Stéphanie Rist, députée LREM du Loiret, a remis le 13 juin au ministre de l’Education Nationale son rapport sur le Parcours santé-accueil-éducation des 0-6 ans. L’objectif est de coordonner le travail des acteurs de santé de la petite enfance pour une meilleure couverture des dépistages obligatoires.
On le sait, la France n’est pas un modèle de prévention en matière de santé et les enfants n’y échappent pas. En effet, les examens pourtant obligatoires à l’école sur les 3-4 ans et les 6 ans pour dépister d’éventuels troubles de la vision, de l’audition ou des apprentissages ne sont effectués actuellement que sur 17% de nos bambins, avec des disparités énormes selon les territoires, allant de 10 à 90%. Ainsi, dans le Loiret, moins d’un enfant sur deux passe ces examens. Ce constat met aussi l’accent sur le manque criant de médecins scolaires (730 seulement en France). Pour y remédier, Stéphanie Rist, médecin-députée REM de la 1ère circonscription du Loiret propose dans un rapport remis jeudi dernier à Jean-Michel Blanquer, un parcours-santé-accueil-éducation destiné aux 0-6 ans. Car, explique-t-elle « cette période des 1000 premiers jours de la vie d’une personne est primordiale pour sa santé future ».
Une meilleure coordination entre les acteurs de santé
Mais comme en France on aime faire compliqué, à l’heure actuelle, pas moins de 40 acteurs de santé gravitent autour de la petite enfance : généralistes, pédiatres, médecins de PMI (Protection Maternelle Infantile), médecins scolaires…mais aussi les conseils départementaux et les ARS, (Agences Régionales de santé). Des professionnels qui travaillent de façon cloisonnée et ne font pas suivre les dossiers des enfants d’où une perte précieuse d’informations sanitaires.
Du coup, en amont de son rapport, la députée a commencé par un gros travail de six mois sur le terrain pour faire justement se rencontrer ces acteurs de santé. Car le projet de la députée tient en un seul mot: coordination. Pour cela, elle fait un appel du pied aux départements qui le voudront ( Stéphanie Rist compte évidemment sur l’exemplarité du Loiret et le soutien de son président Marc Gaudet ) afin de mettre sur pied, dès l’an prochain, des contrats entre l’Etat, les départements et les ARS. Une proposition qui fait bien sûr partie du projet « Ma santé 2022 » d’Emmanuel Macron (voir encadré).
L’idée est de s’appuyer sur les réseaux de PMI en les renforçant, grâce à des fonds alloués justement par les
ARS via un financement fléché de la Sécurité Sociale. Le suivi médical des 0-6 ans serait alors confié à des infirmières puéricultrices de PMI, en lien avec l’hôpital comme cela se fait déjà dans le Grand Lyon. L’objectif est de réduire les inégalités de destin dès la petite enfance (ici, dans le domaine de la santé) mais sans y consacrer un gros budget.
Toutefois, la députée-médecin loirétaine veut aller plus loin en renforçant notamment les examens pré et post-nataux. Et là, le Loiret fait figure de bon élève avec une expérience prometteuse au CHRO de coordination avec l’ensemble des professionnels de santé dans la prise en charge d’une grossesse à risque.
La crise des Urgences: un symptôme révélateur
des problèmes de santé de la société
Parmi les autres sujets abordés durant ce petit-déjeuner de presse, la grève nationale des urgentistes, qui touche le CHRO. A Orléans, il y a en effet 300 passages par jour avec une augmentation de 10% de patients chaque année. Stéphanie Rist explique que le métier d’urgentiste est devenu très difficile: « agressions verbales permanentes, stress du mauvais diagnostic face à l’afflux de patients ». Les causes de cette crise ne sont pas nouvelles, plans d’économie successifs depuis 15 ans, les 35 h, « qui ont marqué un vrai virage dans les difficultés de l’hôpital » estime t-elle. Parmi les pistes avancées par la Ministre de la Santé ce jeudi, la députée pointe une prime de risque de 100 euros brut par mois, cumulable avec une prime de coopération également de 100 euros brut par mois pour les infirmières qui accepteraient une délégation de tâches.
Agnès Buzyn a annoncé en outre le lancement d’une mission de “refondation” des services d’urgences. Un rapport est ainsi attendu à l’automne prochain, avec à la clé un soutien financier aux établissements connaissant des surcroîts d’activité. Un coup de pouce financier dont pourrait bénéficier le CHRO comme l’a indiqué le 12 juin son directeur, Olivier Boyer, au micro deFrance Bleu Orléans.
La députée cite encore la possibilité pour les pharmaciens de délivrer prochainement des médicaments en cas de pathologie simple, comme une infection urinaire ou une angine, en lien avec le médecin traitant.
Enfin, concernant la réforme des études de médecine, Stéphanie Rist salue le projet de transformation de la première année dès 2020 en un cursus de 3 ans, visant à orienter progressivement les étudiants dans les différentes filières de santé en fonction de leur choix et de leurs résultats scolaires. Une réforme visant à supprimer le numérus clausus et le concours, qui serait remplacé par un examen moins stressant pour les étudiants. Une réforme qui inquiète toutefois le patron de la conférence des doyens des facultés de médecine. Interrogé par le quotidien du
medecin.fr, le Pr Jean Sibilia, défend la nécessité de réformer la formation initiale mais il juge « compliqué » de mener à bien tous ces chantiers dans un délai aussi « court ».
Sophie Deschamps.
Ma Santé 2022
Annoncée en septembre 2018 par le président de la république, la stratégie Ma santé 2022 propose une vision d’ensemble et des réponses globales aux défis auxquels est confronté le système de santé français. Tout d’abord, des inégalités dans l’accès aux soins, avec de plus en plus de Français qui connaissent des difficultés à accéder à un médecin dans la journée et sont parfois contraints de se rendre aux urgences par défaut. Ensuite, des aspirations chez les professionnels à mieux coopérer entre eux, à disposer de davantage de temps pour soigner leurs patients et à être formés autrement. (Source:
solidarites-sante.gouv.fr)
Toutefois, Stéphanie Rist déplore le retrait dans ce plan santé de son amendement sur la participation de patients formés à la formation des futurs médecins.