Le nouveau temps fort du CDN d’Orléans : « La Biennale », un théâtre hors les murs

Comme son nom l’indique, La Biennale aura lieu tous les deux ans. Avec cette première édition, le CDNO s’échappe du théâtre pour envahir la ville et ses alentours. Les pièces sont ainsi pensées pour un lieu précis, en lien avec son architecture, son histoire ou son usage. Un temps fort qui invite à regarder autrement ces lieux que l’on parcourt au quotidien sans vraiment y prêter attention.

Qui aurait cru qu’un champ agricole puisse attirer autant de spectateurs ? Crédit : Harold Abellan, à Girona.

 

Par Charlotte Guillois.


« La Biennale est en quelque sorte le pendant de La Caverne », explique Émilie Rousset, directrice du Centre dramatique national d’Orléans. Ce temps fort, qui a eu lieu en février dernier, visait à investir le théâtre de fond en comble, tandis que la Biennale, prévue en mai, a au contraire pour objectif de sortir du théâtre.

Pour Émilie Rousset, « l’art peut être partout, et pour tout le monde. » Cette conviction s’incarne dans ce nouveau projet, où le théâtre n’attend plus le public, mais va directement à sa rencontre dans des lieux qu’il côtoie au quotidien. Investissant des espaces très variés, de la ferme maraîchère de Solembio – Jardin de Cocagne, au centre commercial Place d’Arc, en passant par le musée des Beaux-Arts, les amphithéâtres de Polytech Orléans et du lycée Jean-Zay, les pièces de la Biennale promettent de transformer notre regard, aussi bien sur ce qui nous entoure que sur le théâtre en lui-même.

Retour sur les bancs de la fac avec Désordre du discours. Crédit : Marc Domage.

Investir les lieux institutionnels : un théâtre au cœur du savoir

Au musée des Beaux-Arts d’Orléans, l’enseignante en histoire de l’art et comédienne Hortense Belhôte donne rendez-vous, avec « Portraits de famille », pour une conférence performée sur les oublié·es de la Révolution française. Le moment promet d’être « très drôle et documenté », selon les mots d’Émilie Rousset. Inspiré par les œuvres du musée, le spectacle s’annonce aussi immersif qu’engagé.

D’autres institutions a priori sérieuses ont ouvert leurs portes au CDNO : les amphithéâtres de Polytech Orléans et du lycée Jean-Zay. Au programme : « Désordre du discours » de Fanny de Chaillé, d’après la leçon inaugurale prononcée par Michel Foucault au Collège de France en 1970. L’objectif est de revivre l’époque foisonnante des années 1970 et de redonner corps à cette parole dont il ne reste qu’une trace écrite.

Quant à « Transformations Opéra Radio » d’Adeline Rosenstein, la pièce fait figure d’exception puisqu’elle sera jouée au Théâtre d’Orléans, sur le plateau de la salle Barrault. En partenariat avec Radio Campus Orléans, elle sera à la fois jouée et diffusée sur les ondes. À mi-chemin entre l’opéra et le podcast, grâce à des cabanes acoustiques, ce projet musical propose également de faire revivre la mémoire de femmes oubliées lors des périodes révolutionnaires de leurs pays.

Porter un nouveau regard sur le centre commercial avec L’Âge d’or. Crédit : Marie Brocher.

Faire surgir le théâtre là où on ne l’attend pas

« Sortir du bâtiment, c’est aussi sortir des codes de l’institution », déclare Émilie Rousset. La Biennale propose ainsi des « œuvres singulières et inventives, qui font surgir de la poésie là où on ne l’attend pas, posent des questions et déplacent nos repères. » Et s’il est bien des lieux où on ne s’attend pas à voir du théâtre, ce sont un champ agricole et un centre commercial.

Pourtant, l’association Solembio – Jardin de Cocagne est l’un des partenaires de ce temps fort. Émilie Rousset et Caroline Barneaud y présenteront leur pièce « Alouettes – pièce de champ », créée en Suisse avec un agriculteur local. Il s’agit d’une première française, accompagnée d’une rencontre avec des chercheurs et d’une dégustation. Munis de casques audio, les spectateurs sont invités à regarder différemment le paysage qui les entoure.

Autre partenaire inattendu : le centre commercial Place d’Arc. Dans « L’Âge d’or », le duo suisse Igor Cardellini et Tomas Gonzalez propose une visite guidée performée de la galerie marchande, également à l’aide de casques. Une expérience qui invite à « ausculter notre rapport au capitalisme » et à « traverser autrement cet espace dédié à la consommation. »

Ainsi, grâce à La Biennale, les rôles s’inversent : ce n’est plus le public qui se déplace au théâtre, mais le théâtre qui vient à sa rencontre. Le mois de mai s’annonce dense. Si le CDNO prévoit déjà de renouveler l’expérience dans deux ans, la saison prochaine devrait s’adresser davantage aux enfants et aux jeunes adultes. Vivement l’année prochaine – mais surtout, vivement mai !

Plus d’infos autrement :

Avec « Aux marges du palais », le rire s’invite au cœur de la révolte

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