
Jean-Luc Moreau arrive à l’heure à notre rendez-vous. Léger, aérien. La soixantaine passée et l’élégance souple d’un Scapin. Le sourire enjoleur aussi. Cool et sérieux comme un pape dans la plus parfaite décontraction. Comédien il est né et comédien de grand talent. Ce n’est pas pour rien qu’en son jeune temps le Conservatoire national d’art dramatique lui a décerné, à l’unanimité, deux premiers prix, l’un de comédie classique, l’autre de comédie moderne et que la Comédie-Française où il restera trois ans, l’a recruté en 1969.
Le théâtre est sa passion, le moteur de sa vie.Il a joué avec les comédiens les plus prestigieux, comme Robert Hirsch, Jacques Charon, Pierre Dux et servi des auteurs aussi différents que Jean Anouilh et Jean-Loup Dabadie. Il a côtoyé Annie Girardot, Alain Delon, Pierre Arditi, Nicole Garcia, pour ne citer qu’eux.
Mais il ne s’est pas contenté de vivre le théâtre du côté des acteurs, il les a mis en scène et continue à le faire. Chaque année il monte de cinq à huit spectacles et les directeurs de salles se l’arrachent. Pourquoi ? “Parce que je millimètre tout”. Sa petite entreprise comprend une fidèle et très précieuse assistante, Anne Poirier-Busson, à qui il rend un hommage appuyé. “Elle note tout et ne raye l’obligation que lorsqu’elle a été accomplie”. Ce qu’il dit moins et que l’on devine à demi-mot c’est qu’il respecte les budgets au centime près. “Un comédien qui n’est pas tête d’affiche c’est 100 à 120 euros par soirée, 24 représentations par mois. Le comédien ne peut plus se contenter du théâtre, il doit se diversifier ce qui explique qu’il ne se lève plus comme jadis après midi”.
Le voilà parti dans son monde, prêt à “ouvrir ses valises”. Il a commencé à en faire l’inventaire dans le livre qu’il vient de publier “J’y étais! Les coulisses de mon théâtre”. Il y dresse quelques portraits croquignolets, saisissant le détail ou donnant le coup de griffe qui narrent un personnage bien mieux qu’une longue tirade. D’Alain Delon à Bernard Tapie en passant par Patrick Bruel, Pierre Arditi et bien d’autres. Cela vaut la peine de prendre le temps de lire l’ouvrage. Avec son oeil de comédien, Jean-Luc Moreau nous y amène dans le monde des théâtreux actuels et des cinquante dernières années. Il les aime et nous les livre sans fard et sans langue de bois. Un festival qu’il promet de renouveler tant ses malles sont pleines de tranches de vie.
Françoise Cariès.
“J’y étais. Les coulisses de mon théâtre”
(Michel Lafon). 280 pages 18,95 euros