Tom Collen-Renaux, à Amilly, cela fait deux candidats RN élus. C’est peu mais plus qu’avant. Pour le coup le Loiret fait mieux que le Cher, même si l’extrémisme est identique. Dans l’Indre, en Indre-et-Loire, en Eure-et-Loir et en Loir-et-Cher, officiellement, le vent du boulet est passé beaucoup plus loin.

Le souvenir d’une gauche conquérante

1977. C’est un dimanche de mars et d’élection municipale. Il fait beau ce jour-là. Devant l’apéro du soir et une chaîne de la télé publique, on scrute les moindres résultats. C’est que l’idée même d’un « Programme commun » toutes gauches confondues donne de grandes espérances. Des villes basculent, d’autres pas. Valéry Giscard d’Estaing et les siens ne sont pas à la fête. Cependant, les vieux du moment (même pas des baby-boomers puisqu’ils sont nés avant la deuxième guerre mondiale) ne sont pas encore convaincus par un quelconque courant de gauche. LO, le parti des travailleurs, Krivine, la ligue communiste révolutionnaire sont à l’extrême. Vraiment ! Cela ne fait pas 7 ans que le général est parti. Il n’est pas totalement froid dans les mémoires, alors les récalcitrants de Mai 68 sont toujours costume-cravatte en avant toute. Les Poujadistes ne sont pas encore suffisamment populistes pour aller au-delà des pas-de-porte. Le socle de l’entreprise ne s’affiche pas derrière un bureau, sur un écran au milieu d’un open space. Là, c’est devant un banc d’une fraiseuse ou les manivelles d’un tour, au pied de l’établi, le bout de ferraille dans un étau et la main sur la bâtarde pour une série de traits mieux croisés que sur un tableau de Soulages.

On vient de passer de 43 heures à 41 heures de travail effectif par semaine. Les 39h vont venir, les 35 aussi. Le FN, déjà puant de suffisance et d’ostracisme, est balbutiant. Il ne s’appelle pas encore Rassemblement national. En ce temps de 3 chaînes publiques et de Télé 7 Jours, Anne-Marie Peysson n’est plus à la télé. Madame Madeleine Duchemin a déjà oublié son émoi d’avoir entraperçu un des genoux de l’ex-speakerine. Pourtant son courroux est passé dans le courrier des lecteurs de son magazine préféré. Elle a l’exemplaire encadré dans sa salle à manger. Les après-midi, entre quelques critiques de “Nous deux”, elle le montre souvent à ses copines de tricot.

Et la petite Duchemin bascula…

Presque 50 ans plus tard, la petite fille de cette brave Madeleine, est cachée derrière son écran d’ordinateur. De mots en mots, frappés rageusement sur le clavier, elle invective les uns et les autres. Un peu par idéologie, un peu par provocation, beaucoup par stupidité. Pas par principe, surtout pas par principe. Et pas à la vue de tous surtout. Elle reste planquée. L’URL c’est mieux que le masque de Guy Fawkes dans V pour vendetta. Identifiable, que nenni, jamais. Les réseaux sociaux ont remplacé les portes de chiottes des WC publics, celles des restos routiers aussi. Avant, elles étaient bien moins visibles. Les écritures étaient en rapport avec la fonction du lieu. Autres temps, autre mœurs. La lecture de ces diatribes de mous du casque a cependant un point positif. C’est un plaisir solitaire, tout aussi jouissif mais ne se pratiquant pas d’une seule main celui-là. Ça ne rend pas plus intelligent. Ça rassure quand même son égo et ne risque pas de rendre sourd quiconque.

1965. C’est un dimanche de mars et d’élection municipale. Il fait probablement beau ce jour-là. Devant l’apéro du soir et l’une des deux chaînes TV de l’ORTF, on scrute les moindres résultats. Depuis plusieurs mois, on entend Dylan chanter The Times They Are A Changing*. L’extrême droite va faire 0,2%. L’extrême gauche passera à 2,8%…


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