Chanteurs, vos valeurs !

Zoufris Maracas Grand Unisson 2015

Zoufris Maracas Grand Unisson 2015

Assistant au dernier concert du Grand Unisson ce samedi soir, j’écoutais les paroles du groupe Zoufris Maracas, fustigeant le travail, la société de consommation ou chantant dans le noir complet pour dénoncer EDF, et je ne pus m’empêcher de repenser aux propos de l’adjointe à la jeunesse de la ville d’Orléans tenus lors de la conférence de presse de présentation du festival Hip Hop d’Orléans.

En effet, Madame Odunlami expliqua au journalistes présents, en commentaire du refus de programmer un groupe de rap dans ce festival (voir Magcentre), que la programmation de ce festival était bâtie sur les “valeurs” que la ville d’Orléans veut inculquer à sa jeunesse, que sont la compétition, le dépassement de soi, le challenge et le sport, valeurs validées par un basketteur local de renom.

Je n’ai personnellement rien contre ces valeurs qui en valent bien d’autres, mais je compris soudain que non seulement ce groupe Zoufris Maracas ne serait sans doute pas programmé à Orléans, mais que Béatrice Odunlami, qui se définit elle-même comme rappeuse, venait d’exclure de ce qui serait programmable à Orléans, des pans entiers de la chanson française qui peuvent aller de Gaston Couté à Brassens en y ajoutant Renaud, Boris Vian, Ferré, Zebda, NTM, et pas mal d’autres révoltés et autre contestataires de notre société.

Imposer ses valeurs à la jeunesse

Ce glissement dans le discours des politiques sur le culturel, inspiré il faut bien en convenir par les  pratiques du Front National, et qui consiste à monnayer le soutien d’une collectivité à l’adhésion à des valeurs plus ou moins définies, me semble une bien dangereuse dérive, qui ne peut que rappeler de sinistres souvenirs. Certes, on ne parle pas encore “d’art dégénéré”, mais sous couvert de bonnes intentions, la tolérance et l’ouverture (autres valeurs !) s’amenuisent, et le plus stupéfiant lors de cette conférence de presse, fut le silence des associations culturelles présentes, restées coites et acceptant de facto, un principe qui risque bien vite, de devenir une condition à leur propre subventionnement.

On ne peut nier la volonté éducative de Béatrice Odunlami, mais le rôle d’une élue adjointe à la jeunesse n’est sans doute pas d’imposer ses valeurs à la jeunesse mais plutôt, me semble-t-il, de soutenir l’expression de celle-ci, qui peut certes parfois prendre le ton de la colère ou de la révolte, mais comment s’en étonner quand on connait le sort que lui réserve notre société aujourd’hui ?

Gérard Poitou

Publié le 15 juin 2015

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