Les Oeuvres Universitaires du Loiret (OUL) font partir en classe de découverte ou en colonie de vacances près de 20 000 enfants du Loiret tous les ans. Sa fondation remonte à 1936, dans l’énergie du Front populaire et sous le patronage de Jean Zay. En fêtant ses 90 ans, l’association souhaite perdurer le plus longtemps possible en gardant ses deux fondamentaux : la laïcité et la mixité sociale.

Découverte de la forêt aux Caillettes. Photo OUL
Magcentre : On pense au Crous chaque fois que l’on entend Oeuvres Universitaires…
Mathieu Jobert, directeur général de l’OUL : On n’a rien à voir avec l’université. On a un siège social à Orléans, et 10 centres répartis en France. On n’est affilié à aucune autre association. Notre mouvement, c’est l’OUL. Sans chapeautage national. Le Crous, ça n’a rien à voir avec nous.
Philippe Rappeneau, président de l’association : Historiquement parlant, l’OUL était une filiale des PEP, Pupilles de l’enseignement public. Notre spécificité, c’était les colonies de vacances. En 1967, je crois, l’une des AG a décidé de se séparer des PEP. C’est là qu’on a pris notre nom OUL pour les colonies de vacances. En fait c’est Jean Zay qui, en 36, avec tout l’élan de l’éducation populaire, a initié le mouvement. On est issu de ça.
L’OUL s’inscrit dans la mouvance affirmée de l’école laïque ?
PR : Délibérément. Avant 36, il y avait des colonies de vacances et des patronages. Le scoutisme aussi était important. Mais ce mouvement est le fils des congés payés, de l’émancipation des familles, des premières colos de vacances. En 38, c’est Jean Zay qui inaugure le centre des Sables-d’Olonne. On se situe délibérément dans le prolongement de l’école publique. C’est notre crédo. Si les écoles privées veulent venir dans nos centres, on ne va pas les en empêcher. On n’est pas sectaire.

Jean Zay assiste au départ des enfants pour la colonie des Sables-d’Olonne. Photo OUL
MJ : Après-guerre, à partir de 45, les colos ont pris de l’essor parce qu’il fallait remettre en forme les enfants au sortir de la guerre. Et même pendant la guerre, l’activité ne s’est pas complètement arrêtée. À Souesme, par exemple, propriété de la ville d’Orléans, on accueillait les gamins pour les remettre sur pied. Et puis les premières classes de découverte, c’étaient des classes de neige, en 57. Elles duraient plus longtemps. C’étaient des pionniers.
Combien d’enfants emmenez-vous en découverte ?
MJ : 15 000 enfants par an et 4 000 en colo, été comme hiver. Les centres de montagne sont ouverts de janvier à octobre. On a une amplitude d’ouverture importante. Sur les centres du bord de mer, c’est de mi-février à fin octobre.

Randonnée à Lanslevillard. Photo OUL
Comment fonctionne le personnel salarié ?
MJ : Les directeurs de centre sont salariés à l’année. Ce sont eux qui recrutent. On est complètement autonomes question organisation. Tous les repas sont faits sur place. Et on est très attachés à la qualité de la nourriture, du local, etc. Donc on a des équipes de cuisine, des équipes de services. Et puis notre gage de qualité, ce sont nos animateurs. 400 personnes en tout, 102 équivalents temps plein pour les animateurs ! Donc une petite entreprise.
PR : Mais on reste une association à but non lucratif. On essaye d’équilibrer nos comptes. On ne reçoit de subvention de personne. Ni de l’État, ni de l’Éducation nationale. Du Conseil départemental, on a une aide aux familles, mais qu’on est chargé de répartir auprès des familles. On a un budget de fonctionnement de l’ordre de 8,5 millions.

Initiation à la voile. Photo OUL.
Et les prix payés par un enfant ?
MJ : Au début, en 67, on avait des séjours longs, trois semaines. Maintenant, c’est devenu très rare, à cause du coût de la vie. Et de la séparation avec les parents. Mais au niveau des coûts, on cherche le plus bas possible, pour être ouvert au plus grand nombre. Sauf que ce modèle est fragile. On travaille sur le volume, pour qu’il y ait un maximum d’enfants qui partent. Avec des marges très faibles. Pour équilibrer, il faut que nos centres soient remplis à 90 %. Sans tenir compte de paramètres extérieurs, inflation, etc., qui sont nombreux actuellement. Le transport, par exemple, on va être impacté. Deux millions d’euros de transport à l’année. Donc là, 25 % en plus, c’est énorme. L’alimentaire aussi. Et le raccourcissement des séjours augmente le nombre de transports. En plus, donnée nouvelle pour nous : il y a de moins en moins d’élèves dans le primaire. C’est factuel. Des classes de 20, 22 élèves. Pour nous, le prix est le même que 30. Ça augmente le prix individuel. On doit s’adapter en permanence. Pour l’instant, on y arrive sans trop dévoyer ni nos principes, ni nos objectifs. Mais on est sur une corde raide. Même compétitifs au possible, nos prix restent élevés. Pour une famille de 2,3 enfants en moyenne, ça reste compliqué.
Donc le prix d’une classe verte par enfant, finalement ?
MJ : Au bord de la mer, six jours, sans activité nautique, on est autour de 400 euros. À Ingranne, un peu moins. Pour aider, il y a les coopératives scolaires, les municipalités. Mais ça reste un coût.
PR : Il y a eu des périodes où plusieurs classes par école partaient. Où un enfant partait plusieurs fois dans sa scolarité. Maintenant, c’est fini. L’objectif, c’est que chaque enfant parte au moins une fois dans sa scolarité élémentaire pour vivre cette expérience-là.
MJ : En 57, beaucoup d’enfants découvraient la montagne. Mais c’est encore le cas. On a nombre d’enfants qui n’ont jamais vu la mer, en CM ! Donc ça fait partie de notre objectif. Le premier, c’est d’apprendre à des gamins à vivre ensemble, de pouvoir dormir avec un copain, de faire attention aux autres. C’est la base des départs en séjours collectifs. Et on reste vigilants à la mixité sociale. Ça ne peut se faire que dans un cadre laïque.

Jeux dans la forêt. Photo OUL
Et pour le recrutement des animateurs ?
MJ : Après le covid, ça a été très difficile. Là, on sent que c’est reparti. On a des jeunes engagés. Il faut le Bafa. Et on a la chance de fonctionner toute l’année. Certains font des classes de neige, puis de printemps à la mer et restent avec nous l’été. Donc on a un socle d’animateurs semi-professionnels. Et puis, oui, on a des étudiants, lycéens, surtout pendant les vacances. On essaye aussi d’accompagner des jeunes colons qui ont souvent participé à nos activités. On leur paye le Bafa, et puis ils restent avec nous.
Katy Rentien, chargée de communication, explique pour sa part l’importance des réunions préparatoires, pour expliquer et rassurer. Présente sur les réseaux, l’OUL diffuse largement maintenant. Avec toujours quelques essais de recherche et d’innovation, par exemple des séjours pour des handicapés avec les aidants familiaux.
En fêtant ses 90 ans, l’OUL espère bien conserver sa capacité à offrir à tous les enfants ces moments de découverte hors du système scolaire et hors de chez eux.
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