« Plus fort que moi » : un film trop sage pour expliquer une folle maladie

Kirk Jones raconte dans son film Plus fort que moi l’histoire de John Davidson, un Écossais atteint de la maladie de la Tourette. John s’est battu toute sa vie pour expliquer ce mal, pour dire qu’il n’y était pour rien. Le film est un peu terne malgré des acteurs formidables. Mais la puissance de l’histoire emporte la mise.

John avec sa mère. Photo Tandem Films.



Par Bernard Cassat.


Le syndrome de la Tourette est un dérèglement neurologique déroutant qui se manifeste par des tics d’attitudes et de langage. John Davidson a grandi avec ce syndrome et l’a subi toute sa vie. Il a essayé de l’expliquer au public, pour soulager tous ceux qui en sont victimes. Cette campagne a même été récompensée par la Reine. Plus fort que moi raconte cette vie difficile mais enthousiasmante.

Le film de Kirk Jones est tout de même très didactique. Il part de l’enfance de John, chez lui, avec des parents un peu rigides, surtout sa mère. Ils n’acceptent pas les premiers symptômes chez leur fils ado. Il faut dire qu’ils sont sévères : John hurle des insanités, crache en mangeant, ce qui oblige sa mère à lui donner ses repas seul devant la cheminée. Et puis à l’école, les moqueries puis le harcèlement des autres élèves deviennent intenables.

Avec Dottie (Maxine Peake) qui devient sa deuxième mère. Photo Tandem Films.


John ne peut contrôler des cris et des injures dans les magasins, par exemple, ce qui devient un réel problème social. Il est suivi par des médecins qui lui donnent des médicaments puissants, et pas très efficaces. C’est par le biais d’un ancien ami qu’il rencontre sa mère Dottie. Une infirmière psychiatrique, elle-même prise dans un enfer médical. Elle commence à s’en occuper, le prend chez elle et tente de lui faire arrêter les médicaments qui l’étouffent pour rien. Et surtout, elle lui dit qu’il n’a pas à s’excuser de ses sorties libidineuses. Dottie le pousse à travailler. Tommy Trotter, le gérant d’un centre social et la deuxième personne ouverte du film, le prend comme assistant. John trouve alors une place sociale qu’il n’avait pas encore et qu’il cherchait.

Tommy (Peter Mullan) l’embauche au centre social. Photo Tandem Films.


Le film de Kirk Jones, dans un style très classique, nous raconte presque cliniquement cette histoire. Dans une esthétique assez terne qui convient bien aux années 80, celles de l’enfance de John, Jones endosse la croisade de John pour représenter sur l’écran ce que John voulait expliquer aux institutions, police, école, juges. Plusieurs situations lui ont effectivement été fatales. Car non seulement il avait des sorties verbales inacceptables pour le sens commun, mais aussi parfois des gestes incontrôlés qui le faisaient frapper son voisin. D’où des effets soit drôles, soit tragiques. Le film n’en rajoute pas dans le côté comique, sans pour autant l’occulter. Lorsque John est au tribunal et qu’il traite le juge de « con » au lieu de jurer sur la Bible, il y a évidemment un effet comique. Ou lorsque Tommy, pour le tester, lui demande d’installer des chaises dans la salle pour accueillir des collégiens, et qu’il sort « je suis pédophile », là aussi le comique domine. Dans les bistrots, c’est très difficile. Il s’est donc fait tabasser par un voisin de comptoir sur lequel il avait lancé son verre. Hôpital, etc. Dottie une fois de plus le sort de là, mais il craque. Trop c’est trop. Il est fatigué de cet état de perte permanente de contrôle. C’est pour cela qu’il décide de parler de sa maladie, de l’expliquer.

Les rapports sociaux, surtout avec les autorités, sont difficiles. Photo Tandem Films.


S’il n’a pas une grande originalité de mise en scène, Jones a parfaitement réussi son casting. Robert Aramayo dans le rôle de John fait une prestation impressionnante. Le rôle était une gageure à tenir, entre les tics physiques et la diction de ces sorties involontaires forcément différentes du langage habituel. Il est totalement crédible dans son interprétation, et fait en plus passer des sentiments sous-jacents, l’épuisement quand c’est trop ou la fierté devant la Reine. Et les deux rôles qui l’entourent, Dottie (Maxine Peake) et Tommy (Peter Mullan), apportent leur générosité, leur compréhension et leur empathie avec brio. Ils poussent le film vers ce côté feel good qui plaît au public. Surmonter un tel handicap est évidemment enthousiasmant, surtout de la manière dont John le fait. Mais le film manque vraiment d’originalité. Les images retracent l’histoire, et c’est tout. Or un film réussi est tout de même plus qu’une histoire…


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