L’histoire retiendra peut-être que les quatre premiers contrats de génération ont été signés à Blois par François Hollande. Nicolas Sarkozy se précipitait souvent en région, pour surfer sur le moindre fait divers. François Hollande lui, nous promet le printemps.
Lundi à Blois il aura au moins réussi ce pari-là. Un soleil radieux a transformé l’attente des élus et officiels dans la cour du CFA du bâtiment de Blois en bain de soleil. Avant l’habituel bain de foule du Président. En matière d’emploi, François Hollande qui n’a pas raté de signaler cette éclaircie météo, croit toujours à son printemps. Et il l’a répété: “nous inverserons la courbe du chômage avant la fin de l’année 2013″. Et tant pis pour les sceptiques et les rieurs. “ce sera difficile mais si c’était si simple, ce ne serait pas un objectif mais un voeu, un sentiment une impression ou une parole”.
Le contact avec les gens
Une phrase forte d’un discours sérieux d’une vingtaine de minutes prononcé en clôture d’une après-midi sur ce thème de la formation et des contrats de génération que le Président de la République avait commencé par son exercice favori, le contact avec les gens. Toujours étonnante à constater cette popularité que trimbale le Président dans ses déplacements et l’étape de Blois n’a pas fait exception à la règle. Mis en perspective avec des sondages d’opinion où il est en perdition, le contraste est saisissant.
Pas de politique sans images

Dans les ateliers de l’usine SMOP à la Chaussée-Saint-Victor.
Démonstration au CFA du bâtiment de Blois: après avoir tâté des ateliers, de la charpenterie à la ferronnerie, en passant par l’isolation et la maçonnerie, il écoute, interroge les apprentis. Une demi-heure plus tard, il en retrouve une dizaine autour d’une table pour un dialogue, avec les patrons, les profs aussi. Le président fait un tour de table, serre les mains, sait précisément à qui il n’a pas dit bonjour. Un métier!
De la com? Bien sûr il n’y a pas de politique sans image, sans caméra, micro, stylo. Les cadreurs de TF1 et France2, cornaqués par le service de presse font un tour de table. Pool photos à son tour. Les rédacteurs et les radios restent, assistent aux échanges entre les jeunes et François Hollande. Poignée de main aussi, avec tous les journalistes rescapés de l’écrémage.

François Hollande a signé les premiers contrats de génération.
Stupéfiante encore la facilité, l’aisance, avec laquelle ces apprentis, une jeune charpentier, un couvreur, un maçon, échangent avec le président de la République. Triés sur le volet? Sans doute, mais même flanqué de ses deux ministres Michel Sapin, ministre du Travail et accessoirement ancien président de la région Centre, Thierry Repentin, ministre délégué chargé de la formation, du président de région, François Bonneau, du patron du département du Loir-et-Cher, Maurice Leroy (UDI), du député UMP Patrice -Martin Lalande, des sénateurs, Jeanny Lorgeoux (PS) et Jacqueline Gourault (Modem), un éventail politique “républicain” complet, François Hollande met les jeunes à l’aise.
Les récits d’apprentis

Une manifestation contre le mariage pour tous devant la salle Georges Semprun.
L’un raconte comment il va partir en Autriche avec Léonardo, programme d’échange européen pour les apprentis, un autre comment il a échoué deux fois en première S avant de trouver sa voie dans la charpente et fustige au passage l’orientation, une jeune fille dit que les préventions existent encore pour ces métiers dits “d’hommes”. Filière dévaluée, le CFA doit aussi comme le souligne François Hollande “savoir convaincre les parents”. Les résultats sont là: 435.000 apprentis en formation en alternance et 77% qui trouvent du travail dans des entreprises de moins de 50 salariés.
La formation vérolée par les margoulins

Michel Sapin le ministre du Travail, accompagnait le Président.
Reste que la formation, globalement, est un joyeux bordel avec ses 32 milliards d’euros qui y sont consacrés chaque année “un investissement nécessaire…mais qui ne donne pas toujours les résultats que l’on pourrait en attendre” a dit François Hollande. Un euphémisme, lorsque l’on sait combien le milieu de la formation permanente est vérolé par les margoulins, voire les escrocs. “Est-ce raisonnable d’avoir 55.000 organismes de formation” s’est-il demandé. Le Président l’a promis: la réforme est en cours.
Elle sera présentée à la fin du premier semestre 2013. Mais ne va t-elle pas déboucher encore sur une demi-mesure dès lors que la Régions, légitimes à être les pilotes de la formation devront partager avec l’Etat et pôle emploi?
Notre système de formation a tellement dérivé qu’elle profite surtout aujourd’hui aux cadres et aux salariés en CDI. Alors que ce sont les demandeurs d’emploi (12,4% des formés) et les précaires qui en auraient le plus besoin. Tout va changer, l’objectif numéro un “qu’un chômeur sur deux se voit proposer une formation dans un délais de deux mois contre un quart aujourd’hui…” .

François Hollande a prononcé son allocution à la salle Semprun sur la Zup de Blois.
S’agissant des emplois d’avenir, François Hollande en a promis 100.000 avant la fin de l’année. La Banque publique d’investissement pour les PME, les accords sur la sécurisation de l’emploi, les contrats aidés, c’est avec cette politique de l’emploi “cohérente” que le Président maintient son pari d’inverser la courbe du chômage.
Des binômes jeunes-anciens
Enfin, outil le plus original du dispositif propre aussi à faire baisser la fièvre du chômage, le contrat de génération. Illustration présentée à travers deux entreprises où s’est rendu lundi François Hollande, la SMOP (Société de mécanique et d’outillage) et l’entreprise Lasnier qui rénove les maisons et les bâtiments industriels. Quatre binômes avec un jeune qui signe un CDI et un “ancien” qui reste dans l’entreprise et devient son tuteur, ont paraphé ces premiers contrats.
Age moyen, 19 à 25 ans pour les jeunes embauchés et 57-58 ans pour les seniors. L’un d’entre eux à qui François Hollande demandait dans combien de temps il partait en retraite, a répondu: “normalement dans un an mais avec ces lois qui changent tellement vite”…
En connaisseur, François Hollande a apprécié la petite blague.
Christian Bidault
Publié le 5 mars 2013