Le Printemps de Bourges a pris son rythme de croisière. Les salles ont un taux de remplissage largement dans la fourchette haute. Les scènes gratuites trouvent leurs publics. Merguez-street sent la frite comme à ses plus grands jours. Les concerts se succèdent à la manière d’un collier de perles : ça s’enfile et se succède sans anicroche et les filles sont toujours en Une de la programmation.
Le PdB en milieu de parcours, c’est toujours plus cool. Tout le monde a pris sa cadence. Les festivaliers festivalent dans les allées, les roadies ne quittent plus leur gants de travail, les artistes chantent et dansent, et les agents de sécurité appliquent très beaucoup les ordres de la hiérarchie. En plus il ne fait pas trop chaud, juste assez pour que tout ce petit monde qui se croise et se recroise puisse faire des pauses binouzes, avec modération, de temps en temps.
LEJ en mode neuf, Walk off the earth en mode « Champs Élysées »
A voir le remplissage du W, et des autres structures, la côte des 80 000 spectateurs (payants) quota maximum que peux atteindre le Pdb, devrait être atteinte sans trop de problème. Ensuite, il faudra prendre en compte la fréquentation de l’aire Séraucourt et de ses petites sœurs. Le parti pris de l’éclectisme musical semble avoir son effet rafraîchissant à l’image de la soirée ou L.E.J était en avant-garde de Walk off the earth qui précédait Brigitte (Aurélie et Sylvie) et Rag’N’Bone Man.
Trois filles-filles de LEJ (Lucie, Élisa et Juliette ) pour débuter la soirée, de l’électronique pour la rythmique, des cordes en couleur sonore, et des voix pour caler le tout. Ça met tout le monde debout d’emblée. Vous me direz que sur ce coup-là les chaises avaient été rangées depuis un moment et le W avait retrouvé une configuration plus conforme à ce pourquoi il a été conçu : salle de spectacle en mode festival. Et comme qui dirait que debout on entend mieux la musique. Quoique, au passage, il convient ici de tirer un grand coup de chapeau aux ingénieurs du son de cette édition 41e. Si on a connu des soirées à la limite du supportable, en dehors du fait des artistes, l’exactitude du boulot fait que, depuis Naya, mardi soir, les sonos sont excellentes même si les voisins ne doivent pas pouvoir s’endormir de bonne heure … Juge de paix pour les ingés, vendredi soir, avec Shaka Ponk et consorts.
LEJ était de retour à Bourges pour du neuf, chanter rien que du neuf, jouer rien que du neuf. Plus électro, plus pêchu aussi.
Depuis que Joe Dassin est décédé, les moins de 35 ans devraient avoir des difficultés à connaître, entendre « Aux champs Élysées » repris par un parterre chaud bouillant, et des gradins qui ne l’étaient pas moins, pouvait entrer dans l’imaginaire collectif de soixante-huitards en mal de mémoire. Pourtant c’est ce qu’est parvenu à faire les petits jeunes de Walk off the earth. Les Canadiens ont l’art et la manière d’accommoder les reprises, d’envoyer des signaux de fumée et de parsemer les têtes de petits rectangles de papier blanc.
De Ed Sheeran à Pharelle William, il ne manquait donc que la coquetterie dans l’œil de Joe pour faire totalement l’affaire. Le panard avec ceux-là c’est qu’ils ne se prennent pas plus au sérieux que ça.
Brigitte, à deux c’est encore mieux
Si la parité est à l’ordre du jour de ce Printemps de Bourges, pourvu que ça continue l’an prochain, Aurélie Saada et Sylvie Hoarau, sans robes fuseau fendues mais toutes voiles blanches dehors , étaient de retour avec du nouveau matériel. Pas mal de nouvelles chansons, beaucoup de synchronisation, un zeste de reprises anciennes et énormément de caliente, de voix suaves et enivrantes. les hanches chaloupent, les voix se posent et s’entremêlent toutes en sensualité. De vraies doubles Calypso qui pourraient nous retenir sept ans durant … si l’on n’avait pas le temps de maintenant mais celui d’Ulysse.
Et pourtant, au PdB, il faut savoir laisser partir … y compris dans ta Benz, Benz, Benz.
En clôture de la soirée, un Anglais dans un tee-shirt 4 XL – c’est marqué dessus- siglé Orlando 32 avec une chaîne en or, ou pas, par dessus ça fait pas très sujet de sa Majesté. Même, la voix de Rag’N’Bone Man n’a rien à voir avec ce qui se fait habituellement sur les terres de la perfide Albion. C’est du blues de maintenant, plus proche du Hip-hop et de la soul actuelle.
Tout ça c’est pas les Commitment et Marvin Gay, décidément trop datés.
Le public berruyer a aimé et apprécié la performance. Une belle préparation du terrain pour les jours à venir et le flow des rappeurs qui vont se succéder dans cette programmation inter-générationnelle à tout va. D’ailleurs, dimanche prochain ce sera, comme un mercredi, jour des enfants : y aura Dadju, Big Flo et Oli.
Coté public, si ça dépasse la crise d’acné juvénile, ce serait très étonnant. Pourtant ce sera après-midi rap, casquettes à grandes visières, mais avec de braves garçons quand même !
Fabrice Simoes
Publié le 27 avril 2018