Stéphane Hessel s’en est allé à 95 ans, lui que l’on avait fini par croire immortel.
Cet homme au sourire si doux et au verbe lent qui nous a appris que la jeunesse ne se mesure pas en nombres d’années s’est éteint dans son sommeil, comme si, une ultime fois, il avait voulu simplifier les choses et déranger le moins possible. “Je n’ai pas peur de la mort“, disait-il,“Si on est épargné par la douleur, la mort est un moment privilégié de la vie. C’est un mystère sur lequel il faut garder un œil ouvert”.
Ce matin, en présence du chef de l’Etat, la France a rendu hommage à cet humaniste lucide et engagé, devenu célèbre à 93 ans avec son manifeste “Indignez-vous” dont le succès mondial a inspiré “les indignés” occidentaux.
Les honneurs militaires
Les honneurs militaires lui ont été rendus dans la cour des Invalides car cet homme libre a “commencé la deuxième guerre mondiale comme aviateur”, a justifié François Hollande dans son éloge funèbre devant le cercueil recouvert du drapeau tricolore et posé à même le sol.
“Nous sommes réunis, rassemblés autour d’un homme qui fut une conscience, un grand Français, un juste”.
Stéphane Hessel était un homme libre, libre de ses choix, libre de ses engagements, libre de sa vie. La vérité, c’était sa passion” a-t-il ajouté à l’intention de tous ceux qui s’étaient réunis, le premier ministre, plusieurs membres du gouvernement dont Najat Vallaud-Belcassem et Benoît Hamon, l’ancien premier ministre, Lionel Jospin, les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, Bernard Kouchner, quelques grands élus de gauche et, seul représentant de la droite, Yves Guéna, 91 ans, gaulliste de la première heure, plusieurs fois ministre, ancien président du Conseil constitutionnel. Charles Pasqua annoncé s’est abstenu pour raison de santé. Guy Bedos s’était installé parmi les amis, tandis que Valérie Trierweiller, la compagne de François Hollande, avait pris place près de la veuve après l’avoir chaleureusement embrassée.
La voix de l’enfant
Avant que le président de la République prenne la parole, Carole Bouquet, porte parole de l’Association “La voix de l’enfant” dont Stéphane Hessel était président d’honneur a lu un poème de Guillaume Apollinaire, “la jolie rousse” que l’ancien résistant adorait.
Dans le carré des invités, l’historien Jean-Pierre Azéma expliquait que “jusqu’à la fin de sa vie Stéphane Hessel, ce polyglote amoureux de la poésie se récitait trois poèmes, un en français, un en anglais, un en allemand, pour entretenir sa mémoire”.
Voix discordantes
Dans cette pluie d’hommages quelques voix discordantes se sont fait entendre. Si l’on notait la présence de Leila Chaïd, ancienne représentante à Paris des Palestiniens,le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) s’était élevé contre les prises de positions pro-palestiniennes du défunt. François Hollande a d’ailleurs reconnu que “les propos de l’ancien résistant sur le sujet avaient pu susciter l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait“..
Claude Moisy , ancien PDG de l’Agence France -Presse, a souligné dans Le Monde que Stéphane Hessel n’était pas le coauteur de la Déclaration des droits de l’ homme comme il l’a souvent été écrit, ce qu’a explicité François Hollande en déclarant: “il participa comme témoin privilégié à son élaboration”.
Indéfectible optimiste
Par dessus tout ,Stéphane Hessel invitait à agir, ce que soulignait Jean-Pierre Sueur qui en tant que président de la Commission des Lois du Sénat assistait à la cérémonie. “Stéphane Hessel avait vécu de telles épreuves qu’il avait choisi d’être un indéfectible optimiste au rebours de tant de mécontents ordinaires. Il était tourné ver l’avenir, l’amour et la poésie qui l’a toujours accompagné“, a-t-il déclaré. Pour sa part Noël Mamère , un peu déçu qu’une foule plus nombreuse ne se soit pas déplacée ajoutait. “Ce n’est pas la pompe républicaine qui compte mais la trace que l’on laisse“.
Françoise Cariès