L’épisode assez pathétique de l’élection des vice-présidents à Tours-Métropole et le sketch judiciaire de ces derniers jours ressemblent de plus en plus à l’épilogue de la guerre des droites, guerre locale commencée en 2017. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le requiem devient cacophonie.

Casse-tête métropolitain
Le 9 avril dernier, dans la foulée des élections municipales, le conseil communautaire de Tours-Métropole se réunissait afin d’élire ses vice-présidents et son bureau exécutif. Comme d’habitude en Touraine, tout s’est joué bien avant en coulisses entre notables, la séquence a d’ailleurs été couverte par Magcentre. Dans la répartition des postes imaginée par les leaders des deux camps en présence – Frédéric Augis pour la droite et Emmanuel Denis pour la gauche –, il était question de laisser la 19ᵉ vice-présidence de la Métropole à Christophe Bouchet, le candidat de la droite défaite à Tours.
Seulement, problème : la gauche avait déjà annoncé qu’elle ne souhaitait pas, pour des raisons de représentativité démocratique et pour ne pas reproduire les errements du mandat précédent, que des membres d’oppositions municipales intègrent l’exécutif métropolitain, le cas de Bouchet contrevenait donc à ce principe. Mais parallèlement, Augis savait aussi qu’il aurait besoin de toutes les voix de la droite pour gagner la présidence, y compris des 9 bulletins de Bouchet et de ses proches au Conseil métropolitain. Comment faire ?
La défaite amère
Alors que la situation semblait inextricable, une divine surprise est alors opportunément intervenue le 9 avril : tout se passait comme prévu pour l’élection de la présidence et des 18 premiers vice-présidents. Puis, lorsque le tour de l’élection de Christophe Bouchet est arrivé, patatras, un candidat lève la main et se présente contre lui, le maire de la petite ville de Chanceaux-sur-Choisille. Moment de stupeur et de gêne dans l’auguste assemblée… puis dénouement carrément tragique : Bouchet ne fait pas le plein des voix de son propre camp et se fait ravir le poste promis. C’est la principale lieutenante de Christophe Bouchet qui en parle le mieux le lendemain sur les réseaux sociaux : « Nous savions que le risque était grand d’être les dindons de la farce mais nous espérions que les négociateurs des deux camps tiennent parole, ou à défaut, fassent preuve de décence et nous préviennent en amont des votes. La suite est connue. Une mise à mort publique sans aucun respect pour l’homme. Une déshumanisation glaçante. Ce n’était pas une humiliation mais une exécution. »
La suite fut un peu agitée. Colère de Bouchet. Passages médias où Bouchet brocarde le « clientélisme » tourangeau, les magouilles du « système », la « tambouille permanente », les « petits arrangements », la « soupe tourangelle », les « bidouillages d’alcôve » et « des accords toxiques qui stérilisent le territoire ». Dépôt d’un recours par Bouchet devant le tribunal administratif d’Orléans pour contester la soirée d’élection à la Métropole sur la base d’irrégularités telles que « l’absence d’appel » et un « émargement intervenu après le vote ».
La NR m’a tuer
Particulièrement remonté contre la Nouvelle République, Christophe Bouchet multiplie alors les publications douteuses sur Facebook, affirmant que le journal local l’a « lynché », « tué sans procès », s’est « essuyé les pieds » sur lui, l’a « inhumé », « étouffé », « enseveli », le tout sur ordre de la direction de la NR, sous les « rires, vivats et crachats de la rédaction en transe ». Rien que ça.
Il met également en cause nommément certains journalistes de la NR, les accusant de partis pris et de manquements à l’éthique, les comparant pour les ridiculiser à des personnages de BD – « Martine », « Robert Bidochon » ou « Tintin des Prébendes » –, mais aussi à « Robes-Pierre » qui « coupe les têtes » et pond « des papiers à la hache ». Des « creuseurs de tombes », « fossoyeurs », « maîtres de cérémonies des Pompes Funèbres Intercommunales ». Ces charges sont d’autant plus choquantes que Christophe Bouchet est journaliste de formation, il sait donc parfaitement ce qu’il fait, même s’il a quitté la profession il y a fort longtemps, préférant la communication, le management sportivo-immobilier et la rente.
Au fond, ce que Bouchet prend très mal, c’est que l’on ne parle que de ses défaites à lui, sans mettre en avant qu’il est resté fidèle à ses principes en ne s’alliant pas avec le RN, alors qu’« Emmanuel Denis a perdu trois fois de suite (sur trois tentatives maladroites) pour accéder à la tête de la Métropole » et qu’il ne doit sa « victoire municipale aux mains sales qu’à son alliance avec l’extrême-gauche LFI et grâce au maintien du RN ». Et toc !
Recours d’école
Mais la séquence est carrément entrée ces dernières heures dans une phase surréaliste qui confine au sublime : Christophe Bouchet a annoncé le 2 juin retirer son recours au tribunal administratif pour ne « pas ajouter du bazar au bazar » et puis, « les mêmes causes produisant les mêmes effets, à la fin, on aurait abouti à des accords politiques qu’on n’aurait pas plus maîtrisés. Il y avait peu de chances d’échapper à quelque chose d’équivalent », déclarait-il à Ici Touraine, affirmant en plus avoir subi des pressions, sans plus de précisions. Le lendemain 3 juin, on apprenait que le fameux recours… n’avait pas été retiré dans les délais légaux, si bien que le tribunal administratif l’a bel et bien examiné comme prévu et… l’a rejeté, le considérant comme infondé. Oups.
Frédéric Augis a immédiatement surfé sur le camouflet dans un communiqué, voyant dans la manœuvre « une tentative de mise en scène destinée à masquer la défaite judiciaire annoncée » de Christophe Bouchet. Ce dernier, de nouveau sur Facebook, se lance alors dans une réponse de haute voltige pour tenter de sauver la face. Bouchet laisse entendre qu’Augis a déclaré que l’annulation du recours n’avait pas été déposée, ce qu’il dément captures d’écran à l’appui. Sauf qu’Augis a juste dit que l’annulation du recours était hors délai, pas qu’elle n’avait pas été déposée. Le procédé grossier donne tout de même l’occasion d’un nouveau règlement de comptes, Bouchet adressant à Augis un « vous n’avez décidément ni les épaules ni le savoir-vivre, ni le sang-froid pour conduire une institution comme la nôtre. Que peuvent penser les Tourangelles et les Tourangeaux d’être par vous représentés ? »
En tout cas, en off, plusieurs figures de l’opposition de droite de Tours qui s’étaient rangées derrière Bouchet pour les municipales commencent à prendre leurs distances, ne voulant pas faire les frais de la « chute » de leur ex-champion, ce que rapporte carrément le directeur départemental adjoint de la NR dans un édito, visiblement irrité des saillies de Bouchet contre le journal et son équipe.
10 ans de guerre des clans
En fait, ce qui se joue en arrière-plan, c’est toujours et encore la suite de la fracture de la droite tourangelle UMP/LR à la suite du départ de Serge Babary au Sénat en 2017. A l’époque, le tout-puissant baron local Philippe Briand et son n-1 Frédéric Augis avaient soutenu la candidature de Céline Ballesteros aux législatives de juin 2017 puis de Xavier Dateu pour remplacer Babary en octobre de la même année, provoquant un mouvement de protestation interne dans le parti, certains n’étant pas très heureux que tout cela se passe par cooptation sans réelles consultations. Quelques frondeurs LR ont alors décidé de savonner la planche de Ballesteros qui sera éliminée au premier tour avec 13 % des voix, puis de soutenir la candidature du radical-valoisien Christophe Bouchet, qui finira par battre Xavier Dateu au sein du Conseil municipal.
La fracture LR reste encore béante en 2020, la grande famille partant divisée aux municipales, avec d’un côté le tandem dissident et revanchard Dateu/Ballesteros, de l’autre les LR ex-frondeurs toujours rangés derrière Bouchet. Tous finiront par perdre, mais surtout Ballesteros et Dateu, éliminés au premier tour avec moins de 5% des voix. Dur.
Et ces derniers mois, en amont des municipales 2026, les fractures de la droite ont refait surface, avec les mêmes protagonistes. Certains sont carrément partis à l’UDR et ont pactisé avec le RN, c’est notamment le cas de l’inénarrable Céline Ballesteros, entre deux liquidations judiciaires. Mais d’autres sont entrés en compétition pour obtenir l’investiture LR aux municipales, sur fond de tensions à l’échelle nationale. D’un côté Olivier Lebreton, le poulain de Briand et Augis, plutôt des pro-Wauquiez, de l’autre, les cathos pro-Retailleau du coin, favorables à l’idée de soutenir une nouvelle fois Bouchet, histoire aussi de faire la nique à Briand et Augis.
Retournement de situation
On connaît le résultat en deux temps de la guéguerre : ce sont les pro-Retailleau qui ont d’abord eu gain de cause et qui ont permis à Bouchet d’avoir le logo LR sur ses affiches, obligeant Lebreton à se coucher. Mais ensuite, avec la défaite de cette stratégie aux municipales, ce qui s’est passé le 9 avril à la Métropole, c’est un énième match retour. Augis et Briand ont réussi à avoir la peau de Bouchet et entendent désormais mettre sur la touche les retaillistes afin de donner à Olivier Lebreton le rôle de leader de l’opposition municipale à Tours.
Habile manœuvrier qui a su tourner à son avantage les guerres fratricides à droite depuis 10 ans, Christophe Bouchet semble désormais à bout de souffle. Ses outrances, sa victimisation permanente, ses attaques sur la vie privée voire les injures en Conseil municipal ne font plus recette. Et en coulisses, il y a du monde sur la corde à linge, comme disait autrefois NTM.
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