Marc Touati voudrait bien être le Stéphane Hessel de l’économie, mais il n’est pas sûr que la terreur qu’il brandit comme un trophée soit le meilleur chemin pour y parvenir. Cet économiste, maître de conférences à Sciences Po Paris, directeur du cabinet ACDEFI qu’il a créé en 2007, manie la pédagogie avec grand talent et publie “Le dictionnaire terrifiant de la dette”, histoire de nous alerter sur l’état de notre “dette publique qui d’ici fin 2013 dépassera les 100% de notre PIB (produit intérieur brut)“.
Comme si tous les Français n’étaient pas conscients de la situation, comme s’ils pouvaient encore l’ignorer! “J’agis comme le médecin qui place son malade au pied du mur et lui dit qu’il est impératif de se soigner“, proteste Marc Touati volubile et indémontable. Mais docteur, nous sommes dans l’après-constat, nous cheminons comme nous pouvons vers la guérison promise par le gouvernement, nous nous administrons des potions amères, nous n’avons nullement l’intention de mourir mais celle de guérir. Nous ne voulons surtout pas être terrifiés, paralysés, réduits à néant.
Des mots pas assez forts pour démonter cet enfant d’Orly sorti de la banlieue pour endosser un costard cravate et, en se donnant en exemple, décidé à inciter les petits gars des cités à en sortir. “ Depuis six ans , notre croissance molle ne suffit plus à assurer le paiement annuel des intérêts de la dette publique”. Il justifie, explique, s’enflamme,” vous me direz que les USA, l’Angleterre, l’Italie, l’Allemagne ont des dettes abyssales. Bien sur qu’on peut avancer avec une dette mais dans ces pays elle crée de la croissance, pas chez nous. C’est la troisième fois depuis la Révolution que la France est dans cette situation , les deux autres fois cela s’est terminé par une révolution en 1870 et par une guerre en 1939. Le dernier vote Italien m’inquiète . 8 500 000 personnes ont voté pour un populiste.”
Réduire les rigidités
Des solutions il en a, son livre en déborde. La première qui coiffe toutes les autres est la croissance. “La générer”. En le prononçant il caresse ce mot, le magnifie. Pour atteindre ce rêve qui doit impérativement devenir réalité il propose de baisser le cours de l’euro, d’accorder “son niveau normal à la devise pour faciliter l’exportation, baisser la pression fiscale, engager une révolution technologique et réduire les rigidités qui pèsent sur l’économie“. Ce protocole aura-t-il des effets immédiats? Touati l’affirme.
Mais dans son dictionnaire qui ne manque pas d’humour et d’épaisseur on cherche en vain les paragraphes travail, travailleurs, génie français, savoir-faire. Que représente pour les Français, l’économie de la France s’ils en sont absents dans la pensée de leurs dirigeants? Marc Touati ouvre son propos sur des remerciements qui sont autant d’habiles et drolatiques mises en cause il aurait pu aussi y cajoler les Français. Ils ont besoin de sentir qu’on les aime.
Françoise Cariès
“Le dictionnaire terrifiant de la dette”
Marc Touati
(Editions du moment). 250 pages 19,95 euros