Le « Saint Thomas » de Velázquez au cœur du Concours international de piano d’Orléans

Dans le cadre du Concours international de piano d’Orléans consacré au répertoire du XXe siècle à nos jours, l’un des trois premiers tours s’est déroulé les 28 et 29 mars derniers à Chicago au sein de la Roosevelt University. Les premières œuvres inspirées du tableau de Diego Velázquez, « Saint Thomas », joyau conservé au musée d’Orléans, ont été entendues.

 

Lorenzo Soulès, Winston Choi, Aline Piboule à Chicago. Photo : OCI.



Par Jean-Dominique Burtin.



Adeline Delterme, administratrice d’Orléans Concours International et Aurélie Thirot, chargée de production, ont effectué le voyage et ont été notamment accueillies par Winston Choi, ancien lauréat du concours d’Orléans et professeur de piano à l‘université américaine, afin de veiller avec leurs hôtes au bon déroulement de l’épreuve côté artistes et accueillants.

Neuf premiers candidats au Ganz Hall de Chicago


Neuf candidats, venus des États-Unis, du Canada et d’Asie, ont ainsi pu se produire en public dans la belle salle à ton d’ambre, le Ganz Hall du début du XXe avec arcades, de la Roosevelt University, devant le jury du premier tour composé des pianistes Aline Piboule et Lorenzo Soulès.

À noter que ces derniers, durant ce court séjour, donnèrent des master classes en direction des élèves de l’université, université où les deux membres du jury se produisirent, autre belle initiative, dans un récital avec au programme des œuvres de Fauré, Dutilleux, Decaux, Debussy et de Michael Levinas, compositeur sollicité par Orléans Concours International pour écrire l’œuvre imposée en finale de ce concours 2026. Il s’agit de « Paréidolie ». Michael Levinas : « Avec Paréidolie, j’ai souhaité établir, entre le mouvement créateur et le phénomène de transmutation mémoriel de l’écriture, une relation nouvelle avec l’histoire des écritures musicales qui ont déterminé l’évolution du langage et des formes jusqu’à aujourd’hui. »

Le subtil Prix de composition Chevillon-Bonnaud

Parallèlement au concours d’interprétation, le Prix de Composition André Chevillon – Yvonne Bonnaud, organisé depuis 1998 et associé à Radio France, continue de soutenir la jeune création. Pour cette édition 2026, dont la directrice artistique est assurée de touche de maître par Isabella Vasilotta, les compositeurs ont été invités à puiser leur inspiration dans le « Saint Thomas », tableau du peintre espagnol, Diego Velázquez (1599-1660), huile sur toile et joyau conservé au Musée des Beaux-Arts d’Orléans. 
 
Obéissant au règlement, les œuvres de ces compositeurs du Concours sélectionnées sont interprétées par certains candidats lors du premier tour à Chicago, Francfort ou Shanghai. Ainsi aura-t-on pu entendre à Chicago, sur la chaîne YouTube, outre le renversant hors course de délicatesse « Butterflying » (2003) de Elena Kats-Chernin par la pianiste chinoise Yungyung Guo, la « Velázquez Fantasy » du pianiste et compositeur américain Ryan Senger, ou le « Resolve of St Thomas », pièce de Vivian Kok, partition interprétée par le pianiste canadien Hamilton Lau.

Noces de la composition musicale et de l’art pictural

 
Particulièrement séduisant est ce désir de lier la création contemporaine musicale et l’art pictural ou les arts plastiques au sein du concours. Beaucoup se souviendront, ainsi, que la composition d’Hector Parra, « Au cœur de l’oblique », s’était inspirée des œuvres des collections architecturales du Fonds régional d’art contemporain d’Orléans dénommé « Les Turbulences ».
 
Donnée par les candidates et candidats en tant qu’œuvre imposée lors de la finale du concours 2018, elle fut interprétée de manière éblouissante par Maroussia Gentet. De nombreux amateurs d’art se souviendront aussi de ce souriant enthousiasme et de ces instants de grâce partagés ce mardi soir d’octobre 2018 en la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier d’Orléans. À l’occasion de sa soirée Partenaires du salon des Artistes Orléanais, Benoit Gayet, président de l’association avait, avec bonheur, invité Orléans Concours International pour illuminer musicalement cette cordiale et chaleureuse soirée de retrouvailles avec les pianistes lauréats Maroussia Gentet et Takuya Otaki.

 

L’apôtre Saint Thomas, de Velázquez. MBAO Photo JDB.

Velázquez et les musiciens de son temps

 
Défiant l’air et l’art du et des temps, passionnante est la surprenante proposition faite aux candidats en partenariat avec le musée des Beaux-Arts d’Orléans, de s’inspirer du « Saint Thomas » de Velázquez, « le peintre des peintres » comme le surnommait Manet, pour se voir décerner le Prix Chevillon Bonnaud.
 
En vérité, tout fait sens. Car certains se souviendront qu’à l’occasion de l’exposition consacrée à Diego Velázquez au Grand Palais à Paris en mars 2015 est paru le CD, publié sur le label Ricercar, « Velázquez et la musique de son temps ». On y trouve évoquées, avec entre autres la présence du Chœur de Chambre de Namur, les musiques données à la cour d’Espagne sous les règnes de Philippe III et de Philippe IV. Note d’intention : « Héritiers de la tradition des polyphonistes flamands, les répertoires sacrés et profanes assimilent de plus en plus les influences mélodiques et rythmiques des musiques populaires. Tout comme l’attestent les séjours du peintre en Italie, les compositeurs espagnols sont également séduits par les nouveautés du langage baroque de compositeurs italiens ». Romero Mateo, Fernandes Gaspar, Zamponi Gioseffo figureront ainsi, parmi d’autres, sur cet opus.

Au sein du patrimoine orléanais

 
Soulignons par ailleurs que s’est tenue à Orléans, au musée des Beaux-Arts de la cité, du 5 juin au 14 novembre 2021, une importante exposition intitulée « Dans la poussière de Séville… sur les traces du Saint-Thomas de Velázquez », exposition dont Corentin Dury, homme de l’art alors chargé des collections anciennes au musée Beaux-Arts fut le commissaire d’exposition. Tout cela fut accompagné d’un impressionnant catalogue et de délicats pin’s.
 
Aujourd’hui, l’artiste auteur du fameux apôtre « Saint Thomas » (1618) mais aussi de la troublante « La Vénus au miroir » (1650) et de « Les Ménines » (1656), toile où l’on perçoit son autoportrait, permet que nous soient soufflées à l’oreille de nouvelles compositions musicales que l’on pourra continuer  d’écouter au fil du Concours International de piano d’Orléans désormais en route pour Francfort, Shanghai, et bien entendu, Orléans.

La suite des épreuves du concours

 
À Francfort, Allemagne
Premier tour du 11 au 12 avril  2026
16 candidats.
 
À Shanghai, Chine
Premier tour les 16 et 17 mai 2026
11 candidats
 
À Orléans
Deuxième tour du 27 au 29 octobre 2026
Salle de l’Institut
Épreuve finale le 31 octobre 2026 au Théâtre d’Orléans avec la participation de l’Ensemble Intercontemporain
 
À Paris
Concert des lauréats
Le 2 novembre 2026.
Théâtre des Bouffes du Nord
 
En savoir plus : www.oci-piano.com
 

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