Salon du livre: les lettres roumaines en invitées

Du 22 au 25 mars,  le Parc des expositions de la porte de Versailles accueille le Salon du livre de Paris, l’un des plus importants au monde.

Les Lettres Roumaines y seront à l’honneur, Barcelone est la ville invitée, un square y sera consacré aux livres culinaires et les très beaux livres, ceux qui arborent des reliures d’exception parfois anciennes , seront regroupés sous la bannière “art et trésor des livres.” Enfin  et surtout le monde de l’édition au grand complet  y présentera son imposante production. Un moment clé  pour cette industrie que  cette manifestation dédiée au grand public, une irremplaçable  “cash-machine” qui coûte cher mais rapporte gros. Une place non négligeable y sera réservée aux best-sellers ce qui n’a rien d’étonnant.

Alors que depuis trois ans le marché des livres, dans sa globalité, régresse, celui des best-sellers  ne fait que progresser.Les libraires parlent de croissance à deux chiffres pour les plus connus. Au 10 mars ,”Un sentiment plus fort que la peur” (Robert Laffont), le dernier né de Marc Lévy apparu le 14 février s’est déjà vendu à 158 000 exemplaires.Son concurrent , Guillaume Musso, “Demain” (XO) sorti le 28 février en a écoulé 123 000.  Depuis sa parution en septembre, “La vérité sur l’affaire Harry Quebert” (Editions de Fallois) de Joel Dickers a rencontré 502 000 acheteurs.

livreDans l’humeur du temps

Mais qu’est-ce qui fait un best-sellers  que bien souvent la critique éreinte? Une première réponse est donnée par Janine Boissard qui publie “CHUUUT” (Robert Laffont). Auteur de best-sellers depuis les années 60, un par an qui n’affole pas les média mais se vend bien, elle affirme que, “pour qu’un livre intéresse, il faut qu’il soit dans l’humeur du temps. Après 1968 , il était de bon ton de dire que la famille avait vécu. C’était faux, je l’ai prise pour sujet de mes livres et je suis devenue une auteure populaire. Je suis restée fidèle à ma ligne de conduite, un milieu désuet  et bourgeois confronté au monde moderne”. Françoise Bourdin peu médiatisée bien qu’elle ait publié une quarantaine de romans à succès dont “l’heritier des Beaulieu” (Lattès) bâtit ses histoires  à succès autour de la filiation et de la transmission.

Ce que ces dames oublient de dire c’est qu’elles possèdent le sens du scénario, qu’elles savent le rendre efficace et que bien torchées, d’une écriture fluide et facile ,  leurs histoires mettent le lecteur de bonne humeur. Le nouveau roman de Tatiana de Rosnay, “A l’encre russe” (Héloïse d’Ormesson) ne déroge pas à cette règle. Impossible de ne pas se laisser prendre par l’intrigue qu’elle a tricotée en véritable professionnelle du suspens à tiroirs. Est également promis à un grand succès “La femme de nos vies” (Albin Michel) de Didier van Cauwelaert.

Un conseil, si vous n’êtes pas insomniaque, ménagez-vous du temps avant  de commencer à le lire. Vous ne pourrez pas le lâcher. C’est l’histoire d’un jeune vacher allemand considéré comme un débile mental parce qu’il a sauvé un veau de l’abattoir. Les nazis l’envoient à l’asile psychiatrique d’Hadamar où il aurait été gazé si un surdoué juif de son âge, appelé à être épargné car il connait les derniers secrets atomiques de sa mère , une savante russe. n’échangeait avec lui son identité. Suspense et fantastique garantis.

Des romans historiques qui marchent

Dans la catégorie des best-sellers,il faut ranger les romans historiques. Les Français en raffolent. Mais n’est pas Jean Teulet qui veut. Son “Le Montespan” et son “Charly 9” ont fait un malheur. Publié chez Julliard comme les précédents, son “Fleur de Tonnerre” s’annonce comme un grand cru. C’est l’histoire d’Hélène Jegado, la plus grande empoisonneuse de tous les temps. Avec son style limpide qu’il rend parfois familier, l’auteur  nous raconte dans la Bretagne  reculée du XIXe siècle une histoire hallucinante. Mais gare aux écrivains qui se coulent dans une époque en mettant en scène les belligérants d’alors  impliqués pour les besoins du récit dans des intrigues policières plus ou moins farfelues. “Dans les  Griffes de la ligue” (Flammarion) de Jean d’Aillon n’échappe pas à cette catégorie.  Il est étonnant de trouver là Laurent Joffrin et  son “Grand Complot” (Robert Laffont) qui met en scène  Bonaparte, Joséphine et les princes de Condé. Le nom de l’auteur, une petite qualité d’écriture bousteront-t-ils les ventes? Le salon du Livre le dira.

Françoise Cariès

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