Dans l’histoire, dans la littérature, dans les arts en général, les femmes n’ont guère de place . Quant au féminisme, il en est totalement absent. Jusqu’à une époque récente il était même impensable d’être féministe.
La première femme qui osa se proclamer telle y perdit la tête, pour de bon et tomba dans l’oubli, comme il se doit ! La société n’allait tout de même pas lui accorder, une rue, une place , une école , un théâtre ou une maison de la culture. Une féministe contemporaine, Benoîte Groult, 93 ans, qui fut des grands combats de l’émancipation des femmes et toujours vigilante redonne la parole à Olympe de Gouges. Un nom pour épater la galerie.
Née en 1748 à Montauban officiellement fille d’un boucher en réalité du comte Le Franc de Pompignan, cent cinquante ans avant Simone de Beauvoir, cette jeune femme , jeune,jolie et ambitieuse, rejette le mariage ,”tombeau de la confiance et de l’amour” et se déclare en faveur de “l’inclination naturelle”.

Elle arrive à Paris en 1784 et cherche à s’affirmer sur la scène littéraire ce que tout le monde réprouve y compris, à l’époque, les femmes. Elle à le tort de s’intéresser , pour l’esclavage, le droit au divorce, les voeux forcés auxquels on contraignait de nombreuses jeunes-filles sans dot et l’emprisonnement pour dette. Son texte le plus audacieux, le plus en avance sur son temps est sa
“Déclaration des droits de la femme” dédiée à la Reine en 1791. Elle y écrit,” l
es femmes ont le droit de monter à l’échafaud. Elles doivent avoir également celui de monter à la tribune”. Deux ans plus tard, Fouquier-Tinville qui n’a jamais songé à lui ouvrir une tribune lui a accordé le droit de monter à l’échafaud.
Encore plus oubliée est Lucie Baud. Pas une féministe , une femme engagée dans le combat syndical. “je suis entrée comme apprentie chez MM.Durand frères. J’avais alors douze ans”.
Combattante et syndicaliste

Le dernier spectacle estival de Cléry-Saint-André (Loiret) mettait en scène les femmes de la Révolution dont Olympes de Gouges (Photo Christian Bidault).
Ainsi débute le récit de cette ouvrière en soie (1870-1913) de l’Isère, une rebelle, totalement méconnue et qui a pourtant orchestré des grèves mémorables. “Comment une femme, veuve avec deux enfants à charge, pouvait-elle ainsi devenir une femme publique, ” s’offusquait l’opinion publique de 1902? “En 1904 elle est déléguée au sixième Congrès national de l’industrie textile à Reims.C’est une forme de reconnaissance, une distinction assez exceptionnelle, surtout pour une femme, marginale dans l’espace public et dans un syndicalisme volontiers machiste”, écrit l’historienne du travail et des femmes, Michelle Perrot qui en décembre 2012 a consacré un petit livre très documenté et très tendre à cette combattante, cette meneuse mariée à 20 ans avec une homme de vingt ans plus âgé, veuve à trente ans et morte à 42. Un destin oublié même si , la revue “Le Mouvement socialiste” (1899-1914) lui a réservé un de ses très rares articles consacré aux femmes.
F.C.
“Ainsi soit Olympe de Gouges” Benoîte Groult
(Grasset, 204 pages, 18 euros)
“Mélancolie ouvrière” Michelle Perrot
(Grasset, 188 pages, 11 euros)