Affaire Merah: un an après, des polémiques assassines

 Il y a un an,  à Toulouse et à Montauban, Mohamed Merah commettait huit crimes odieux.  Trois jeunes militaires ont été assassinés, un quatrième demeure paralysé. Un père de famille et trois enfants de 4, 5 et 7 ans tombaient sous les balles du tueur dans une école juive. Mohamed Merah a procédé seul à ces exécutions mais, à l’évidence , il bénéficiait de soutiens.

La thèse du “loup solitaire” d’abord avancée  est mise à mal  par les trois commissions internationales qui ont retracé son impressionnant parcours au Proche-Orient puis dans la région pakistano-afghane , vraisemblablement dans les camps d’entrainement en zone tribale.   Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, l’a reconnu: il y a eu une succession de défaillances des services de renseignements.
La fiche de Merah suivi depuis 2006 avait été désactivée. Personne n’a signalé son embarquement à Roissy le 19 août 2011 pour Lahore, via Oman qui ne figure pas parmi les 31 destinations considérées comme sensibles. A son retour du Pakistan, Merah “enfume” le brigadier de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) de Toulouse  chargé de son suivi.  Photos à l’appui,le jeune homme dit s’être rendu en pays musulman pour y trouver femme à son goût et il est cru.

Zones d’ombre

Les familles des victimes ne cessent de dénoncer des “zones d’ombre”.Ce n’est qu’en janvier 2013  que la Commission  consultative du secret de la défense nationale a levé en partie l’obstacle du secret-défense sur plusieurs notes et messages de la Direction de la protection et de la sécurité de la Défense et de la Direction générale de la sécurité extérieure. Quels secrets contiennent-elles? Il semble aussi que  le réseau local de la DCRI, composé pour l’essentiel des ex-renseignements généraux ait besoin d’être revu.  Sous la conduite du député Jean-Jacques Urvoas, la mission parlementaire  sur les services de renseignements rendra ses conclusions fin avril début mai.Elle pourrait suggérer que les gendarmes avec leur 3600 brigades soient d’avantage mis à contribution.

La police tente, jusqu’ici en vain, d ‘identifier et si possible de mettre la main sur un troisième homme qui a participé au vol du scooter T-Max repéré sur les cènes de crime en compagnie de Mohamed et Abdelkader Merah. L’aîné des Merah, 29 ans, détenu à Fresne depuis le 25 mars 2012 pour “complicité d’assassinat” a confirmé la présence de ce troisième homme tout en refusant de dire son nom.

Plusieurs cérémonies sont prévues à Toulouse et Montauban aux dates anniversaires des attentats en présence du ministre de la Défense. Le  11 mars jour où Merah a tué sa première victime Imad Ibn Ziaten, à Toulouse, une cérémonie civile aura lieu à 10h30 au complexe sportif de l’Hers où le militaire a été exécuté. Une plaque sera dévoilée sur laquelle sera gravée “Ici, le 11 mars 2012 a été lâchement assassiné l’adjudant Imad Ibn Ziaten, mort pour le service de la nation”. Un peu plus tard à Francazal où l’adjudant exerçait ses fonctions  se déroulera une cérémonie militaire au cours de laquelle Jean-Yves Le Drian lui remettra à titre posthume la légion d’honneur.

Le 15 mars, à Montauban, une cérémonie militaire se déroulera dans l’enceinte de la caserne Doumerc. Abel Chennoul et Mohamed Legouad, les deux militaires du 17 ème régiment du génie parachutiste tués par Mérah seront également décorés de la Légion d’honneur à titre posthume par le ministre de la Défense. Loïc Liber, leur collègue et camarade laissé pour mort a reçu cette semaine la médaille militaire à l’hôpital interarmées de Percy en région parisienne où  il est toujours hospitalisé.

9782081296121_MortPourLaFrance_cv.inddLe 17 mars, un dimanche et non le 19 jour de la tuerie à l’école Ozar Hatorah, la ville de Toulouse organise, en milieu d’après-midi une marche blanche à laquelle devraient s’associer Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur.

Les familles dans l’impossibilité de tourner la page

Albert Chennouf  et Latifa Ibn Ziaten, respectivement père et mère de deux  militaires  tués, qui l’un et l’autre publient un livre, disent leur incapacité à faire le deuil de leur enfant respectifs. Chacun avec sa sensibilité évoque les questions restées sans réponse et disent les espoirs qu’ils mettent dans la justice .

Tous deux, l’un depuis le Var avec fermeté, l’autre depuis Rouen  avec la sensibilité d’une mère, opposent  l’éducation que leurs familles  ont donnée à leurs enfants, “basée sur le respect, l’instruction, le sport, la nécessité d’avoir un but dans la vie et une situation meilleure à la leur”, à celle  donnée par sa famille à Mohamed Merah.  “Elle a été défaillante. Elle n’a pas rempli son rôle, elle a abandonné ses enfants”. Latifa Ibn Ziaten va plus loin “Je ne peux pas rester au spectacle quand je vois ces jeunes abandonnés et tombés dans la haine. Je veux que la mort de mon fils serve à quelque chose. Je n’ai pas de haine mais je vais dans les écoles et les cités pour agir, alerter, parler d’éducation. J’ai commencé par la cité des Izards à Toulouse où a grandi Mohamed Merah. Quand je les ai abordés des jeunes m’ont parlé de Merah comme d’un martyre , d’un héros. J’ai dialogué  avec eux et je leur ai expliqué qu’ils n’arriveront à rien avec  la colère et la haine. J’ai fondé une association qui va me permettre d’apporter cette parole. Je suis déterminée à agir”.

Françoise Cariès

– “Mon fils,ma bataille” Albert Chennouf-Meyer, “Editions du Moment”, 168 pages. 14,95 euros.

 

– “Mort pour la France” Latifa Ibn Ziaten, (Flammarion), 268 pages. 18 euros.

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