Élections à Tours Métropole : le club des notables a parlé

À une voix près, Frédéric Augis conserve la présidence de Tours Métropole face au maire de Tours Emmanuel Denis. Un résultat serré qui masque à peine des semaines de tractations en coulisses et révèle une gouvernance toujours dominée par les équilibres entre notables.



Par Joséphine.


Ce 9 avril avait lieu la désignation du président, des vice-présidents et des membres du bureau exécutif de Tours Métropole. Dans une ambiance comme souvent lunaire dans cette auguste assemblée, c’est davantage les pourparlers en coulisses que la démocratie qui ont été célébrés. Car depuis presque deux mois, soit bien avant le premier tour des municipales, les écuries politiques tourangelles se préparaient aux élections métropolitaines, aux calculs sur les équilibres à trouver et sur les postes à distribuer.

À droite, l’habituelle guerre des chefs ?

À droite, les rumeurs de ces derniers temps faisaient état de deux pré-candidatures : d’un côté la droite dure LR avec Frédéric Augis – le président métropolitain sortant –, de l’autre côté, le plus lisse et LR-à-la-papa Cédric de Oliveira. On imagine d’ailleurs très bien l’ambiance cordiale de cette sorte de primaire de la droite, Augis ayant traité De Oliveira de « sale portugais » en marge d’une séance du conseil métropolitain en 2023, ce qui lui a d’ailleurs valu une condamnation au pénal en 2024 pour « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique » et « injure publique à caractère racial par personne dépositaire de l’autorité publique ». Mais au-delà des questions personnelles, cette opposition reflèterait également les tensions internes à la droite métropolitaine, certains élus de petites communes critiquant depuis des années les méthodes de gouvernance d’Augis, ce dernier se plaignant à l’inverse de la mollesse et de la médiocrité de quelques-uns de ses petits camarades.

Finalement, c’est Philippe Briand, la baronissime figure tutélaire de la droite locale et l’un des pères fondateurs de la Métropole, qui sifflera la fin de la récré, poussant à trouver une solution pour ne pas laisser les clefs de la collectivité à la gauche. Selon certains, l’accord trouvé comprendrait une première phase de présidence de la métropole pour Augis jusqu’aux sénatoriales de 2029, date à laquelle il pourrait partir au Palais du Luxembourg, laissant sa place à De Oliveira, toute en cédant « sa » mairie de Joué-les-Tours à Judicaël Osmond qui pourrait ainsi préparer idéalement sa candidature aux municipales suivantes, lui qui cumule déjà un mandat au Conseil Départemental tout en travaillant chez… Citya, une des boîtes de Briand.

Les rumeurs sur la fatigue d’Augis et sur sa volonté de partir souffler un peu au Sénat ne sont pas récentes, mais il est vrai aussi que les places seront chères en 2029 et qu’il faut qu’un des deux sénateurs sortants de droite – Vincent Louault ou Jean-Gérard Paumier – accepte de s’effacer. Et ça, c’est loin d’être acquis. Il est également possible que le deal métropolitain à droite repose sur le soutien des réseaux Briand à Cédric de Oliveira afin de garantir sa place d’influent président de l’association des maires d’Indre-et-Loire, voire pour l’aider à prendre la présidence du Conseil Départemental en 2028. Mais bon, l’eau des présidentielles 2027 aura coulé sous les ponts tourangeaux d’ici là, et ces accords officieux n’engagent que ceux qui y croient.

En tout cas, lors du vote de ce jeudi 9 avril, même si la discipline a primé et qu’Augis a été élu président comme prévu, deux voix de droite manquaient à l’appel. Manquait aussi la voix du seul conseiller métropolitain RN, Aleksandar Nikolic, démissionnaire et absent, qui avait tout de même pris soin de préciser à la presse que s’il avait été présent, il aurait voté Augis, manière de continuer la stratégie lepéniste locale d’appeler à une union des droites.

Une gauche anachronique ?

De son côté, Emmanuel Denis n’a pas reproduit sa promesse de 2020 de ne pas cumuler les mandats de maire et de président de la Métropole. Il a donc préparé sa candidature métropolitaine bien en amont, d’autant plus que les querelles Augis-De Oliveira pouvaient laisser penser qu’une droite fracturée offrirait un boulevard à la gauche.

Pourtant, Denis n’était pas la seule hypothèse à gauche, notamment avant les camouflets de Chambray, Joué et Saint-Pierre, quand le scénario d’une présidence socialiste de la Métropole – celle de Thierry Chailloux – était à l’étude. Mais le 22 mars au soir, il a fallu revoir les plans face à l’évidence : la métropole resterait à droite et l’attitude de certains socialistes ou apparentés – le PS dissident Romain Vilaud à Joué, l’ex-PS Christian Gatard à Chambray ou le PS Cyrille Jeanneau à Saint-Pierre – a empêché la gauche de faire des scores un peu plus élevés et de grappiller les deux sièges au conseil métropolitain qui manquaient pour prendre la présidence.

Les jours suivant le 22 mars, lors des premières rencontres discrètes entre la gauche et la droite pour commencer à discuter des équilibres et des répartitions de postes, il a été un moment question de 12 vice-présidences pour la droite et 8 pour la gauche. Petite douche froide. À tel point d’ailleurs que certains ténors du centre-gauche ont commencé à défendre une stratégie consistant à laisser Augis comme seul candidat à la présidence afin de négocier un équilibre à 10 vice-présidences par bloc, évitant à tout prix le fiasco de 2022 et la politique métropolitaine de la chaise vide à gauche. Les discussions ont continué très régulièrement, y compris pendant plusieurs heures le jour même de l’élection métropolitaine, aboutissant finalement à une candidature Denis et à une répartition 10/10 jugée satisfaisante, le maire de Tours qualifiant même la soirée de « belle défaite ».

Et on le comprend, car la soirée a également fait office de troisième tour de la municipale tourangelle, permettant de satisfaire l’aile droite de la liste Denis qui ne voulait pas de fusion avec LFI au second tour, tout en assurant des postes exécutifs à pas mal d’écologistes et apparentés des « Cogitations Citoyennes » qui avaient dû laisser leurs places aux Insoumis afin de conclure la fusion dans la nuit du 15 au 16 mars.

Démocratie représentative de basse intensité

Le bilan du processus est donc aigre-doux pour les citoyens qui ont voté aux municipales : aucun débat, aucune confrontation de programme mais juste des petits discours liminaires des candidats Augis et Denis suivis du vote pour les vice-présidences, sans prise de parole des candidats et avec une assemblée où élus de droite et de gauche avaient déjà la liste des personnes pour lesquelles voter afin de confirmer les choix réalisés lors des réunions secrètes tenues en amont.

Résultat ? 10 femmes élues vice-présidentes ou membres du bureau exécutif sur les 34 postes à pourvoir. Les socialistes qui ne comptent que 7 élus métropolitains obtiennent 2 vice-présidences et une place au bureau exécutif ; deux membres du confidentiel club tourangeau « En Avant Citoyen.ne.s » dont il est très difficile d’évaluer le poids politique obtiennent deux postes exécutifs. Par contre, le bloc le plus à gauche à la métropole qui compte 10 élus dont 6 Insoumis n’obtient rien du tout, laissant plus de 10 000 électeurs sans représentants dans une collectivité pourtant essentielle, au nom de l’exigence de la droite de « lutter contre les extrêmes », exigence de fait acceptée par écologistes et socialistes, soucieux avant tout de défendre des positions.

Enfin, malgré les engagements en off d’Augis de ne pas autoriser cette possibilité, des élus de droite défaits aux municipales ont tout de même brigué des postes exécutifs : Christophe Bouchet et Thibault Coulon. Seul ce dernier a réussi à se faire élire comme délégué à la politique aéroportuaire, battant un socialiste qui convoitait pourtant ce poste mais qui n’a pas été soutenu par toute la gauche, loin de là. Un homme battu dans les urnes sera donc aux commandes sur des questions politiques. Ainsi va la métropole.

Les traditions ancestrales sont donc intactes, Philippe Briand est troisième Vice-président dans l’ordre protocolaire, le socialiste Jean-Patrick Gille est également Vice-président, lui qui vantait encore il y a quelques semaines les bienfaits de la gouvernance métropolitaine commune, minimisant de manière délirante les problématiques judiciaires de la dernière mandature – condamnations pour escroquerie et financement illégal de campagne de Philippe Briand, pour violences de Wilfried Schwartz et pour injure raciste de Frédéric Augis –. Quelques élus dont Augis, Gille, De Oliveira, Gagnaire, Droineau, Chevillard et Haas cumulent trois mandats : Métropole, Ville et Département ou Région.

Bref, l’essentiel est que tout soit désormais rentré dans l’ordre pour reprendre les choses comme à l’habitude, entre gens de bonne compagnie, discutant de grands projets entre la poire tapée et le fromage de chèvre.


Plus d’infos autrement :

Doctor Frédéric et Mister Augis

Commentaires

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  1. Bouchet n’a pas été évincé, il n’a juste pas été élu dans l’exécutif ce qui, en tant que candidat d’une opposition municipale, est assez logique.
    De par sa position politique, son caractère et la passif ville centre/périurbain à droite, il a juste pas fait le plein de voix.

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